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    Prostitution

    S’attaquer à la demande

    15 février 2016 | Diane Matte - Organisatrice communautaire et fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle | Actualités en société
     
Le gouvernement doit présenter un plan d’action gouvernemental spécifique pour contrer l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes.
    Photo: iStock Le gouvernement doit présenter un plan d’action gouvernemental spécifique pour contrer l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes.

    Depuis deux semaines, nous vivons au Québec une crise nous mettant face aux réalités de l’exploitation sexuelle. Depuis deux semaines, l’accent est mis sur les centres jeunesse et le besoin de revoir les mécanismes d’encadrement des jeunes femmes se trouvant dans ces institutions. Tout le monde cherche LA solution pouvant « protéger » les mineures des proxénètes.

     

    Pendant ce temps, très peu, trop peu de gens s’intéressent à l’industrie du sexe qui engrange des millions tous les jours et à ceux qui sont au coeur de l’équation, c’est-à-dire les hommes achetant, jour après jour, des actes sexuels de mineures (filles et garçons) et de femmes de tous âges parce qu’ils ont de leur bord l’argent, le pouvoir social et le silence ou la complaisance de la société.

     

    On peut comprendre l’indignation vécue, au premier chef, par les parents. Quinze pour cent des nouveaux appels reçus en 2015 par la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle provenaient de mères ou de pères inquiets et démunis devant le fait que leurs filles se retrouvent dans l’industrie du sexe. Il faut noter que la plupart de ces filles n’étaient pas mineures et n’étaient pas dans un centre jeunesse. Ces parents, tout comme les intervenants et les personnes souhaitant offrir plus aux jeunes femmes, ont besoin d’aide pour lutter contre la banalisation de la prostitution et l’industrie qui appâte de plus en plus de jeunes dans son giron.

     

    Revoir les mécanismes de contrôle des jeunes filles est un réflexe compréhensible, mais on ne pourra jamais combattre l’industrie du sexe en enfermant les jeunes, tout comme on ne combat pas les agressions sexuelles en disant aux femmes de rester à la maison ou de garder leurs distances des hommes dans l’espace public ! Brimer la liberté des jeunes n’aurait pour effet que de donner encore plus de valeur aux promesses d’une vie de rêve et de liberté, telle que le promettent recruteurs, proxénètes et industrie du sexe.

     

    Plan d’action manquant

     

    En 2016, il est inquiétant de voir l’exploitation sexuelle présentée comme la face sombre de la prostitution laissant ainsi planer l’idée qu’il existe une prostitution exempte d’exploitation. On dénonce aisément la prostitution juvénile qui nous offusque et nous inquiète, sans dénoncer la prostitution pour ce qu’elle est réellement : une forme de chosification et de violence envers les femmes de tous âges.

     

    L’exploitation sexuelle est une pratique par laquelle une personne (ou un groupe de personnes) abuse ou profite de la sexualité d’une autre personne (généralement une femme ou une fille). Elle comprend la pornographie, la sexualisation de l’espace public et médiatique, le tourisme sexuel, la prostitution sous toutes ses formes, etc. Elle se situe dans le continuum de violence envers les femmes. Cela, la politique québécoise sur l’égalité entre les femmes et les hommes, adoptée en 2006, le reconnaît. C’est d’ailleurs dans son deuxième plan d’action, celui de 2011-2015, que le gouvernement s’engageait à adopter un plan pour contrer l’exploitation sexuelle et venir en aide aux femmes souhaitant sortir de la prostitution. C’est ce plan qui fait défaut présentement.

     

    Le gouvernement doit présenter un plan d’action gouvernemental spécifique pour contrer l’exploitation sexuelle sous toutes ses formes, avec des actions touchant les milieux institutionnels et communautaires et accompagné d’argent.

     

    Défaire les mythes

     

    Oui, on doit revoir l’intervention dans les centres jeunesse et les doter de mécanismes permettant d’assurer une réelle protection. Mais ce plan, pour être durable et efficace, doit aussi prévoir des campagnes sociétales pour défaire les mythes et préjugés entourant la prostitution, affirmant haut et fort que la prostitution est incompatible avec l’égalité pour toutes les femmes. Il doit mettre en avant des programmes de prévention s’adressant aux filles et aux garçons (les hommes ne viennent pas au monde clients de la prostitution, ils le deviennent !) donnés dans les institutions scolaires, les centres jeunesse, etc. Il doit mettre des bâtons dans les roues des clients et des proxénètes en donnant les ressources nécessaires aux services policiers pour appliquer la nouvelle loi canadienne sur la prostitution qui concorde avec la politique québécoise, qui reconnaît que la prostitution n’est pas un crime sans victime et qu’il est de notre responsabilité collective de s’y attaquer. Finalement, il doit offrir des outils aux femmes et aux filles aux prises avec la prostitution pour en sortir et pouvoir obtenir le soutien nécessaire dans le processus de maintien de la sortie.

     

    Toutes ces actions, s’attaquant aux problèmes de fond tout en soutenant les femmes dans l’ici et maintenant, se conjuguent très mal avec austérité. Au contraire, la prostitution est souvent tributaire de la grande pauvreté des femmes, on pense ici à la prostitution de survie qui est le lot de plus en plus de femmes. Les solutions doivent donc, quant à elles, résolument rimer avec égalité.













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