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    Agence universitaire de la Francophonie

    Bernard Cerquiglini, témoin de l’émergence francophone

    8 décembre 2015 | Jean-Benoît Nadeau - Collaborateur | Actualités en société
    À la tête de l’AUF, le linguiste Bernard Cerquiglini aura été un administrateur redoutable.
    Photo: Agence France-Presse À la tête de l’AUF, le linguiste Bernard Cerquiglini aura été un administrateur redoutable.

    Le linguiste Bernard Cerquiglini, recteur de l’Agence universitaire de la francophonie (AUF) depuis 2007, vient tout juste de quitter ses fonctions après un mandat de huit ans à la tête de cet organisme fondé par Jean-Marc Léger à Montréal en 1961.

     

    Bien connu du public pour ses capsules linguistiques sur TV5 Monde et ses nombreux livres sur l’histoire de la langue française, cet hyperactif a dirigé la Délégation générale à la langue française et aux langues de France de 2001 à 2004, en plus d’avoir été l’un des principaux piliers de la réforme orthographique de 1990.

     

    À la tête de l’AUF, ce Lyonnais de naissance aura été un administrateur redoutable. Sous sa gouverne, non seulement l’AUF est passée de 656 à 812 établissements membres, dans plus de cent pays, mais elle s’est presque entièrement réformée.

     

    Au temps de l’émergence

     

    Bernard Cerquiglini (prononcer ser-ki-lini) a pris les commandes de l’institution à un moment charnière : celui de l’émergence économique de nombreux pays membres, particulièrement en Afrique.

     

    « Ce que je me reconnais, comme talent, c’est d’avoir perçu le changement et de l’avoir accompagné, peut-être parfois anticipé », a-t-il expliqué lors d’un récent entretien au siège social de l’AUF, boulevard Édouard-Montpetit à Montréal.

     

    En plus de décentraliser l’initiative vers les 10 bureaux régionaux, Bernard Cerquiglini a transformé l’AUF en « agence d’expertise ». « Nous étions une machine à bourses et à programmes. On s’en vantait. Mais les besoins ont changé. Dans les pays émergents, comme le Vietnam et la Côte d’Ivoire, les universités doivent composer avec une telle affluence d’étudiants qu’on embauche de jeunes universitaires au niveau maîtrise. »

     

    L’AUF a donc lancé des initiatives pour renforcer les capacités des corps professoraux, comme le système des collèges doctoraux et le programme Horizon francophone. Le but : faire en sorte que les jeunes universitaires passent la thèse et augmenter le nombre de doctorants.

     

    Il a également suscité une série de mesures pour renforcer la gouvernance des universités et poussé le soutien aux femmes à des postes de responsabilités.

     

    « Nous avons 812 établissements à l’AUF, mais il n’y a pas 80 femmes rectrices. En France, une femme dirige pour la première fois la Conférence des Grandes Écoles. Mais parmi les 200 institutions membres, les femmes n’en dirigent qu’une petite vingtaine. C’est ce que j’appelle la malédiction des 10 %. » L’une des dernières initiatives du recteur Cerquiglini aura été la création d’un lobby, le Réseau des femmes, qui fera campagne pour la nomination de rectrices. « Je suis content de mon coup. »

     

    Campus numériques

     

    Les campus numériques sont une autre illustration concrète de l’évolution de l’AUF. À l’époque du premier campus numérique, à Dakar, en 1991, on y introduisait le Minitel ! Puis très vite, on est passé à Internet, puis au Web. « En avril dernier, à l’inauguration du campus numérique d’Hanoï, je n’ai pas vu un seul ordinateur. À l’entrée, vous prenez une tablette et vous allez vous mettre dans un coin. »

     

    Bernard Cerquiglini est convaincu que, même à l’ère des téléphones intelligents, les campus numériques ont toujours leur place. « Ils servent à créer des cours en ligne et des certifications, à inscrire les étudiants à des formations continues, à offrir des cours en visioconférence, à faire passer des examens en ligne. »

     

    L’AUF a néanmoins revu tout le modèle : c’est désormais la Côte d’Ivoire qui finance l’AUF pour qu’elle l’aide à bâtir son Université numérique virtuelle, une petite révolution qui illustre à quel point l’AUF n’est plus une « machine à programmes ». Sur les 68 campus numériques du réseau, la majorité ont été créés et financés par les universités du sud. Le rôle de l’AUF consiste alors uniquement à l’assistance technique.

     

    Car Bernard Cerquiglini a dû composer avec une dure réalité. L’AUF fonctionne avec un budget qui n’a pas évolué depuis 10 ans : 38 millions d’euros (56 millions de dollars). Mais il a néanmoins réformé sa gestion pour créer une vingtaine d’indicateurs de la performance, en plus de diversifier les sources de financement. Désormais, environ 12 % du budget de l’AUF provient de contrats avec de grands bailleurs de fonds, comme la Banque mondiale et l’UNESCO.

     

    La prochaine étape sera le secteur privé. « Je dois reconnaître que les contacts avec la grande entreprise n’ont pas été toujours positifs. Je suis certain que l’AUF peut répondre à certains besoins des acteurs économiques, mais il y a clairement du boulot à faire de ce côté. Si j’étais recteur encore quatre ans, je m’efforcerais de mieux faire connaître l’existence et les capacités du réseau. Mais il faut bien que je laisse du travail à mon successeur ! »













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