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    Où donc est le Québec?

    Je repense souvent à Monaco quand j’écris cette chronique. En 1999, j’y avais passé quelques jours à l’occasion de la première Conférence des ministres de l’Économie de la Francophonie. C’était mon premier sommet à caractère diplomatique, et je dois bien admettre que je n’y comprenais rien. Comme il ne se passait apparemment rien, j’en ai profité pour avoir quelques longues conversations avec Bernard Landry et son vis-à-vis du Nouveau-Brunswick, Edmond Blanchard, mais aussi avec des fonctionnaires africains qui me faisaient part de leur réalité.

     

    C’est à cette conférence que j’ai pris conscience que la francophonie est un espace réel, qui peut servir à autre chose que d’être un prétexte pour des sommets de chefs d’État. Si je retrace ce que j’ai pu écrire sur la langue française et les langues internationales, comme journaliste et comme auteur, bien des idées remontent à ces quelques jours « inutiles » à Monaco.

     

    Vous me pardonnerez ce détour anecdotique, mais il illustre le mieux l’intérêt que présente le Forum économique de la Francophonie, qui tiendra sa deuxième édition à Paris le 27 octobre prochain — la première édition avait eu lieu à Dakar en décembre dernier. Bien des gens jugent inutiles ces grands « happenings », et c’est un fait que leur utilité est variable, mais ils servent tous, minimalement, à incuber des idées et à raccorder des réseaux — si bien qu’on ne peut en prévoir les retombées.

     

    Ce nouveau Forum économique de la Francophonie réunira 1500 entrepreneurs, financiers, économistes, fonctionnaires, trois ou quatre chefs d’État et deux douzaines de ministres. Son organisateur, Richard Attias, est devenu mondialement célèbre depuis qu’il a marié l’ex-madame Sarkozy. Mais c’est la carrière de ce juif marocain formé à Paris qui est significative : Attias est un ingénieur civil qui a fait carrière dans la publicité, notamment l’organisation d’événements, et qui tient bureau à Paris, New York, Casablanca, Londres et Dubaï. C’est surtout un francophone qui a pris l’initiative de donner un appel d’air à la francophonie économique.

     

    La francophonie économique, c’est d’abord 16 % du PIB mondial, 7200 milliards de dollars d’échanges, 14 % des réserves minières et énergétiques mondiales. C’est aussi, surtout, une foule de potentialités qu’on imagine à peine. Il y a 15 ans, personne n’aurait parié sur l’émergence d’une classe moyenne africaine : cela se passe maintenant. Essayez seulement d’imaginer ce qui suivra.

     

    L’enjeu du Forum, ce n’est pas les structures : c’est de libérer des potentiels. « La francophonie économique, ça existe déjà comme espace », dit Anne Gaboury, la présidente de Développement international Desjardins, qui participera comme intervenante. « Ce qu’on cherche, ce sont des stratégies. » Il existe des solutions simples et pas chères : par exemple, pour fluidifier les échanges économiques, l’APEC (zone de coopération économique Asie-Pacifique) a supprimé les visas pour les voyageurs d’affaires. Les francophones ne pourraient-ils pas faciliter les investissements en faisant la même chose ?

     

    Locomotives et wagons

     

    Les Québécois sont peu présents au programme de l’événement. Outre Anne Gaboury, de Développement international Desjardins, il y aura Isabelle Genest, de l’incubateur Le Camp à Québec, et Robert Beauchemin, président de eConcordia et Knowledge One. « L’intérêt des Québécois pour l’économie francophone est encore à développer », convient Anne Gaboury, diplomate.

     

    Il est tout à fait désolant de ne pas y voir la Caisse de dépôt et Hydro-Québec, pour ne commencer que là. C’est d’autant plus ironique que je lis dans la charte du premier Forum que l’on souhaite susciter le développement des ressources naturelles (le potentiel hydroélectrique de l’Afrique est sous-développé) et créer une Banque de développement de la francophonie.

     

    En fait, toutes les objections qui existaient il y a 15 ans sont en train de sauter, parce que l’Afrique est en train d’opérer son réveil économique. « L’évolution la plus récente est l’augmentation très forte de l’investissement privé », dit Anne Gaboury.

     

    On ne reprochera pas aux Français d’être partout dans le programme du Forum. On peut même se réjouir de les voir développer une vision économique francophone. Mais on peut reprocher aux Québécois de ne pas prendre leur place alors même que l’espace économique francophone se donne des structures organisationnelles et légales qui visent à le rendre plus dynamique.

     

    J’espère d’ailleurs que le gouvernement du Québec se réveillera vite de l’espèce d’hypnose budgétaire dans laquelle il est actuellement plongé. La réduction des effectifs des bureaux du Québec précisément au moment où tout s’organise n’est pas l’idée du siècle. Mais je m’inquiète que cet événement ne soit sur le radar de personne au Québec.

     

    Choisissez votre métaphore : « se laisser manger la laine sur le dos », « être né pour un petit pain », « wagon de queue », « blanchon sur la banquise », « biche égarée », « agneau innocent ».













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