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    Jusqu’au bout de soi

    «Je crois que je peux encore apprendre de nouvelles façons de vivre»

    Michel Pepin n’est pas dupe: la mort, destin inéluctable, pourrait bien arriver plus vite qu’il ne le pense.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Michel Pepin n’est pas dupe: la mort, destin inéluctable, pourrait bien arriver plus vite qu’il ne le pense.

    « Michel, c’est quoi ton plus grand rêve ?

     

    — D’avoir encore des rêves quand je vais être vieux.

     

    — Tu as peur de ne plus en avoir ?

     

    — Non. J’ai juste peur de ne pas être vieux. »

     

    Atteint de sclérose en plaques, le poète Michel Pepin n’est pas dupe. La mort, destin inéluctable, pourrait bien arriver plus vite qu’il ne le pense. « C’est ce que disent les statistiques. Mais je ne lis plus sur la maladie. Ça ne me fait pas du bien. »

     

    Il y a quelque temps, la médecine a scellé son sort. « Le docteur m’a dit que, grosso modo, il me restait cinq ans à vivre », raconte-t-il. « Quand il m’a dit ça, j’avais le goût de mourir. Mais plus maintenant. J’ai des choses à faire. »

     

    Selon la nouvelle loi québécoise, adoptée en décembre dernier, l’accès à l’aide médicale à mourir n’est réservé qu’aux personnes en fin de vie, excluant de ce fait les personnes atteintes de sclérose en plaques, comme Michel. Au fédéral, les lignes directrices produites par un comité qui s’est penché sur le sujet ont ouvert la porte à un consentement anticipé pour des cas comme le sien, mais elles n’ont pas force de loi pour le moment.

     

    Pour qui souffre et veut mettre fin à ses jours, ne reste alors que l’exil. Cette semaine encore, on entendait parler du cas de Manon Brunelle, qui s’est rendue en Suisse où le suicide assisté est décriminalisé. Michel y a lui aussi pensé. « C’était une de mes portes de sortie. Mais ça coûte 25 000 $. Je ne peux pas, oublie ça. »

     

    D’autant que, Michel ne veut pas mourir. S’il a des idées sombres, c’est alors le découragement qui parle. Se donner la mort devient simplement une porte de sortie. « Cet hiver, c’était le premier hiver où je ne pouvais pas sortir dehors sans aide. Je n’avais pas de bons soins, j’étais déprimé. Je me disais que je voulais mourir. Pas me suicider, mais mourir. C’est pas pareil », précise le poète, auteur de plusieurs ouvrages autoédité. « Je finis toujours par me relever. »

     

    Entre les oeuvres de Rilke, Baudelaire, Camus de sa bibliothèque se glisse Le scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby, ce livre écrit par un journaliste littéralement enfermé dans son corps après un grave accident, à qui il ne restait que le clignement de sa paupière gauche pour communiquer avec le monde. Difficile de ne pas faire de parallèle, mais Michel préfère se concentrer sur le moment présent.

     

    Le temps lui a enseigné qu’il est possible d’être heureux en faisant les deuils de son corps. Déjà, il entend moins bien et il sait qu’il pourrait perdre la vue et encore bien plus. « Je ne suis pas en amour avec la maladie. Mais je crois que je peux encore apprendre de nouvelles façons de vivre. »

     

    Surtout, Michel sait qu’il y a des gens qui seront toujours là pour lui, qui l’accompagneront jusqu’à la fin. « J’ai certaines croyances spirituelles, pas très étayées, mais je ne crois pas à la mort », dit-il. « Mon père est décédé il y a dix ans, pourtant, il n’a jamais été aussi vivant en moi. Il vit dans mes enfants, dans mes proches, grâce à moi. » Chacun continue de vivre en les autres, c’est ce qui crée l’éternité, croit-il. De toute façon, les poètes ont toujours le dernier mot.













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