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    #chroniquefd

    En 2015, mais encore?

    Simple et efficace. Tout est là dans la formule convoquée au début du mois par le nouveau premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pour justifier la parité entre les hommes et les femmes de son gouvernement : « Parce qu’on est en 2015. » Oui, Madame !

     

    Cela a été dit, redit, souligné et salué, n’en rajoutons pas. Sauf que, en 2015, si l’on garde la tête de l’autruche hors du trou, il y a bien plus que la présence de 50 % de femmes dans un exécutif qui relève désormais d’une certaine normalité des choses sans pour autant avoir eu la chance de se matérialiser. Un doute ?

     

    Parce qu’on est en 2015, il est temps d’arrêter d’ergoter sur les entraves à la circulation des voitures dans un arrondissement central de Montréal ou sur les ponts, sur les variations du prix de l’essence, pour se préoccuper un peu plus fort, avec un peu plus de détermination de transport collectif, sur route et sur rail, à l’intérieur des villes, mais aussi entre elles et leurs aéroports. On peut par contre continuer à se lamenter à voix haute sur la prolifération des nids-de-poule sur la chaussée, mais seulement pour parler de la sécurité des cyclistes.

     

    Parce qu’on est en 2015, le piéton, les déplacements à pied, à vélo ou en transport en commun devraient d’ailleurs être au coeur de la construction des nouveaux quartiers et de la reconfiguration de certains coins des villes.

     

    Parce qu’on est en 2015, on devrait pouvoir monter dans un train à grande vitesse à Montréal pour aller à Québec, Toronto, Chicago et même New York.

     

    Connectivité

     

    Parce qu’on est en 2015, payer 80 $ par mois pour une connexion à Internet offrant une haute vitesse bien relative en passant par un câble coaxial qui trouve ses racines dans les années 70, c’est un peu loufoque. Pour trois fois moins cher, cet accès au Web devrait passer par de la fibre optique pour aller cinq fois plus vite. En ville, mais aussi dans l’ensemble des régions du Québec où, parce qu’on est en 2015, il ne devrait plus être question de fracture numérique, comme c’est encore bien souvent le cas aujourd’hui.

     

    Parce qu’on est en 2015, on ne devrait pas avoir à attendre plus de 15 minutes dans une salle d’urgence d’hôpital, une clinique médicale ou un cabinet de dentiste, vu la facilité avec laquelle il est possible d’envoyer un texto à quelqu’un aujourd’hui, 20 minutes avant son rendez-vous ; 76 % des adultes vivant dans les villes et 70 % de ceux qui vivent au Québec en général ont en poche l’appareil mobile qu’il faut pour le faire en 2015, nous apprenait le CEFRIO il y a quelques jours.

     

    Parce qu’on est en 2015, il est peut-être temps d’arrêter de voir l’autre, l’exilé, l’immigrant comme une menace alors que les théoriciens de la mondialisation, comme la sociologue Saskia Sassen pour n’en nommer qu’une, ont depuis longtemps cerné l’apport positif de la diversité culturelle au développement économique, social et politique des villes, des régions et des pays. Il paraît que c’est une question d’interconnexions entre les peuples, d’exposition à des idées neuves, de collaboration, d’ouverture des fenêtres pour faire entrer de l’air frais… Choses qu’il est forcément difficile de voir quand on marche en regardant par terre pour mieux continuer à ne pas voir et apprendre à connaître celui dont on préfère avoir peur.

     

    Alimentation et vie active

     

    Parce qu’on est en 2015, il est étonnant de voir la viande hachée de boeuf occuper toujours autant de place dans le rayon des épiceries, alors que la science a établi depuis longtemps le caractère néfaste pour la santé de la viande rouge. Il faudrait au mieux en cesser la consommation, au pire, « asiaticaliser » notre rapport à cette viande en réduisant considérablement les doses.

     

    Parce qu’on est en 2015, l’impossibilité de prendre l’escalier pour monter à pied sept étages d’un immeuble au centre-ville, plutôt que de prendre l’ascenseur, de circuler à pied dans les banlieues, au nom de la lutte contre la sédentarité et de la prévention des maladies chroniques, est tout aussi absurde.

     

    Parce qu’on est en 2015, il est troublant de voir encore des écoles publiques confondre le principe de la fenêtre censée faire entrer de la lumière dans un bâtiment avec celui de la meurtrière ou du mur aveugle qui, eux, n’y arrivent pas vraiment, de voir ces mêmes écoles ne pas encourager le déplacement des élèves à pied ou à vélo, posséder des cours de récréation bétonnées en forme de puits de chaleur et offrir des activités créatives et éducatives entre des murs sans verdure à l’intérieur.

     

    Parce qu’on est en 2015, la géothermie — vous savez cette idée lumineuse qui consiste à chauffer ou à climatiser un espace en allant chercher la température stable du sous-sol, pour consommer moins d’énergie — ne devrait plus être une option considérée comme un luxe ou un caprice, mais une composante de base de toute nouvelle construction.

     

    Et puis, tiens, parce qu’on est proche de la fin de 2015, on devrait d’ailleurs très vite s’attaquer à l’inertie ambiante et à l’indolence collective, pour éviter d’avoir l’air encore plus en retard et un tantinet arriérés en 2016.













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