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    Pas facile de bien manger quand on est marginalisé

    Hochelaga’table propose une charte alimentaire pour améliorer l’alimentation des jeunes du quartier Hochelaga-Maisonneuve

    12 décembre 2015 | Pierre Vallée - Collaborateur | Actualités en société
    La première étape du projet d’animation d’Hochelaga’table a été de demander aux 46 jeunes de photographier les endroits qu’ils fréquentaient pour s’alimenter.
    Photo: Dominic Morissette La première étape du projet d’animation d’Hochelaga’table a été de demander aux 46 jeunes de photographier les endroits qu’ils fréquentaient pour s’alimenter.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    L’alimentation est un besoin fondamental pour tous les êtres humains. Mais, malgré cette évidence, tous les êtres humains ne sont pas égaux devant l’alimentation, certains groupes peinant plus que d’autres à se procurer une alimentation saine et complète. C’est le cas des jeunes marginalisés sur le plan socioéconomique dans une ville comme Montréal.


    Pour en savoir plus long sur le sujet, l’organisme Alternatives, de concert avec Turbine, un centre de création pédagogique, et appuyé par la Table de concertation Hochelaga-Maisonneuve, a mis en oeuvre le projet d’animation Hochelaga’table. Ce projet a été soutenu financièrement par le Forum jeunesse de l’île de Montréal.

     

    « Nous avons choisi un secteur particulier du quartier Hochelaga-Maisonneuve qui répond à la définition d’un désert alimentaire, c’est-à-dire un endroit reconnu pour une offre alimentaire pauvre », précise Catherine Pappas, d’Alternatives. Et sa collègue Annie-Claude Lauzon d’ajouter : « Nous nous sommes concentrés sur des jeunes marginalisés sur le plan socioéconomique, soit qu’ils étaient sans emploi, soit qu’ils se trouvaient dans une situation de précarité. »

     

    Ainsi, pendant quatre mois en 2014, quarante-six jeunes, sélectionnés grâce aux organismes communautaires et de jeunesse partenaires de la Table de concertation Hochelaga-Maisonneuve, ont participé à ce programme d’animation. « Notre mandat était d’abord d’amorcer avec ces jeunes une réflexion sur l’alimentation, poursuit Catherine Pappas. C’est la raison pour laquelle nous avons refusé toute approche moralisatrice. Nous voulions d’abord savoir quelle était la situation alimentaire de ces jeunes et ce qui pourrait être fait, selon eux, afin de leur permettre de mieux manger. Nous voulions aussi nous assurer que ces jeunes connaissaient les initiatives mises en place dans leur quartier qui pourraient les aider à mieux manger. Enfin, nous voulions éveiller chez ces jeunes un intérêt et un plaisir pour l’alimentation. »

     

    D’abord, comprendre

     

    « La première étape du projet a été de demander aux jeunes de photographier les endroits qu’ils fréquentaient pour s’alimenter, explique Annie-Claude Lauzon. Cela a permis de cartographier en quelque sorte leur parcours alimentaire. » Si la liste comprend certains commerces d’alimentation, on ne s’étonnera guère d’apprendre que parmi ces lieux fréquentés figurent des dépanneurs, un Dollorama et des enseignes de restauration rapide.

     

    « Le deuxième exercice, poursuit Annie-Claude Lauzon, consistait à demander aux jeunes de dresser la liste de tout ce qu’ils avaient mangé dans une période de vingt-quatre heures. » Ici, les résultats varient grandement d’un jeune à un autre. Si certains témoignaient d’un régime alimentaire qui, sans être sophistiqué, pouvait être qualifié de suffisant, d’autres étaient plutôt rudimentaires et, dans certains cas, nettement insuffisants. Fait à noter, plusieurs jeunes sautaient au moins un repas.

     

    Pour le troisième exercice les jeunes devaient cuisiner une recette pour un repas. « On a donné à chaque jeune le même montant de quinze dollars pour qu’ils puissent faire les emplettes nécessaires », explique Annie-Claude Lauzon. Ici aussi, l’écart entre les jeunes est remarquable. Si certains possédaient une certaine base culinaire leur permettant de cuisiner des plats simples, comme une sauce à spaghetti ou un pâté chinois, d’autres se rabattaient sur des repas encore plus simples à préparer, comme un steak et des patates. Certains étaient si mal outillés qu’ils ne pouvaient que préparer un sandwich.

     

    Le quatrième exercice fut de demander aux jeunes quelles étaient les raisons pour lesquelles ils avaient de la difficulté à bien manger. Évidemment, deux des raisons évoquées par les jeunes sont le manque d’accès à une alimentation de qualité, propre à un désert alimentaire, et le manque d’argent, propre à une situation financière précaire. L’absence de connaissances en matière culinaire était aussi une autre raison mentionnée. « Mais nous avons été surpris par certaines des réponses données, car nous n’y avions pas pensé, souligne Annie-Claude Lauzon. Les jeunes ont donné comme autres raisons le manque de motivation, le manque d’inspiration, le manque de temps et le fait d’être isolé. »

     

    Maintenant, les solutions

     

    Pour finir, on a demandé aux jeunes de proposer des solutions qui pourraient les aider à avoir une meilleure alimentation. Si certains projets proposés semblent moins réalisables, comme la construction d’une nouvelle place commerciale dans le secteur ou l’accès à des produits biologiques (ce dernier cas étant possible mais plus cher), d’autres sont au contraire facilement envisageables, à condition évidemment d’obtenir le concours d’organismes communautaires. On pense ici à des épiceries solidaires. Plusieurs jeunes ont proposé des projets multifonctions, c’est-à-dire des lieux où l’on pourrait à la fois acheter des aliments, manger sur place et suivre des cours de cuisine.

     

    La conclusion du projet Hochelaga’table est la rédaction d’une charte alimentaire des jeunes, présentement sur le point d’être finalisée. « Dans un premier temps, explique Catherine Pappas, la charte alimentaire devrait servir à orienter les décisions prises par les organismes communautaires du quartier qui sont impliqués en alimentation, comme les banques alimentaires et les cuisines collectives. Souvent, ces organismes, faute de le savoir, ne reflètent pas les besoins alimentaires des jeunes et n’y répondent pas bien. »

     

    Et, dans un deuxième temps, la charte alimentaire des jeunes devrait servir à alimenter la réflexion des décideurs publics en ce qui concerne les initiatives à venir en matière alimentaire. « La Ville de Montréal a mis en place une commission qui s’apprête à proposer que la Ville se dote d’une politique alimentaire, poursuit Catherine Pappas. Il ne faudrait pas que cette politique alimentaire soit élaborée sans tenir compte des besoins particuliers des personnes marginalisées et surtout des jeunes. »













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