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    Enseigner le code informatique aux enfants

    L’école à l’heure de la programmation

    19 décembre 2015 | Isabelle Porter à Québec | Actualités en société
    Les parents étaient invités à participer à l’atelier de KidsCodeJeunesse, samedi dernier, à Montréal. Ils ont créé des cartes de Noël animées avec leurs enfants.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les parents étaient invités à participer à l’atelier de KidsCodeJeunesse, samedi dernier, à Montréal. Ils ont créé des cartes de Noël animées avec leurs enfants.
    Au Québec, des voix s’élèvent pour réclamer qu’on enseigne aux élèves du primaire les rudiments du codage et de la programmation informatiques, comme on le fait en Estonie et en Angleterre. En attendant que le ministère bouge, des enseignants et stagiaires tentent l’expérience dans leurs classes. Le Devoir est allé à leur rencontre.
     

    Les yeux rivés à leur écran, les élèves de la classe de 6e année de Julie Vallières font des exercices de code. Ils tentent de déplacer un personnage dans un labyrinthe à l’aide de lignes de programmation qu’ils « codent » eux-mêmes. Leur écran est divisé en trois sections verticales. À gauche, on voit le labyrinthe. Au centre, on retrouve une série de lignes de codes dans laquelle ils peuvent puiser (« avancer », « reculer », « changer de couleur », etc.). Puis, c’est à droite qu’ils programment en les agençant.

     

    « Ils doivent faire un labyrinthe et permettre au bonhomme de le traverser. Ils programment le personnage pour qu’il recule quand il touche le rouge. Quand il touche le vert, il gagne », résume Viviane Vallerand, la stagiaire qui a lancé le projet dans cette classe de l’école primaire Anne-Hébert, à Québec.

     

    Comprendre et construire la technologie

     

    La jeune femme est convaincue du bien-fondé de l’apprentissage du langage informatique par les enfants. « Si je veux amener mes élèves à être autonomes, à s’engager et à comprendre le monde dans toute sa complexité, il faut non seulement qu’ils soient capables d’utiliser les technologies, mais il faut qu’ils sachent comment elles se construisent et comment ils peuvent construire des outils. » Pour faire des exercices de code avec les élèves, elle utilise Scratch Junior, un logiciel gratuit développé par le Massachusetts Institute of Technology (MIT). L’outil est même traduit en français.

     

    Louis et Laurent ont tellement aimé l’expérience du premier cours qu’ils ont commencé à en faire à la maison pour le plaisir. « On a passé plus d’une semaine sur un des jeux », explique l’un. Les deux garçons s’intéressent tous les deux aux mathématiques, mais ils ne sont pas de grands amateurs de jeux vidéo. Ils préfèrent Scratch « parce que le défi est plus grand. »

     

    Au-delà des compétences informatiques, l’exercice renvoie notamment aux mathématiques via le plan cartésien. Mais, aux yeux de Viviane, c’est bien davantage. C’est une façon de faire de ses élèves des gens « engagés ». Elle les trouve un peu trop complaisants envers la technologie et cherche à développer leur esprit critique.

     

    L’étudiante s’est intéressée au code après avoir suivi le cours d’une chercheuse en technologie éducative de l’Université Laval, Margarida Romero. Cette dernière voit un énorme potentiel dans l’univers du code. « Ce sont des apprentissages liés à la logique, à la structure de pensée, note-t-elle. Il y a 10 ou 15 ans, le langage était tellement complexe que seulement une minorité pouvait réellement faire du développement. La première marche de l’escalier était très haute. Là, par contre, on a des outils avec lesquels, même sans savoir lire et écrire, on peut arriver à faire de la programmation. »

     

    D’autres y voient surtout un impératif économique. « Le code, c’est la lingua franca du XXIe siècle », explique la blogueuse Michelle Blanc. « Comprendre la logique informatique, ça prépare à des emplois qui n’existent pas encore. En plus, ça peut donner aux élèves l’envie de pousser plus les mathématiques ou les sciences. »

     

    Chose certaine, l’engouement pour l’enseignement du code gagne de plus en plus de pays et d’organisations. Après l’Estonie en 2012, l’Angleterre l’a intégré à son programme éducatif à l’automne 2014 et certains États américains ont emboîté le pas. De l’Australie aux Pays-Bas, en passant par la France, l’expérience est surveillée de près et de plus en plus de pays songent à faire la même chose.

     

    En attendant, des projets à but non lucratif poussent un peu partout. Lancée il y a deux ans aux États-Unis, l’initiative « L’heure du code » encourage les professeurs et les parents à tenter l’expérience en leur fournissant des outils.

     

    Le projet fait fureur. Barack Obama lui-même en a fait la promotion et pas moins de 100 millions d’étudiants de 180 pays se sont prêtés au jeu. Cette année, L’heure du code proposait un atelier basé sur les personnages de Star Wars ou encore le jeu vidéo Minecraft.

     

    Dans une vidéo diffusée sur le site, la présidente de Lucas Films, Kathleen Kennedy, explique que la programmation a joué un rôle crucial dans la construction de Star Wars. Des collègues programmeuses décrivent avec enthousiasme leur travail.

     

    Les parents aussi apprennent

     

    À Montréal, Kate Arthur s’est inspirée de « L’heure du code » pour organiser ses propres formations à l’échelle locale via l’organisme KidsCodeJeunesse. La fin de semaine dernière, son organisation a tenu une séance de codage pour les parents au centre-ville. Une centaine sont venus la rejoindre avec leur ordinateur portable pour créer une carte de Noël informatique avec leurs enfants (6 à 10 ans).

     

    « Ils ont programmé une carte et l’ont partagée. Ils ont mis des bonhommes, des messages, des sons, résume-t-elle. Ça permet aux parents de voir à quel point la technologie est importante, tout en se familiarisant avec les outils sans avoir trop peur. »

     

    Même si ses projets reçoivent un très bon accueil, elle constate que le Québec est en retard dans le domaine. Lors du dernier événement mondial organisé par « L’heure du code », début décembre, le Québec a été l’une des provinces où le moins de gens ont participé, avec la Saskatchewan, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve. Elle constate en outre que « c’est plus lent du côté francophone » et que les médias en parlent moins.

     

    Certaines de ses activités sont commanditées par Ubisoft Montréal. L’entreprise soutient de plus en plus de projets numériques dans le monde de l’éducation via son programme Codex.

     

    Interrogé sur le présumé retard du Québec, le responsable des ressources humaines, Cédric Orvoine, se montre prudent. « Comme société, il faut comprendre qu’il y a plusieurs façons d’apprendre », dit-il. Le Québec serait-il en retard ? « On est déjà dans une assez bonne position dans le secteur des technologies. Mais il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers, parce que ça s’en va en se complexifiant et le niveau de compétences va être grandissant. Il faut continuer à poser des gestes pour continuer à être des leaders. »

    Les parents étaient invités à participer à l’atelier de KidsCodeJeunesse, samedi dernier, à Montréal. Ils ont créé des cartes de Noël animées avec leurs enfants. Viviane Vallerand a lancé le projet dans une classe de l’école primaire Anne-Hébert.












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