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    Écrire en français à l’ère du numérique

    12 mars 2016 | Martine Letarte - Collaboratrice | Actualités en société
    Avec la plateforme Érudit, les articles scientifiques canadiens sont maintenant lus partout à travers le monde.
    Photo: Getty Images Avec la plateforme Érudit, les articles scientifiques canadiens sont maintenant lus partout à travers le monde.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
     

    Deux tables rondes sur le thème « Écrire en français à l’ère du numérique » se dérouleront à la Grande Bibliothèque le 18 mars pour souligner la Journée internationale de la francophonie, qui aura lieu deux jours plus tard. Elles sont organisées par l’Agence universitaire de la Francophonie, la délégation de Wallonie-Bruxelles à Québec et l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF).


    L’été dernier, le gouvernement du Québec refusait de financer 28 des 56 revues scientifiques qualifiées lors du dernier concours du Fonds de recherche du Québec. Ces revues, dans lesquelles on retrouve notamment Recherches sociographiques, cofondée par Fernand Dumont en 1960, risquent de mettre la clé sous la porte. En recherche et en enseignement, la langue de Molière continue d’avoir de fervents défenseurs, mais leur chemin peut être semé d’embûches.

     

    « Le savoir est de plus en plus large et les chercheurs, de plus en plus nombreux ; que feront-ils s’ils ne peuvent plus publier dans des revues francophones ? » questionne Richard Marcoux, professeur au département de sociologie à l’Université Laval et directeur de l’ODSEF.

     

    « Ils publieront en anglais et le savoir français, avec ses thématiques très francophones et francophiles, risquera de disparaître », craint-il.

     

    C’est dans ce contexte que la table ronde « Écrire en français à l’ère du numérique. Les enjeux de l’édition scientifique » s’est imposée.

     

    Si ces revues ont de la difficulté à recevoir du financement au Québec, elles ont toutefois réussi le virage numérique. Avec la plateforme Érudit, les articles scientifiques canadiens sont maintenant lus partout à travers le monde. En 2014, plus de 21 millions de documents ont été consultés sur Érudit par des internautes dans plus de 200 pays.

     

    « Cette plateforme permet maintenant de rejoindre plusieurs communautés francophones, notamment en Afrique », constate Richard Marcoux.

     

    Pour se lancer dans l’aventure, les directions des revues ont été largement encouragées à offrir leur contenu en ligne le plus rapidement possible et gratuitement. Ce qui n’a pas été sans affecter leurs ventes. Les revues se retrouvent donc davantage dépendantes des subventions gouvernementales.

     

    « Après [qu’elles ont] investi autant d’efforts dans le développement de ce nouvel environnement numérique depuis 15 ans, il est fort inquiétant de voir que ces revues n’ont plus les moyens de continuer à faire leur travail », affirme M. Marcoux.

     

    Éditer des livres savants en français

     

    Le virage numérique s’impose maintenant dans le monde de l’édition. Les Presses de l’Université de Montréal réalisent actuellement un projet pilote avec la Direction des bibliothèques de l’UdeM pour donner un libre accès aux livres sur le Web.

     

    « Il faut prendre le virage pour s’assurer d’une meilleure diffusion, dans les meilleures conditions possible, en s’associant avec des partenaires qui partagent notre objectif », croit Benoît Melançon, directeur scientifique, Presses de l’Université de Montréal, et participant à la table ronde.

     

    Pourtant, certains s’étonnent qu’on publie encore des livres savants en français. Ce n’est pas sans irriter Benoît Melançon.

     

    « Chaque discipline a ses modes de fonctionnement et de communication, dit-il. En chimie et en informatique, les chercheurs ne publient pas de livres, mais en lettres et en sciences humaines, on en publie parce qu’on a souvent besoin d’espace. »

     

    Puis il y a la question de la langue.

     

    « Si l’objet de la recherche est un fait français, ou si on traite de littérature française ou québécoise, c’est normal qu’on publie le livre en français, affirme M. Melançon. Les principaux lecteurs du livre seront francophones, de toute façon. »

     

    Il remarque qu’il existe aussi des traditions liées à la langue dans certaines disciplines. Par exemple, Les Presses de l’Université de Montréal publient plusieurs livres en criminologie axés sur des dimensions sociales : les jeunes déviants, la délinquance sexuelle, les gangs de rue, la détention, etc.

     

    « C’est une façon particulière de faire de la criminologie développée en français et c’est important pour les criminologues de la préserver », explique M. Melançon, également professeur et directeur du département des littératures de langue française à l’Université de Montréal.

     

    Puis l’édition de livres en français permet des collaborations internationales dans le monde francophone.

     

    « Lorsque nous croyons qu’un livre savant peut avoir de l’intérêt à l’extérieur du Québec, nous pouvons faire une coédition avec la France par exemple, indique Benoît Melançon. Nous pouvons aussi vendre notre livre à un éditeur français. Jusqu’à maintenant, cela se passe très bien parce que le but est vraiment de faire circuler le savoir le plus largement possible, en français. »

    Avec la plateforme Érudit, les articles scientifiques canadiens sont maintenant lus partout à travers le monde. Pour se lancer dans l’aventure, les directions des revues ont été largement encouragées à offrir leur contenu en ligne le plus rapidement possible et gratuitement. Ce qui n’a pas été sans affecter leurs ventes. Les revues se retrouvent donc davantage dépendantes des subventions gouvernementales.












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