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    Éducation

    Quel rôle pour les parents?

    Les parents portent un message clair au ministre de l’Éducation.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les parents portent un message clair au ministre de l’Éducation.
    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    Les parents seront « au coeur » de la réforme des commissions scolaires projetée par le ministre de l’Éducation, qui doit être dévoilée plus tard cet automne. Mais comme l’ont démontré les chaînes humaines et les rassemblements tenus cette semaine, ils n’attendront pas qu’on leur fasse une place à table pour prendre la parole, n’en déplaise à François Blais. Portrait d’une évolution récente du rôle du parent en éducation.
     

    Il y a le conseil des commissaires. Le comité de parents. Le comité des services aux élèves handicapés ou en difficulté. Le conseil d’établissement. L’organisme de participation des parents. Les comités. Pourtant, c’est dans la rue, mardi, que se sont fait entendre les quelque 20 000 parents d’enfants québécois sortis dénoncer les compressions budgétaires imposées au système éducatif de la province. Des chaînes humaines ont été formées pour « protéger » les établissements. Du jamais vu dans l’histoire du Québec.

     

    Après avoir vanté la capacité des parents à décider ce qui convient le mieux pour leurs enfants et leurs établissements, plus tôt dans l’année, François Blais a dénoncé ce jour-là l’« utilisation » de ces derniers à des fins « politiques », alors qu’il visitait lui-même un établissement, en compagnie de nombreux médias, à l’aube de l’année scolaire. « Les enfants ne devraient pas être mêlés à la politique, surtout quand ils ne la comprennent pas, dans un contexte où les plus petits vivent parfois de l’anxiété à rentrer à l’école. »

     

    Inquiétudes

     

    Foutaise, réplique Pascale Grignon, porte-parole de l’organisme Je protège mon école publique (JPMEP). Né sur un coin de table, celui d’un bistro de Rosemont l’an dernier, le mouvement s’est depuis répandu à l’ensemble du Québec. Le groupe de parents impliqués — dans les organismes de participation des parents, les conseils d’établissement de leur école et d’autres instances — cherchait le meilleur moyen de faire avancer leur cause. C’est à l’extérieur de ces nombreuses instances qu’ils l’ont trouvé.

     

    « Ce qu’on a découvert depuis mai à travers ce processus (de création de JPMEP), c’est qu’il y a énormément de parents qui se trouvaient dans notre situation : ils s’inquiètent de la situation et cherchent à dénoncer ces décisions, mais ils n’avaient pas de véhicule pour le faire. Le mouvement créé a fourni ce véhicule aux parents qui cherchaient une façon d’exprimer leur mécontentement », explique la mère de famille, qui dit n’éprouver aucun malaise à inclure les enfants dans ces démarches, jugeant que les critiques du ministre sont une façon pour lui de faire dévier le débat.

     

    Mécontentement

     

    Au cours des dernières années, les compressions gouvernementales et les efforts de rationalisation qui en ont découlé dans les commissions scolaires ont mené à un mécontentement progressif des parents, observe pour sa part Serge J. Larivée, professeur et chercheur au Département de psychopédagogie et d’andragogie de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Montréal, spécialiste des relations familles-école-communauté. Alors qu’auparavant, on se serait limité aux instances prévues dans la loi pour dénoncer la situation, « les actions ayant eu lieu à d’autres niveaux au cours des dernières années, telles que le printemps érable, viennent influencer l’action actuelle », dit-il.

     

    « C’est comme si, aujourd’hui, ces mouvements sont plus simples à mettre en oeuvre puisqu’on a vu que c’était possible et que ça portait. »

     

    Si les parents choisissent la rue, c’est qu’ils n’ont plus le choix, tranche Mme Grignon. « La participation des parents est bienvenue… surtout lorsqu’elle ne dérange pas trop », ajoute-t-elle, en réponse à M. Blais, mais en visant également les multiples instances où sont appelés à se prononcer les parents dans le réseau éducatif québécois.

     

    Décentralisation

     

    Amorcée en 1997, la plus récente réforme de la gouvernance au primaire et au secondaire a été caractérisée par une décentralisation de certains pouvoirs vers les établissements scolaires et par la mise en place des conseils d’établissement où siègent des parents. Auparavant consultative, la participation des parents devient ainsi décisionnelle. « Malgré ce gain, la pleine participation des parents semble encore loin d’être acquise pour plusieurs raisons », note toutefois le Conseil supérieur de l’éducation dans un rapport préparé il y a une dizaine d’années, toujours d’actualité aujourd’hui.

     

    Ils sont nombreux, il est vrai, à mettre en doute la réelle capacité des parents à faire changer les choses au palier scolaire, en dépit de l’existence de plusieurs niveaux décisionnels à l’intérieur lesquels ils sont appelés à se prononcer.

     

    Les conseils d’établissement donnent quelquefois l’impression d’avoir été réglés d’avance par la direction. Les comités de parents sont quant à eux consultés par les commissions scolaires sur des enjeux délimités avec précision dans la Loi sur l’instruction publique, sans pouvoir décisionnel. Leur opinion semble peu compter. Au conseil des commissaires, que François Blais souhaite abolir, les commissaires parents semblent essentiellement jouer des rôles de figurants. « Il y a une représentation des parents, mais, disons, comme auditeurs. Ils peuvent dire leur mot, mais ils ne peuvent pas voter. Pour eux, la grande différence, c’est qu’ils seraient des commissaires à part entière avec droit de vote », précisait cet été le ministre Blais au sujet de sa réforme à venir, qui doit être présentée au cours de l’automne et qui inquiète autant les commissions scolaires que certains groupes de parents.

     

    Selon un scénario qui circulait il y a quelques mois, le tiers des sièges des nouveaux « conseils scolaires » appelés à succéder aux commissions scolaires seraient accordés à des parents, choisis par un comité de parents dont les membres seraient élus à l’assemblée générale des parents, comme c’est le cas actuellement. Les autres acteurs seraient issus de l’administration scolaire et du corps enseignant, du milieu des affaires et de la communauté, notamment.

     

    Cette « nouvelle » démocratie scolaire parviendra-t-elle à inclure véritablement les parents dans la prise de décision ? Leur voix sera-t-elle réellement entendue par les décideurs des autres paliers gouvernementaux ? Pascale Grignon émet des réserves. « Actuellement, les parents portent un message très clair et c’est accueilli par le ministre comme il l’a fait (mardi) : sans grande écoute. C’est contradictoire. Et ça laisse songeur sur la suite des choses. »













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