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    Sur la route

    La congestion nous coûte annuellement autour de 2 milliards

    La congestion sur nos routes coûte énormément cher à la société.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La congestion sur nos routes coûte énormément cher à la société.
    La congestion nous coûte collectivement des milliards de dollars chaque année. Seulement à Montréal, on estime qu’elle représente annuellement entre 1,8 et 2,5 milliards, soit plus de 1 % du produit intérieur brut de la métropole québécoise. Ces statistiques faisaient de la région métropolitaine, en 2008, la septième en importance dans le palmarès des villes les plus congestionnées en Amérique du Nord.
     

    Confortablement assis dans le siège du conducteur, l’automobiliste, lorsqu’il arrive à maintenir sa vitesse de croisière, oublie toutefois bien vite qu’il passe, en moyenne, plus de deux heures chaque jour coincé dans un bouchon de circulation. Bouchon qui, parce qu’il se répète quotidiennement, a des impacts économiques, sociaux et environnementaux majeurs dont nous faisons tous les frais.

     

    Pour désengorger nos routes et, par la même occasion, renflouer nos coffres, la Commission de l’écofiscalité du Canada, qui regroupe une douzaine d’économistes de partout au pays, estime que la tarification est incontournable. Plus encore, elle est « l’élément essentiel [mais bien souvent manquant] de toute politique de transport éclairée ». « Le problème des embouteillages n’ira pas en s’améliorant si on ne fait rien, lance Paul Lanoie, professeur au Département d’économie appliquée de HEC Montréal. On le voit dans toutes les grandes villes du monde. La population augmente, les activités aussi, mais les infrastructures, elles, n’arrivent pas à suivre. Je vous laisse faire le calcul. » Selon l’économiste de formation, les seules villes qui réussissent aujourd’hui à minimiser les impacts de la congestion automobile sont celles qui ont opté pour des avenues payantes.

     

    « Les coûts des activités polluantes — et l’usage de la voiture en est une — ne sont pas bien reflétés dans les transactions économiques de nos sociétés modernes, précise Paul Lanoie. L’eau, l’air, ça appartient à tout le monde, ça n’appartient à personne. Les gens s’en servent comme s’il n’y avait aucun coût, alors que c’est complètement faux. » L’écofiscalité, cheval de bataille de la commission pancanadienne, mise sur la tarification de ces biens collectifs. « Le pari, c’est qu’en leur donnant une valeur marchande, on arrive à faire prendre conscience à la population que ces ressources ne sont pas sans limites. »

     

    Pour y arriver, la Commission suggère, dans son plus récent rapport intitulé « Circulation fluide en vue… Tarifer la congestion routière pour mieux la combattre », la mise en place rapide de projets-pilotes de tarification dans les quatre principales villes canadiennes — Toronto, Montréal, Vancouver et Calgary. Selon le groupe d’experts, l’instauration de péages et de voies réservées payantes engendrerait une diminution du trafic et, par le fait même, entraînerait une réduction considérable des coûts que ce dernier fait subir aux régions métropolitaines.

     

    Ces systèmes permettraient également d’investir dans l’amélioration et le développement des réseaux de transport collectif. À terme, la Commission ose espérer qu’une tarification substantielle pourrait mener à des changements de comportements chez certains usagers et limiterait l’utilisation de la voiture solo.

     

    Difficile calcul

     

    Il n’est pas toujours évident d’évaluer ce que nous coûtent collectivement les embouteillages, beaucoup de ces impacts étant intangibles. « Il faut aller plus loin que la simple perte de temps et de carburant, qui est déjà énorme », lance Florence Junca-Adenot, professeure au Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal.

     

    Pollution atmosphérique et sonore, diminution de la qualité de vie aux abords des larges artères fortement congestionnées et, par le fait même, réduction de l’attractivité de ces espaces ne sont que quelques exemples. « On oublie souvent le transport de marchandises, ajoute la directrice du Forum Urba 2015. Si les camions sont pris dans des bouchons de circulation, les entreprises doivent payer plus cher. La facture est ensuite refilée aux consommateurs. »

     

    « Le problème est qu’il est très difficile de faire un calcul simple, d’additionner l’ensemble de ces facteurs et de dire : “Voilà, la congestion vous coûte à chacun tant par année”, indique Paul Lanoie, avec un léger soupir. Ça n’aide en rien la prise de conscience. » Plus encore, chaque région métropolitaine doit composer avec une réalité particulière, ne serait-ce que parce qu’elles ne sont pas toutes géographiquement semblables.

     

    S’inspirer de l’étranger

     

    Malgré tout, Paul Lanoie, qui s’implique au sein de la Commission de l’écofiscalité depuis 2014, est persuadé que les Québécois sont prêts pour de tels changements. « On le voit de plus en plus, les gens se rendent compte que c’est une avenue empruntée à l’étranger. Après, nos villes ne sont pas si différentes des villes européennes et américaines où l’idée est de plus en plus populaire. »

     

    À Londres, depuis 2003, il faut débourser 10 livres sterling (environ 20 $CAN) pour accéder au centre-ville en voiture. Ce péage a entraîné une réduction de congestion de près de 40 % dans la zone tarifée et de 10 % dans la grande région londonienne. À Stockholm, en Suède, les frais d’entrée varient selon l’heure. « L’expérience suédoise est très intéressante, avance l’économiste avec enthousiasme. C’était un projet-pilote et, au début, les gens étaient très réfractaires. Un an plus tard, ils ont soumis la tarification à un référendum et la majorité a décidé de la conserver. »

     

    « Les gens n’aiment pas payer plus et, surtout, les gens n’aiment pas payer pour les autres, renchérit Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’avant même de débourser pour financer le transport en commun ou même pour contribuer à la lutte aux changements climatiques, les automobilistes paieraient pour rendre leurs propres déplacements plus agréables. Ils seraient les premiers à en bénéficier ! »

     

    Mise en garde

     

    Il faut toutefois faire attention à ne pas créer un « effet repoussant » pour les villes, affirme le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc. « Les péages créent une distorsion supplémentaire dans le choix des individus et des entreprises de venir s’installer dans les centres urbains. »

     

    La Chambre de commerce ne rejette toutefois pas l’idée de tarifer l’usage de l’automobile, bien au contraire. « La congestion a un coût collectif énorme, notamment sur notre productivité, précise M. Leblanc. Nous pensons que c’est d’abord par une augmentation de la taxe sur l’essence, puis, éventuellement, par l’instauration d’une taxe kilométrique que nous pourrons endiguer le problème. Et, surtout, en investissant dans le transport en commun. » Cette nouvelle taxe, « la solution d’avenir », permettrait de moduler la tarification en fonction des distances parcourues et serait « plus équitable », selon la CCMM.

     

    La tarification, sous toutes ses formes, demeure malgré tout très peu utilisée au Canada, et ce, même si des péages existaient sur certains ponts montréalais jusque dans les années 90. Dans les dernières années, les problèmes de congestion ont plutôt mené à la construction de nouvelles routes, généralement couplée à une expansion plus ou moins importante du transport en commun. Or, si cette approche fonctionne à court terme, elle a, au contraire, tendance à augmenter le nombre de voitures sur les routes. « Éventuellement, nous n’aurons tout simplement pas le choix, insiste Paul Lanoie de la Commission. Si on continue comme ça, ça va nous sauter dans la face ! »













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