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    Francophonie ontarienne

    «On sera là dans 400 ans»

    12 mars 2016 | Jean-Benoît Nadeau - Collaborateur | Actualités en société
    Le 18 février dernier, des étudiants franco-ontariens se sont réunis à Toronto pour réclamer la construction d’une université francophone.
    Photo: Michelle Siu La Presse canadienne Le 18 février dernier, des étudiants franco-ontariens se sont réunis à Toronto pour réclamer la construction d’une université francophone.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.
     

    « On n’est pas des dead ducks », dit Denis Vaillancourt, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, principal organisme de représentation provinciale.

     

    Tout Québécois qui s’adresse à un Franco-Ontarien se fera servir cette allusion au commentaire de René Lévesque, désormais célèbre, prononcé sur les ondes de CBC en 1968. Le fondateur du Mouvement souveraineté-association y exprimait son peu d’espoir pour la cause canadienne-française, qu’il jugeait « finie » — en anglais : a dead duck.

     

    « Ça fait 400 ans qu’on est ici. Nous sommes 611 000. Notre nombre augmente et on sera encore là dans 400 ans. »

     

    Signe de santé évident, la législature débat du projet de création d’une université francophone en Ontario. Quelques semaines auparavant, la première ministre, Kathleen Wynne, a placé la barre haut en présentant les excuses officielles du gouvernement pour l’odieux « règlement XVII », qui avait interdit l’enseignement du français entre 1912 et 1927. « Les Franco-Ontariens représentaient 10 % de la population ontarienne. Si nous ne sommes que 5 %, c’est largement à cause de ce règlement », dit M. Vaillancourt.

     

    Après quelques décennies de flottement, l’Ontario francophone a commencé à marquer des points à la fin des années 1960 : premières écoles secondaires francophones en 1969, programmation française sur TVOntario en 1980, Loi sur les services en français en 1986, création des collèges francophones au tournant des années 1990, pleine gestion scolaire en 1998.

     

    Un Office qui chapeaute les services

     

    La loi prévoit plusieurs mécanismes de protection. Un Office des affaires francophones coordonne l’ensemble des services. Et un Commissariat aux services en français répond aux plaintes. « En santé, les francophones sont maintenant au premier plan dans la planification des services locaux, dit Denis Vaillancourt. Le gouvernement ontarien a même établi que les francophones devraient avoir 5 % de l’immigration en Ontario. »

     

    En tout, ils profitent désormais de centaines d’écoles primaires et secondaires réunies en douze conseils scolaires, d’un hôpital, de deux collèges avec 11 campus, de trois universités bilingues. « Il y a même une petite université, à Hearst, qui est notre unique université francophone, précise Denis Vaillancourt. En fait, c’est un collège universitaire, qui est une filiale quasi indépendante de l’Université laurentienne de Sudbury. »

     

    La création d’une grande université francophone, qui serait le pendant franco-ontarien de l’Université de Moncton, suscite de grands espoirs, pour ne pas dire la fièvre. « Oui, il existe des programmes en français à l’Université d’Ottawa, mais si on veut terminer en trois ans, il faut suivre des cours en anglais. Parce que 13 000 étudiants francophones sur 45 000, ça ne fait pas un établissement francophone », dit cet ancien sous-ministre adjoint responsable de l’éducation en langue française et de l’administration de l’éducation.

     

    Denis Vaillancourt s’inquiète d’entendre la première ministre Wynne et la ministre déléguée aux Affaires francophones, Madeleine Meilleur, évoquer une université francophone virtuelle. « En 1990, le Collège des Grands-Lacs devait être un collège virtuel d’enseignement en ligne. C’était trop ambitieux, les ressources étaient insuffisantes, et ça n’a pas marché parce que ça ne réglait pas le principal problème des francophones minoritaires : nous avons besoin d’un milieu physique. »

     

    Denis Vaillancourt espère convaincre le gouvernement d’étendre la Loi sur les services en français à tout le territoire, comme il l’a fait pour les tribunaux et les écoles.

     

    L’Ontario français a résisté à l’assimilation par tous les moyens. L’un des procédés les plus ingénieux a consisté à établir des processus pour la francisation des couples mixtes. Traditionnellement, les Franco-Ontariens se mariaient entre eux, mais depuis 30 ans, ils sont de plus en plus nombreux à fonder une famille avec un ou une anglophone.

     

    « Notre réseau scolaire a dû s’adapter. On a donc créé des programmes de francisation. Nous voulons que les enfants acquièrent le bon niveau de langue pour profiter du droit à l’éducation en langue française. Et nous aidons aussi les parents à suivre leur enfant là-dedans. » Depuis, chaque conseil scolaire doit concevoir une politique d’aménagement linguistique qui ne touche pas seulement l’école, mais aussi la communauté. « Ce programme a même suscité des échanges avec le gouvernement du Québec, qui cherchait lui aussi à utiliser les écoles pour la francisation des immigrants. »

     

    Selon Denis Vaillancourt, les rapports institutionnels avec le Québec sont bons. « Nous avons de nombreux partenariats à travers le Secrétariat aux affaires intergouvernementales du Québec. Nos deux premiers ministres veulent faire la promotion du français à travers le Canada. Le ministre Fournier est venu nous voir plusieurs fois en 2015, dans le cadre des célébrations du 400e. »

     

    « Par contre, avec les associations québécoises, et la population en général, c’est autre chose. Mon fils est à Montmagny, et régulièrement, on me demande : “Comment ça se fait que vous parliez français en Ontario ?” »

     

    « Chez nous, il y a une certaine défiance qui s’exprime à l’endroit des Québécois parce qu’ils nous ignorent. C’est un gros irritant. Ils vont présenter des chanteurs comme Véronic DiCaire et Damien Robitaille comme des Québécois. Est-ce que c’est si difficile de dire qu’ils sont franco-ontariens ? »

     

    Denis Vaillancourt n’a pas de complexes. Il est de ceux qui rêvent de voir l’Ontario se joindre à l’Organisation internationale de la Francophonie. « Il y a bien des objections à surmonter, mais on peut dire que Michaëlle Jean, la secrétaire générale de l’OIF, est une Franco-Ontarienne. Sa dernière adresse au Canada était à Ottawa. Sa fille, qui a fréquenté nos écoles, se dit même franco-ontarienne. »













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