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    Parce qu’on est en 2015

    La phrase a fait le tour de la planète en gage de l’élégance et de la modernité du nouveau gouvernement canadien. « Parce qu’on est en 2015 » est l’explication on ne peut plus succincte du premier ministre Trudeau à un cabinet composé à 50 % de femmes. Élémentaire, mon cher Watson. Jusqu’aux conservateurs, qui se sont empressés de se donner une femme chef intérimaire, de la même génération que son homologue libéral par-dessus le marché. On se rattrape comme on peut.

     

    Mais il n’y a pas que la question des femmes qui est une évidence en 2015. La question environnementale l’est tout autant. Le temps se fait court pour ce qui est de la survie de la planète, et le sommet de Paris arrive à grands pas pour nous le rappeler. Nous avons à peine quelques décennies, un clin d’oeil dans l’histoire del’humanité, pour ramener sous la barre de la catastrophe la température du globe. Pour l’instant, la catastrophe est prévue pour 2036, disent les scientifiques, si nous n’arrivons pas à maintenir le réchauffement climatique en deçà de 2 °C. Il ne s’agirait pas seulement de plus de tempêtes, de fonte de glace ou de météo erratique, ce qu’on voit déjà, mais du début d’un dérèglement global qui affecterait « l’eau, la terre, la nourriture ainsi que la sécurité nationale, l’énergie et la prospérité économique ». Il est donc minuit moins cinq, mon cher Watson.

     

    Or, c’est précisément dans ce domaine que le nouveau gouvernement risque de se casser les dents. Jusqu’à maintenant, le dynamique M. Trudeau a su apporter une approche très « génération X » aux grandes questions de l’heure. Que ce soit les femmes, la diversité culturelle, l’ouverture sur le monde ou l’accès à l’information, ce sont des choses qui, chez lui, coulent de source. L’environnement, certainement une préoccupation plus proche de son âge que de celui de ses prédécesseurs, semble ici l’exception. M. Trudeau était d’ailleurs un promoteur du pipeline Keystone XL, que vient de renvoyer aux calendes grecques le président Obama. La raison est simple : la défense de l’environnement est en contradiction avec l’exploitation des ressources énergétiques, en commençant par le pétrole, dont dépendent au moins trois provinces canadiennes et une bonne partie de l’économie.

     

    Bien que tous les politiciens se drapent actuellement dans le jargon du « développement responsable », qui nous permettrait de continuer d’exploiter le pétrole tout en préservant l’environnement, c’est essentiellement de la foutaise. L’environnement a été trop longtemps malmené et a des ramifications trop profondes pour qu’il n’y ait pas ici quelques compromis déchirants à faire. En passant, en synchronicité avec le sommet de Paris, les concentrations de gaz à effet de serre viennent tout juste de dépasser les 400 parties par million. On annonce également que 2015 « sera la première année dont la température franchira le cap de 1 °C de réchauffement ».

     

    Contrairement à la promotion des femmes, de la science ou de la diversité culturelle, où il n’y a rien à perdre et tout à gagner, l’environnement ne représente pas une situation « win-win » pour le gouvernement Trudeau. C’est d’ailleurs ce qui explique sa politique biscornue concernant les oléoducs. M. Trudeau refuse, au nom de la protection côtière, l’oléoduc Northern Gateway en Colombie-Britannique, tout en appuyant les projets beaucoup plus ambitieux de Keystone XL et, advenant un monitorage environnemental plus sérieux, celui d’Énergie Est, le seul pipeline toujours sur la table. La raison de ce « deux poids, deux mesures » ? Northern Gateway comporte également du transport par bateau, ce qui, selon plusieurs, est plus risqué qu’un simple oléoduc.

     

    Mais s’en tenir uniquement à la méthode de transport, c’est un peu court comme évaluation environnementale. On sait déjà qu’il existe trois fois plus de ressources énergétiques qu’il est possible d’exploiter, si on est pour freiner le réchauffement climatique. Une étude britannique a d’ailleurs récemment établi les réserves exactes qui devront rester intouchées. Il s’agit de 82 % des réserves mondiales de charbon, 50 % de gaz naturel et 33 % de pétrole, incluant près de 100 % des sables bitumineux, un produit particulièrement toxique et dispendieux à exploiter.

     

    Les politiciens ont beau faire de beaux discours sur la soi-disant conciliation environnement-économie, le beurre et l’argent du beurre, en ce qui concerne le développement des sables bitumineux, ne tiennent tout simplement pas la route. Ottawa devra trouver mieux s’il entend relever la tête du pays en matière environnementale.













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