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    Sur la route

    Les signaleurs routiers sous pression

    Les chantiers n’ont jamais été aussi nombreux à Montréal, notamment en raison des travaux en prévision du 375e anniversaire de la ville.
    Photo: Jacques Nadeau Le devoir Les chantiers n’ont jamais été aussi nombreux à Montréal, notamment en raison des travaux en prévision du 375e anniversaire de la ville.
    Les Québécois ont parfois l’impression de rouler constamment d’un chantier à l’autre, au rythme des cônes orange. Mais alors que les budgets alloués au déploiement de zones de travaux routiers se maintiennent, les compagnies spécialisées en signalisation, elles, peinent de plus en plus à garder la tête hors de l’eau.​
     

    Il est difficile de croire que les entreprises de l’industrie de la signalisation routière travaillent d’arrache-pied pour boucler leurs fins de mois lorsqu’on se promène à Montréal. Pourtant, si les chantiers n’ont jamais été aussi nombreux sur le territoire de la métropole, notamment en raison des travaux en prévision du 375e anniversaire de la ville, le budget annuel réservé à la réfection des infrastructures est resté sensiblement le même d’une année à l’autre, soit d’environ 4,9 milliards de dollars selon les plus récents chiffres de Transports Québec.

     

    Pour leur part, les sommes normalement destinées à la signalisation nécessaire sur un chantier ont eu tendance à diminuer au cours des dernières années. « Ce qu’on remarque sur le terrain, c’est que les prix n’augmentent pas depuis cinq ans », explique Caroline Amireault, directrice générale de l’Association québécoise des entrepreneurs en infrastructure (AQEI), qui chapeaute depuis environ un an l’Association en signalisation de chantiers du Québec. « En fait, ils ont même baissé. »

     

    Cela n’a toutefois pas empêché l’industrie de prendre de l’expansion. Ainsi, depuis environ dix ans, le nombre de compagnies actives n’a cessé d’augmenter. « C’est de plus en plus difficile de rester compétitif parce que c’est excessivement simple de faire de la signalisation de chantiers, affirme Guy Pelletier, directeur de projet en signalisation pour le Groupe Brunet SSS. L’équipement de base ne coûte pas cher et il y a beaucoup de roulement du côté des signaleurs qui savent le manipuler. »

     

    Parmi ces nouveaux joueurs, des entreprises qui oeuvrent dans le domaine plus large de la construction décident, de plus en plus, de se doter de leur propre flotte de signaleurs, au grand dam des compagnies spécialisées. « Avant, la portion signalisation d’un contrat était, en règle générale, sous-traitée à une entreprise spécialisée dans le domaine, explique Robert Leblanc, président du comité de signalisation de l’AQEI. Aujourd’hui, les grandes entreprises ont tendance à avoir leur propre équipe. »

     

    Concurrence déloyale

     

    Or, si les entreprises de construction routière préfèrent avoir leur propre contingent de signaleurs, c’est bien souvent parce que cela leur revient beaucoup moins cher que de laisser cette portion du contrat à une compagnie de signalisation. En effet, les entreprises spécialisées sont régies par un décret ministériel depuis de nombreuses années, cadre réglementaire qu’il est possible de contourner lorsqu’on ne fait pas affaire avec ces plus petits joueurs.

     

    Ce décret impose, entre autres choses, les conditions de travail auxquelles ont droit les signaleurs routiers, conditions qui entraînent des frais que doivent ensuite absorber les entreprises qui les embauchent. « C’est de la concurrence déloyale, s’indigne Chris Ashford, président de la section locale 1791 des Teamsters Québec — une filiale de la Fédération des travailleurs du Québec — qui représente une centaine de signaleurs routiers. Une entreprise qui décide de mettre ses signaleurs sur le payroll peut complètement passer à côté de ce qu’il y a dans le décret. » Cela fait en sorte qu’ils n’ont pas l’obligation de les payer selon la grille salariale préétablie. Leur seule obligation est inscrite dans les normes du travail qui déterminent le salaire horaire minimal à 10,50 $, soit près de la moitié de ce que bon nombre de signaleurs gagnent pour la même période de temps.

     

    « Nous sommes dans un système qui favorise le plus bas soumissionnaire, explique Robert Leblanc. Or, le prix de la soumission varie en fonction de ce qui est prévu dans le décret », comme les salaires des signaleurs. En contournant les obligations du décret, ces grandes entreprises peuvent donc plus facilement faire des soumissions plus avantageuses. Pour demeurer dans la course et, à terme, obtenir des contrats, certaines compagnies de plus petite envergure finissent par couper considérablement dans leur soumission initiale.

     

    « Au cours des cinq dernières années, les prix n’ont pas augmenté, bien au contraire, lance la directrice générale de l’AQEI, avec une note de colère dans la voix. Certaines entreprises acceptent même des contrats à des montants tellement ridicules qu’elles ne font pas de profit du tout. Elles les prennent pour faire travailler leur monde, c’est tout ! »

     

    « On ne veut pas tomber dans l’excès et augmenter les prix dans le seul but d’en tirer un avantage au profit des contribuables, insiste Robert Leblanc. Mais, à un moment donné, il faut comprendre qu’un domaine qui roule trop serré, ça finit par étouffer et qu’à force de tourner les coins ronds, c’est la qualité des services qui s’en trouve réduite. » Pire encore, selon Caroline Amireault, c’est la sécurité des signaleurs qui est en jeu. « Un jour, c’est malheureux, mais ils ne sauront plus où couper… »

     

    Changement à venir

     

    Les choses devraient toutefois changer d’ici un an, le décret actuel ne permettant pas un encadrement adéquat étant donné que c’est le même que celui qui régit le travail des agents de sécurité. « On ne sait pas trop pourquoi ils nous ont mis ensemble, avance Robert Leblanc. J’ai parfois l’impression qu’ils voulaient regrouper le plus de personnes possible et, jusqu’à un certain point, les signaleurs s’occupent de la sécurité. »

     

    Au fil des ans, de nombreuses incongruités ont toutefois été soulevées par différents acteurs de l’industrie, comme la prime remise aux agents portant un gilet pare-balles ou encore les allocations inexistantes liées aux déplacements d’un chantier à l’autre. Ces incohérences ont forcé une réflexion sur l’utilité d’un tel cadre réglementaire pour les travailleurs du domaine de la signalisation.

     

    En avril dernier, après près de deux ans de discussions, une nouvelle proposition de décret pour encadrer le milieu a été publiée dans la Gazette officielle, une première depuis 1982. Il devrait en principe être mis à l’étude au cours de la session parlementaire à venir et être adopté au cours de la prochaine année.

    Les chantiers n’ont jamais été aussi nombreux à Montréal, notamment en raison des travaux en prévision du 375e anniversaire de la ville. Un décret ministériel impose, entre autres choses, les conditions de travail des signaleurs routiers.












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