Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Abonnez-vous!
    Connectez-vous

    Des injustices subsistent, rapporte la communauté LGBT

    Ottawa pourrait accorder un pardon aux hommes gais condamnés avant 1969

    Manifestation pour les droits des homosexuels, sur la colline parlementaire à Ottawa, en août 1971
    Photo: Peter Bregg La Presse canadienne Manifestation pour les droits des homosexuels, sur la colline parlementaire à Ottawa, en août 1971

    Le Canada pourrait faire figure de pionnier à l’échelle mondiale si le gouvernement Trudeau accordait comme promis le pardon aux hommes gais condamnés avant la décriminalisation de l’homosexualité, en 1969. Mais en dépit de ces récents progrès, le pays demeure un lieu « hostile » pour certaines classes de minorités sexuelles, affirment des experts de la communauté LGBT.

     

    « Parce qu’on est en 2016 », pour la première fois de l’histoire, un premier ministre du Canada participera au défilé de la fierté gaie à Toronto, en juin. Au cours des prochains mois, devant le tollé suscité par une enquête du Globe and Mail portant sur l’emprisonnement d’un homme, à la fin des années 1960 avec comme seul motif son homosexualité, Ottawa pourrait accorder le pardon à ceux qui traînent encore ces « crimes » d’une autre époque dans leur casier judiciaire, le Canada devenant le premier pays occidental à agir ainsi. Les conservateurs retireront sous peu toute référence à la définition traditionnelle du mariage de leur plateforme. Plus que jamais, l’égalité semble acquise pour la communauté homosexuelle, bisexuelle, transgenre et transsexuelle (LGBT).

     

    Pas si vite, répond toutefois l’avocat spécialisé dans les droits des personnes gaies et lesbiennes Kyle Kirkup. Jusqu’à présent, l’affirmation des droits des personnes LGBT s’est limitée au droit de la famille, dit-il. Il voudrait étendre cette réflexion au droit criminel. S’il salue l’intention d’Ottawa de revoir le dossier de « personnes condamnées dans le passé pour grossière indécence ou sodomie, afin de déterminer si un pardon est justifié », il juge qu’un examen de conscience collectif s’impose.

     

    « Nous avons décriminalisé les personnes LGBT en 1969, mais même avec ces changements législatifs, la discrimination envers elles a perduré de nombreuses années lorsqu’elles entraient en contact avec la police et les tribunaux. On a eu des descentes policières dans les saunas jusque dans les années 2000, à Montréal notamment. Le legs de la criminalisation de l’homosexualité a perduré bien longtemps après qu’on a effacé ces lois de nos livres. Cette logique subsiste encore aujourd’hui. »

     

    Vivre dans la marge

     

    Il cite en exemple le fait que la non-divulgation de la séropositivité au VIH soit toujours considérée comme un crime, tout comme le travail du sexe, deux types de délit qui touchent les homosexuels de façon disproportionnée. Et l’état des personnes trans au sein de l’appareil carcéral inquiète tellement que l’Association du barreau canadien vient d’adopter une résolution pressant le gouvernement d’adopter des mesures afin de protéger ces détenus parmi les plus vulnérables. Encore trop souvent, ces personnes sont placées dans des prisons correspondant à leur sexe à la naissance plutôt qu’au genre auxquels elles s’identifient, et leur traitement hormonal se voit compromis si elles ne détenaient pas d’ordonnance médicale à cet effet avant leur emprisonnement.

     

    « Si vous êtes un couple gai qui se présente comme ce à quoi la société s’attend, alors oui, c’est plus facile de mener une vie “normale”. Mais si vous vivez dans la marge, ce n’est pas nécessairement facile », croit-il.

     

    Pionnier de la lutte contre l’homophobie, le fondateur de l’organisme Gai Écoute, Laurent McCutcheon, a vécu l’époque de la criminalisation de l’homosexualité et des descentes dans les saunas du centre-ville. Il juge que ces excuses envoient un « signal » nécessaire. « On était autrefois des criminels potentiels, des malades mentaux. Il est nécessaire de reconnaître cette injustice. »

     

    La directrice générale d’Égale Canada, Helen Kennedy, abonde dans ce sens. « Nous sommes prudemment optimistes face aux intentions du gouvernement Trudeau, d’autant plus que, depuis dix ans, les personnes LGBT n’ont pas véritablement fait partie de la discussion politique », explique celle qui dirige le principal organisme national de promotion des droits des personnes LGBT. « Mais l’homophobie et la transphobie perdurent encore aujourd’hui dans les univers de la justice, de l’éducation et des affaires, par exemple. Oui, nous avons obtenu le mariage en 2005, mais changer la culture nécessite sensibilisation et acceptation. En ce sens, le pardon serait une bonne première étape, mais ne peut être la seule. » Elle estime que la question de l’homophobie doit être abordée de façon soutenue tout au long du parcours scolaire si l’on souhaite réellement éradiquer ce fléau. Les jeunes LGBT ne représentent pas moins de 21 % des itinérants torontois, ce qui s’explique en partie par leharcèlement qu’ils subissent à l’école, selon elle.

     

    L’identité de genre doit aussi être ajoutée à la Charte canadienne des droits et libertés, rappelle Mme Kennedy. « M. Trudeau a dit qu’il allait le faire. On veut qu’il agisse rapidement. On l’observe attentivement. »













    Envoyer
    Fermer

    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.