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    Les criminologues forment le 46e ordre professionnel

    10 octobre 2015 | Réginald Harvey - Collaborateur | Actualités en société
    Le criminologue intervient au stade pré-sententiel, au moment de l’incarcération et lors de la remise en liberté.
    Photo: iStock Le criminologue intervient au stade pré-sententiel, au moment de l’incarcération et lors de la remise en liberté.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.


     

    Le criminologue intervient au stade pré-sententiel, au moment de l’incarcération et lors de la remise en liberté.


    L’Office des professions accueillait dans ses rangs un 46e ordre professionnel en juillet dernier, celui des criminologues, qui sont au nombre d’environ 2500 au Québec. Il aura fallu bien des tractations avant que ceux-ci aient accès à un ordre qui se consacre à la protection du public dans l’exercice de leur pratique et qui encadre la qualité des services qu’ils offrent.

     

    Première présidente de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec (OPCQ), Josée Rioux décrit le long processus ayant conduit à sa mise sur pied : « On en parlait depuis longtemps et, à la fin des années 1980, une association a vu le jour qui envisageait déjà l’existence d’un ordre professionnel. » Les conseils d’administration se sont succédé et ont poursuivi leurs efforts pour faire cheminer le dossier pendant plusieurs années : « Il a fallu faire preuve de beaucoup de volonté et d’amour du métier pour que, plus récemment, le CA se consacre sept jours sur sept à l’aboutissement de celui-ci en juillet dernier ; il faut beaucoup de travail pour créer un tel ordre. »

     

    Elle livre un témoignage de reconnaissance : « Dieu merci, l’Office des professions nous a aidés énormément. Il nous a soutenus et fourni les bonnes idées nécessaires pour y arriver ; il n’aurait pas été évident d’agir seuls et nous avons eu l’opportunité d’être accompagnés par une personne-ressource très compétente. »

     

    Les retombées sur la profession

     

    La présidente laisse savoir que deux universités québécoises forment actuellement les bacheliers en criminologie : Laval et Montréal. Quelles sont les conséquences de l’existence d’un ordre pour ces diplômés universitaires ? Elle apporte cet éclairage : « Les criminologues exerçaient déjà leur profession avec rigueur, appliquaient des hauts standards de pratique et étaient très imputables de leurs interventions. » Elle en veut comme preuve « qu’il doit en être ainsi pour être en mesure de bien évaluer la dangerosité de quelqu’un ou la possibilité d’une libération conditionnelle pour un criminel ».

     

    Alors qu’en est-il de l’Ordre ? « On vient juste encadrer davantage la profession avec un code de déontologie, avec des mécanismes d’inspection, avec une obligation à la formation continue et avec un système de plaintes. On encadre ce qui se faisait très bien auparavant par les criminologues et on leur offre la possibilité de devenir psychothérapeute par l’entremise de la loi sur la psychothérapie. » Ils élargissent de la sorte leur champ d’exercice professionnel.

     

    Un grand nombre d’entre eux attendait avec impatience l’existence d’un ordre : « Personnellement, je crois en la criminologie, j’ai cette profession tatouée sur le coeur et je veux porter le titre de criminologue, qui en est maintenant un qui est réservé aux membres de l’Ordre. Il est certain qu’il y a des gens qui pensent différemment, et c’est leur droit, mais les criminologues vont généralement devenir membres parce qu’il est normal qu’il en soit ainsi quand on évalue des gens, quand on prend en charge la réinsertion sociale et quand on intervient en détention ou dans les centres jeunesse. »

     

    Regards sur la profession

     

    Josée Rioux enseigne également la criminologie au niveau universitaire et elle résume la profession de cette manière avant d’en cerner les contours : « Il y a les trois étapes entourant le crime, soit celle qui précède la sentence, celle de l’incarcération et celle de la remise en liberté ; ce qui donne un portrait global. » Les détails suivent : « Avant que la sentence soit connue, les criminologues évaluent généralement la personne dans le cadre “pré-sententiel”, ou prédécisionnel s’il s’agit d’adolescents. Dans le cas des adultes, ils vont recommander au juge une sentence appropriée, à la suite de l’évaluation habituellement fournie par les agents de probation ; c’est là qu’ils interviennent le plus dans l’exercice de la profession. »

     

    Pendant tout le séjour en milieu carcéral fédéral ou provincial, leur rôle est le suivant : « Ils se penchent sur le suivi des personnes en incarcération et ils vont les évaluer pour savoir si elles présentent un risque en cas de libération conditionnelle ; ils travaillent alors en collaboration avec les agents de probation au provincial et avec les agents de libération conditionnelle au fédéral. » En troisième lieu, le processus de réinsertion sociale des détenus leur incombe en partie, toujours avec l’appui des agents : « On en est alors dans la phase de réintégration dans la société, et tout le réseau communautaire en hébergement et dans des programmes spécialisés, comme celui sur la violence conjugale, contribue à la prise en charge de la personne pour veiller à sa réinsertion et pour l’aider à éviter le piège de la récidive. »

     

    Elle ajoute encore que les criminologues sont appelés fréquemment à offrir du soutien à la cour durant les trois phases dont il vient d’être question : « Il leur arrive également d’offrir leurs services en prévention. Ils se retrouvent vraiment dans différents milieux : on peut parler notamment des bureaux de probation et des centres d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), car ils s’adressent à la fois aux justiciables et aux victimes. » Elle évalue de plus entre 900 et 1000 au moins le nombre de ces professionnels qui sont présents dans les centres jeunesse ; ceux-ci sont obligatoirement membres de l’Ordre.

     

    Pour l’heure, les cohortes d’étudiants qui se dirigent vers la criminologie demeurent stables, aux dires de la présidente : « Elles se composent d’une centaine d’étudiants dans les deux universités. Avant 2010, il n’y avait que l’Université de Montréal qui acceptait les gens ; l’Université Laval s’est ajoutée et le bassin s’est ouvert davantage pour plusieurs dont la cote R (cote de rendement collégial) est favorable. »













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