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    Piétonnisation

    S’inspirer de l’audace alsacienne de Mulhouse

    Le maire de Mulhouse, Jean Rottner, dans sa «ville de naissance et de cœur»
    Photo: Sébastien Bozon Agence France-Presse Le maire de Mulhouse, Jean Rottner, dans sa «ville de naissance et de cœur»
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    En faisant le pari de la piétonnisation, la ville de Mulhouse, en Alsace, a donné un second souffle à son centre-ville. La clé de la réussite ? Savoir prendre son temps et, surtout, écouter les gens.


    Jean Rottner a les yeux qui brillent lorsqu’il parle de sa ville. Mulhouse, c’est là qu’il a passé presque toute sa vie. « C’est ma ville de naissance, ma ville de coeur », lance sans détour celui qui en est maire depuis 2010. De passage à Montréal pour quelques jours à l’occasion de la première Semaine québécoise du numérique, le médecin de formation décrit avec animation, les projets urbanistiques mis en place dans son coin de pays.

     

    Nichée dans la plaine alsacienne, à la frontière de l’Allemagne et de la Suisse, Mulhouse, cet ancien pôle industriel aux cent cheminées d’environ 113 000 habitants, a pris un virage vert il y a une vingtaine d’années. Tranquillement, la voiture a cédé sa place aux autres usagers à mesure que le réseau de tramway a été mis sur pied. Des espaces publics ont été aménagés, telles des invitations urbaines à se réapproprier les lieux. Aujourd’hui, le coeur de Mulhouse est en grande partie réservé aux piétons.

    227
    C’est le nombre de kilomètres sur lequel s’étend le réseau de transport public de la ville.

    Source: Mulhouse en chiffres 2015
     

    Pari risqué ? Peut-être, mais plutôt que de réduire l’attractivité de son centre, cette décision a redonné à la ville son erre d’aller. Décision qui, quelques années plus tard, commence d’ailleurs à payer. « Nous avons misé sur la régénération urbaine, avance celui qui, depuis 2014, porte également le chapeau de vice-président de l’Association des maires des grandes villes de France. Et aujourd’hui, ça nous permet de faire revivre notre cité, de participer au développement économique et dynamique de la région. »

     

    Prendre le pouls

     

    La clé de la réussite ? « L’écoute, sans aucun doute, lance tout de go le maire mulhousien. La consultation est primordiale. Le rôle de l’élu est de prendre le pouls, d’aller chercher à la source les besoins de ses concitoyens et de faire tout ce qui est en son pouvoir pour ensuite les concrétiser. » Que ce soit pour le déploiement des lignes de tramway — « la colonne vertébrale de la ville » —, la revitalisation des espaces collectifs ou la suppression de cases de stationnement, Jean Rottner se fait le devoir d’interroger ceux qui l’ont élu. « Les gens pourraient vous surprendre, indique-t-il en riant. Quand nous avons rencontré les citoyens au tout début pour parler de piétonnisation, ils voulaient aller encore plus loin que ce qu’on avait imaginé dans un premier temps. Nous avons dû leur faire comprendre qu’il fallait faire les choses progressivement pour éviter qu’il y ait une rupture brutale. »

    11 800
    C’est le nombre de mètres carrés de places publiques piétonnes dans la ville. À cela s’ajoutent 5,9 kilomètres de voies réservées aux piétons.

    Source: Mulhouse en chiffres 2015
     

    Le maire de Mulhouse reconnaît toutefois que certains commerces ont de la difficulté à survivre aux travaux de réaménagement et que, dans certains cas, c’est carrément la fermeture qui les attend en cours de processus. « Les chantiers amènent leur lot de drames, concède-t-il. Pour pallier [ces problèmes], il est possible de mettre en place un système d’indemnisation pour combler les chiffres d’affaires minés par les travaux de réfection des espaces communs. »

     

    Selon lui, le risque en vaut toutefois la chandelle. « Les améliorations faites sur le terrain amènent des résultats tangibles, soutient l’élu municipal. Dans notre centre-ville, ce qu’on remarque aujourd’hui c’est que, partout où un commerce a fermé boutique, il y en a au moins deux qui ont ouvert. Après, des mécontents, il y en aura toujours. Par contre, c’est beaucoup plus facile de justifier les projets avec lesquels on décide d’aller de l’avant lorsque les gens ont été consultés avant. Après, je suis conscient qu’il faut prendre des décisions — le rôle du maire est là —, mais je refuse d’être seul à porter la responsabilité de nos choix collectifs. »

     

    Prendre son temps

     

    Pour faciliter la transition, mieux vaut toutefois prendre son temps. « Ce sont des projets d’envergure, des projets qui bousculent les manières de penser et de concevoir la ville, avance le maire de Mulhouse. Ça ne peut pas se faire et ça ne se fait pas du jour au lendemain. » La mise en place du réseau de tramways, par exemple, a pris plus de dix ans à se concrétiser. La piétonnisation du coeur de la ville, elle, s’est amorcée il y a un peu plus de trois ans. « C’est nécessaire de prendre son temps parce que ce qu’on est en train de faire, ce sont des changements importants qui touchent les habitudes mêmes des citoyens. Si on va trop vite, les gens vont se rebuter, ils ne voudront plus avancer avec nous. »

    110 000
    C’est le nombre de voyages effectués en transport collectif chaque jour.

    Source: Mulhouse Alsace Agglomération
     

    L’échéancier élastique est donc nécessaire, mais il ne faut pas en abuser non plus. « Les longs chantiers doivent être bien coordonnés, affirme Jean Rottner. Il ne faut pas donner aux gens l’impression qu’on prend notre temps seulement pour prendre notre temps. Il faut que des transformations tangibles soient quand même visibles rapidement. » D’où l’intérêt, selon lui, d’y aller par étapes, mais aussi d’anticiper l’avenir. C’est ce qui fait en sorte, notamment, qu’aujourd’hui, la remise à neuf des rues mulhousiennes se fait toujours avec la piétonnisation en tête, et ce, même dans celles où cette avenue n’a pas encore été envisagée. « Ça s’appelle rêver la ville de demain », conclut le maire de Mulhouse. Et, à terme, c’est ce qui permet de la vivre au quotidien.


    Penser mobilité Depuis quelques années, les Mulhousiens paient leur ticket de transport seulement quand ils sont arrivés à destination, et ce, même si leur trajet nécessite plusieurs modes de transport. « Avant, chaque service travaillait en silo, explique Jean Rottner. Vélos, bus, tram… Personne ne se parlait vraiment. Nous les avons réunis autour d’une table et avons commencé à discuter non plus des modes de transport, mais des parcours de transport. On s’est mis à parler de mobilité ! »












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