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    Exploitation sexuelle

    De jeunes filles sont recrutées dès le primaire

    Des organismes relèvent que les centres jeunesse sont une infime partie du problème

    Lilia Goldfarb, du Y des femmes de Montréal, ne voit pas de réelle prévention dans le programme Prévention jeunesse.
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Lilia Goldfarb, du Y des femmes de Montréal, ne voit pas de réelle prévention dans le programme Prévention jeunesse.

    Québec rate le coche avec son plan d’action contre l’exploitation sexuelle ciblant les centres jeunesse de cinq villes du Québec, puisque dans certains quartiers, c’est dès l’école primaire que de jeunes filles tombent sous les griffes des gangs de rues et des proxénètes.

     

    « Des filles se font recruter dans les cours d’écoles primaires à Montréal-Nord », a insisté mercredi Lilia Goldfarb, directrice des services jeunesse du Y des femmes de Montréal, formulant de grandes réserves quant au plan d’action contre l’exploitation sexuelle présenté cette semaine par Québec.

     

    Cette dernière déplore que la réelle prévention ne soit pas au coeur du plan « Prévention jeunesse » annoncé mardi par le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, en réponse aux nombreuses fugues de jeunes filles mineures survenues au Centre jeunesse de Laval.

     

    Pour plusieurs organismes qui oeuvrent sur le terrain, les mesures prises par Québec, qui allieront intervention en centres jeunesse et répression policière, ne ciblent « qu’une infime partie du problème ». « C’est minime, les jeunes recrutées dans les centres jeunesse pour l’exploitation sexuelle par rapport au portrait global », affirme Richard Desjardins, directeur de la Maison Kekpart, qui intervient depuis des années en Montérégie auprès de jeunes filles exploitées ou à haut risque de le devenir.

     

    200 filles exploitées

     

    Selon ce dernier, au moins 200 jeunes filles ont « travaillé » au cours de la dernière année pour une dizaine de gangs de rue de la Montérégie, comptant plus de 200 membres actifs. Pas moins de 90 jeunes filles seraient toujours sous l’emprise de ces gangs.

     

    Le recrutement dans les centres jeunesse « est une toute petite partie de ce qui se passe », confirme Diane Matte, de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES). « Le recrutement se fait dans les écoles, les stations de métro, les commerces. C’est une erreur de se concentrer uniquement sur les centres jeunesse », dit-elle.

     

    À la Maison d’Haïti, qui intervient dans le quartier Saint-Michel, Émilie Martinak soutient qu’il faut apprendre très jeunes aux filles qui grandissent notamment dans les quartiers où sévissent les gangs de rue à « se sécuriser, à développer une estime d’elle-même. Tous les jours, des filles viennent nous raconter qu’elles ont été sollicitées ».


    Un programme efficace?

     

    Selon Richard Desjardins, le nouveau plan d’action proposé par Québec est directement calqué sur le programme de lutte contre la traite des personnes, appelé Mobilis, mis en place à Longueuil en 2008 au coût de 2 millions de dollars par année. Bien qu’applaudi par certains, comme la mairesse de Longueuil, ce programme, dont le gros des fonds allait au volet policier, s’est à son avis avéré peu efficace sur le plan de la répression avec seulement huit arrestations et un proxénète condamné en un an. « C’est beaucoup d’argent pour peu d’intervention », estime ce dernier. En revanche, plus de 7000 jeunes ont été rencontrés dans les écoles dans le cadre de son volet préventif. Le programme, sabré depuis par Québec, ne dispose plus que de deux des huit policiers de départ. Quant aux organismes de prévention, ils ont perdu leurs subventions.

     

    Comme bien d’autres organismes de prévention, la Maison Kekpart a vu son budget provenant de la Sécurité publique amputé de 85 000 $. La CLES, elle, a vu ses subventions réduites de 125 000 $, soit 25 % de son budget.

     

    Malgré l’ampleur connue de la traite des mineurs à des fins sexuelles, tous ces organismes de prévention ont dénoncé les coupes assenées à leur financement au cours de la dernière année. Plusieurs ont dû recourir à des fonds privés pour poursuivre leur mission de prévention de l’exploitation sexuelle auprès des jeunes filles et des jeunes garçons, et auprès des femmes. « Le gouvernement agit en toute bonne foi pour réagir à l’indignation, mais il faut un plan gouvernemental complet sur l’exploitation sexuelle. Ce qu’on voit, c’est qu’on est encore dans l’intervention et la répression, et pas la prévention », déplore Lilia Goldfarb, du Y des femmes de Montréal.













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