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    Étude

    Le jeu en ligne plus nocif que le casino

    Les jeux d’argent sur Internet causent davantage de troubles d’anxiété et d’endettement, selon une étude québécoise

    Le jeu en ligne, qui gagne en popularité au Québec, est plus nocif que le jeu traditionnel au casino ou en salle de bingo. Les adeptes de jeux d’argent sur le Web souffrent davantage de problèmes de sommeil, d’anxiété ou de productivité, et ont plus de difficulté à payer leurs factures ou leur hypothèque que les autres joueurs.

     

    Le jeu en ligne peut même déranger les proches des joueurs et perturber « le bien-être, la santé ou la réussite scolaire de leurs enfants », révèle une nouvelle étude obtenue par Le Devoir.

     

    « Le jeu en ligne accentue des impacts qu’on observait sur des joueurs hors ligne. Ce n’est pas inoffensif », dit Élisabeth Papineau, chercheuse à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a dirigé l’étude. Deux professeurs de l’Université Laval, Guy Lacroix et Serge Sévigny, ont aussi collaboré à l’enquête datée de décembre 2015.

     

    Le jeu en ligne connaît une croissance fulgurante au Québec. Les revenus du site Espacejeux de Loto-Québec — le seul site de jeu légal au Québec — ont augmenté d’entre 12 % et 20 % par année depuis trois ans, tandis que l’achalandage a augmenté d’entre 6 % et 18 % par an. Les revenus des jeux de hasard traditionnels dans les casinos et les salles de bingo sont plutôt à la baisse.

     

    Une bonne proportion des 96 000 joueurs en ligne du Québec joue sur des sites étrangers, tous illégaux ici. Le jeu en ligne, notamment le poker, serait un marché de 41 milliards de dollars par année dans le monde. « Le jeu sur Internet devient tellement populaire qu’il devient important d’en mesurer les effets sur les joueurs », estime Élisabeth Papineau.

     

    Problèmes d’argent

     

    Cette recherche a été menée auprès de 826 joueurs assidus (qui jouent au moins une fois par mois sur une période d’un an) recrutés par une firme de sondage via un panel Web. Certains jouaient uniquement en ligne, d’autres uniquement hors ligne et une troisième catégorie jouait autant sur le Web que dans des maisons de jeu.

     

    Ces joueurs « mixtes », qui jouent sur Internet et hors ligne, ont dit subir les impacts négatifs les plus nombreux et les plus intenses. Un des désavantages les plus évidents est financier : les joueurs en ligne ont déclaré qu’ils dépensent trois fois plus que les joueurs hors ligne (152 $ par mois contre 53 $).

     

    Les joueurs sur Internet (et les joueurs mixtes) sont plus nombreux à rapporter des dettes de jeu, une mauvaise situation financière et des difficultés à payer leurs factures ou leur hypothèque. Ils consomment davantage d’alcool et de marijuana. Ils disent aussi être en moins bonne forme physique et mentale que les joueurs hors ligne.

     

    « Globalement, nos données démontrent que le jeu en ligne en soi ou additionné au jeu hors ligne ajoute une dimension de risque supplémentaire qui ne concorde pas avec l’image d’innocuité qui accompagne sa mise en marché », écrivent les chercheurs.

     

    « À la lueur de ces résultats, on peut penser que la nature et l’ampleur des préjudices du jeu sur les joueurs en ligne, leur entourage et la communauté restent sous-estimées au Québec », précise l’étude.

     

    Un joueur en ligne sur cinq (20 %) est considéré comme problématique. Les jeux d’argent sur Internet sont accessibles jour et nuit. Les joueurs se trouvent généralement seuls devant leur écran. Comme ils ont davantage tendance à boire de l’alcool et à fumer du cannabis, c’est un cocktail idéal pour perdre son jugement, estiment les chercheurs.

     

    Ils croient toutefois que les impacts du jeu en ligne sur le sommeil peuvent aussi être causés par l’exposition aux écrans d’ordinateur, de téléphone mobile ou de tablette. La simple exposition à un écran — sans que le jeu en ligne soit en cause — peut perturber le sommeil, rappelle Élisabeth Papineau.

     

    Mieux encadrer

     

    Les chercheurs invitent le gouvernement à encadrer la commercialisation du jeu et à « imposer des restrictions sur la promotion similaires à celles implantées pour d’autres produits à risque ». C’est justement ce que tente de faire le gouvernement Couillard, indique-t-on à Québec.

     

    Le projet de loi 74, déposé en novembre dernier, ouvre la voie à des sites privés de jeu en ligne qui seraient certifiés par Loto-Québec. Le projet vise aussi à dresser une liste de sites illégaux que les fournisseurs de services Internet auraient l’obligation de bloquer.

     

    Chez Loto-Québec, on accueille favorablement l’étude sur les impacts du jeu en ligne. « A priori, les grandes conclusions de l’étude — démontrant les risques d’excès potentiels plus grands en matière de jeu en ligne que de jeu terrestre — sont liées à d’autres conclusions d’études effectuées sur le sujet. C’est notamment pour ces raisons que Loto-Québec a mis en place une série de mesures favorisant le jeu responsable sur son site espacejeux.com, ce qui ne se trouve aucunement sur les autres sites de jeu en ligne illégaux », indique Patrice Lavoie, directeur des communications à la société d’État.

     

    Il rappelle certaines mesures prises pour limiter les risques financiers des joueurs en ligne : ils peuvent dépenser un maximum de 10 000 $ par semaine ; ils peuvent s’imposer (de façon facultative) une autre limite de dépenses ou de temps sur le site Espacejeux ; un rappel régulier (chaque heure) informe le joueur du temps exact en jeu et des sommes gagnées ou dépensées ; une horloge permanente sur le site permet de ne pas perdre la notion du temps.













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