Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Ces «dévots» qui ont fondé Montréal

    À l’aube du 375e anniversaire, un colloque rappelle que la fondation de Montréal fut d’abord l’oeuvre de la Réforme catholique

    14 avril 2016 | Christian Rioux à La Flèche et au Mans | Actualités en société
    Une statue de Jérôme Le Royer à l’Hôtel-Dieu de Montréal, dont il a fondé l’organisation administratrice, les Hospitalières de La Flèche.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Une statue de Jérôme Le Royer à l’Hôtel-Dieu de Montréal, dont il a fondé l’organisation administratrice, les Hospitalières de La Flèche.

    Quelle place occuperont les motifs profonds de la fondation de Montréal lorsque viendra, dans quelques mois à peine, le temps de célébrer le 375e anniversaire de la métropole ? Nul ne le sait encore précisément. À La Flèche et au Mans, on n’a pas attendu de connaître le programme détaillé des festivités du 375e anniversaire de Montréal pour commencer à s’intéresser aux fondateurs de Ville-Marie. Les 8 et 9 avril, un colloque organisé par le diocèse de Mans réunissait une douzaine d’historiens autour de la figure de Jérôme Le Royer de la Dauversière.

     

    Si Maisonneuve a fondé politiquement et défendu pied à pied Ville-Marie, si Jeanne Mance a fondé l’Hôtel-Dieu et secondé Maisonneuve, c’est sans nul doute Jérôme Le Royer qui doit être considéré comme le maître d’oeuvre de cette opération. C’est à lui que l’on doit non seulement la fondation des Hospitalières de La Flèche, qui prendront en main l’Hôtel-Dieu de Montréal, mais surtout l’idée même de fonder Montréal, qui se concrétisera par la création de la Société Notre-Dame de Montréal avec le sulpicien Jean-Jacques Olier.

     

    C’est sur les quais de l’ancien port de La Flèche, aujourd’hui devenu une promenade, explique l’historien Jean Petit, professeur honoraire au Collège du Prytanée à La Flèche, que Jérôme Le Royer a dit au revoir aux Tremblay et aux Cadieux qui allaient rejoindre Nantes et La Rochelle avant de s’embarquer pour Montréal. C’est Jérôme Le Royer qui recruta lui-même Maisonneuve et Jeanne Mance, ainsi que la plupart des premiers colons, tout en assurant la survie financière du projet.

     

    Selon Jean Petit, jamais Jérôme Le Royer ne se serait intéressé à la Nouvelle-France s’il n’avait fait sa scolarité au collège jésuite de La Flèche. L’institution avait alors un rayonnement international. Dans les mêmes années, elle a formé René Descartes et François de Montmorency de Laval. Le missionnaire canadien Jérôme Lallemant en fut aussi recteur. C’est là que le jeune Jérôme croisera père Ennemond Massé, qui avait séjourné deux ans en Acadie. « Peut-être faut-il voir dans les récits de ce dernier l’origine et l’enthousiasme premier de Jérôme Le Royer de la Dauversière pour la mission évangélisatrice de la Nouvelle-France, en dehors de tout esprit de colonisation mercantile », dit Jean Petit.

     

    Une oeuvre spirituelle

     

    Car, contrairement à Québec, Montréal est le pur produit de la Réforme catholique issue du concile de Trente et de son nouvel esprit missionnaire. Pendant 20 ans, Montréal eut essentiellement pour mission d’évangéliser les « sauvages », jusqu’au rapatriement de Maisonneuve en 1665. Jérôme Le Royer est ce qu’on appelle un « dévot », un laïc avide de perfection spirituelle et de réévangélisation. Au collège, dit Jean Petit, il reçoit une formation littéraire et scientifique et s’engage, comme le voulait la pédagogie des Jésuites, dans des « congrégations » où de « jeunes gens de divers âges devaient s’entraider régulièrement en s’engageant à pratiquer en commun des oeuvres de charité spirituelle et matérielle ». Une sorte de « pédagogie nouvelle » avant la lettre.

     

    À cette époque, ce qu’on nomme la « reconquête catholique » prend la forme d’une oeuvre missionnaire qui s’étend aussi bien à la Bretagne et à l’Auvergne qu’au Canada. « Le catholicisme redevient alors une religion conquérante », dit l’historien Olivier Landron, de l’Université catholique de l’Ouest. Des dizaines de nouvelles communautés religieuses se créent. On ouvre des hospices et des hôpitaux. La Flèche, à 50 kilomètres de la grande capitale intellectuelle protestante qu’est Saumur, joue un rôle capital.

     

    C’est dans ce contexte que Jérôme Le Royer va concevoir l’idée de fonder Montréal, dit Catherine Marin, maître de conférences à l’Institut catholique de Paris. Pour cela, il devra s’allier à Jean-Jacques Olier, « l’homme incontournable de l’Église de France, qui est déjà très impliqué dans l’évangélisation de la Bretagne et de l’Auvergne », dit-elle. « Cela fait vingt ans qu’il entend parler du Canada. […] Il s’agit pour lui de fonder au Canada une nouvelle Jérusalem, une nouvelle société primitive proche du Christ qui retrouverait l’esprit des premiers chrétiens et qui pourrait même avoir un effet boomerang sur notre vieille société, qui n’a pas su être fidèle à son message. »

     

    « Une seule race »

     

    Avec Sillery, fondé par les Jésuites pour sédentariser les autochtones, Montréal est un des rares endroits en Amérique du Nord où les colons ont conçu le projet de fusionner avec les populations autochtones. À Montréal, « on favorise la sédentarisation des Indiens et on veut fusionner les populations indienne et française pour fonder “une seule race”, comme l’écrit Marie de l’Incarnation. Il s’agit d’opérer une fusion sur un soc spirituel solide […] pour le salut du monde ».

     

    Pour la théologienne de l’Université Laval Marie-Thérèse Nadeau-Lacour, il ne fait pas de doute que « le projet Montréal est une épopée qui prend racine dans le coeur des mystiques ». D’ailleurs, que fait-on le 17 mai 1642, alors que l’on vient de débarquer des canots ? On chante le veni creator, on dit une messe et on expose le Sacré-Coeur. Tout cela avant d’abattre le premier arbre et de construire la première palissade.

     

    Plus fondamentalement, pour la théologienne, c’est vraiment l’esprit des Jésuites, qui allie la foi et l’action, qui influencera la plupart des fondateurs de Montréal. « En tout, une trentaine de Jésuites ont participé d’une façon ou d’une autre à la fondation de Montréal. Jérôme Lallemant fut notamment le directeur spirituel de Jeanne Mance et de Marie de l’Incarnation. »

     

    On ne s’étonnera pas que plusieurs aient conçu le projet de faire canoniser Jérôme Le Royer. L’affaire est d’ailleurs déjà engagée, puisque celui-ci a été déclaré « vénérable » le 6 juillet 2007. À quand la canonisation ? Pour cela, il faut « s’en remettre à la providence », conclut diplomatiquement le père Bernard Ardura, président de la Commission pontificale des sciences historiques. Pourquoi pas un miracle en 2017…













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.