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    Transport adapté

    Un cadre financier handicapant

    Au Québec, plus de 105 000 personnes utilisent le transport adapté sur une base régulière.
    Photo: iStock Au Québec, plus de 105 000 personnes utilisent le transport adapté sur une base régulière.
    Alors que les besoins sont de plus en plus criants, notamment en raison du vieillissement de la population, les organismes oeuvrant dans le milieu du transport adapté travaillent depuis plus de dix ans avec les mêmes budgets.​​
     

    De Montréal à Gaspé, en passant par Mirabel, Québec et Alma, ce sont plus de 105 000 personnes qui utilisent sur une base régulière le transport adapté, ce service « porte à porte » qui permet aux gens à mobilité extrêmement réduite de se déplacer. C’est 5 % de plus que l’an dernier, et 5 % de plus que l’année d’avant.

     

    Or, malgré cette hausse d’achalandage marquée, l’enveloppe budgétaire allouée au maintien et au développement de ces services est, pour sa part, la même depuis une dizaine d’années. « Depuis 2006, nos budgets n’ont pas bougé d’un iota, déplore Rosanne Couture, directrice générale de l’Alliance des regroupements des usagers du transport adapté du Québec (ARUTAQ). Pourtant, même le ministère des Transports [MTQ] qui, en vertu de la loi, doit assurer notre financement, reconnaît qu’il y a et qu’il continuera à y avoir une hausse d’achalandage de plus en plus significative. »

     

    Remboursement à la baisse

     

    Malgré tout, depuis quelques années, les organismes et services d’un peu partout au Québec se partagent le même budget de 90 millions de dollars, réparti en fonction des besoins de base prévus dans chacune des régions. À la fin de l’année financière, le MTQ procède ensuite à une mise à niveau selon la hausse d’achalandage. « En gros, le ministère donne un montant supplémentaire aux organismes et aux services qui ont déboursé davantage que ce qui était prévu au début en raison d’une demande plus importante », explique celle qui travaille dans le milieu depuis de nombreuses années. Les villes et les usagers doivent ensuite avancer les fonds supplémentaires nécessaires au bon fonctionnement des services offerts.

     

    Or, si la somme fournie par le MTQ représentait autrefois entre 65 % et 75 % du total mobilisé, sa part n’a cessé de décroître au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, elle est d’à peine 50 %. Et il s’agit là d’une moyenne, l’apport du ministère ayant chuté sous le 40 % dans certains secteurs.

     

    À proprement parler, il n’est pas possible de parler de compressions budgétaires, les 90 millions annoncés par le MTQ pour l’année courante étant effectivement un « montant préservé », comme l’indique Mélissa Turgeon, porte-parole au cabinet du ministre des Transports, Jacques Daoust. Ils n’ont toutefois pas la même valeur que ceux de l’an dernier que ce soit en raison de l’inflation, des coûts de mise en oeuvre ou, justement, de l’importante hausse d’achalandage. « Des fois, on dirait que le gouvernement vit sur une autre planète, lance Rosanne Couture avec aplomb. Quand on lui demande d’actualiser son financement, ce n’est pas par caprice. Ça veut dire que les besoins augmentent de façon exponentielle. Le vieillissement de la population dont on parle depuis des années ne se fera pas d’un coup, c’est une réalité avec laquelle il faut composer au quotidien. Avec laquelle on compose déjà ! »

     

    Casse-tête opérationnel

     

    Sur le terrain, ce gel budgétaire est un véritable casse-tête pour les organismes qui, pour garder la tête hors de l’eau, sont obligés de sacrifier certains des services aux usagers. Réduction du nombre de navettes sur les routes, augmentation des temps de déplacements, limitation des sorties la fin de semaine, ce ne sont là que quelques-unes des mesures mises en place pour tenter d’endiguer l’hémorragie. Mais malgré leur bonne volonté, les municipalités des quatre coins du Québec sont à bout de souffle, elles aussi devant se rabattre sur des budgets particulièrement serrés. « Les villes ne veulent pas mal faire, au contraire, laisse tomber Rosanne Couture de l’ARUTAQ. Elles n’ont tout simplement plus les moyens de compenser. »

     

    C’est d’ailleurs ce cadre financier contraignant qui a poussé le Conseil intermunicipal de transport des Laurentides (CITL) qui dessert les citoyens de 14 municipalités au nord de Montréal, à modifier certains services de transport adapté au début de l’année. Parmi ceux-ci, notons la suppression des déplacements hors territoire, mis à part ceux nécessaires à des fins médicales. Exit donc les cours à l’université, les visites à la famille éloignée ou, encore, les sorties au théâtre. « C’est comme si on leur disait qu’ils sont des citoyens de seconde zone, souligne Caroline Dupuis, directrice du Regroupement pour la concertation des personnes handicapées des Laurentides (RCPHL), un organisme qui a vivement dénoncé les modifications de services dans la région. Comme si au-delà de leurs besoins médicaux, ils n’avaient pas le droit de tout simplement vivre. »

     

    Urgence d’agir

     

    Devant la levée de boucliers, le CITL est finalement revenu sur sa décision la semaine dernière et a rétabli l’ensemble des services jusqu’au 31 décembre 2016. « Nous n’avions pas pris cette décision de gaieté de coeur, assure le président du CITL Pierre Charron. Ça fait des années que le financement ne suit pas la demande. L’an passé, à nous seuls, nous aurions eu besoin de 1,5 million supplémentaire. Nous n’y arrivons tout simplement plus ! » Pour l’ensemble de la province, le manque à gagner est d’environ 90 millions, estiment les différents acteurs du milieu. Somme qui, idéalement, devrait venir s’ajouter au budget actuel, pour un total de 115 millions déboursés par le ministère.

     

    Le projet de loi 76 sur la gouvernance devrait permettre aux municipalités de souffler un peu, avance l’attachée de presse du ministre Daoust, Mélissa Turgeon. « On veut bien donner une chance au coureur, indique le président du conseil laurentien. Mais on ne pourra pas attendre indéfiniment. » Sans financement supplémentaire, le sursis ne fera donc qu’un temps. « Il ne faut pas se leurrer, soutient la présidente de l’ARUTAQ. Si, il y a dix ans certaines villes avaient des surplus, ils ont fondu depuis longtemps. Les Laurentides ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres. »

     

    « Le transport adapté n’est pas une lubie, ajoute avec force Caroline Dupuis, du RCPHL. Vous savez, dans la plupart des cas, les gens qui sont admissibles n’ont pas de solutions de rechange pour se déplacer. » Plus encore, soutient Chantal Lajeunesse, présidente de l’Union des transports adaptés et collectifs du Québec, en réduisant ces services — qui sont déjà minimaux —, on limite un peu plus leur autonomie. On augmente leur isolement. « Le transport adapté est un maillon essentiel à la vie de ces gens, insiste-t-elle. Réduire, ou pire faire disparaître, ces services, c’est renforcer des milliers de drames humains. »













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