Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Tensions éthiques chez les ingénieurs

    Photo: Getty Images

    Durement critiqué pour les dérives éthiques mises au jour à la commission Charbonneau, l’Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ) doit débattre jeudi d’un plan visant à redonner une crédibilité à la profession. Mais la stratégie est loin de faire l’unanimité chez les ingénieurs.

     

    L’organisme qui représente les 61 000 ingénieurs québécois n’a pas tiré les leçons de la commission Charbonneau, font valoir des sources au sein de la profession. L’OIQ tarde à donner suite à un rapport indépendant qui invitait à faire un grand ménage dans la profession pour mettre fin à la corruption et à la collusion, indiquent nos sources.

     

    La direction de l’OIQ proposera aujourd’hui, jeudi, en assemblée générale de hausser de 15 $ par année, à 325 $, la cotisation professionnelle des ingénieurs. C’est nettement insuffisant pour permettre à l’OIQ de jouer son rôle de chien de garde de l’intérêt public, déplore Daniel Lebel, ancien président de l’organisme.

     

    « La profession a encore toute une côte à remonter avec le rapport Charbonneau qui s’en vient, mais l’Ordre n’a pas les moyens de faire son boulot », a affirmé Daniel Lebel au Devoir.

     

    L’ex-président reste amer, un an après avoir quitté l’OIQ dans la controverse. Il avait tenté d’augmenter la cotisation annuelle à 405 $ pour permettre à l’Ordre d’embaucher davantage d’enquêteurs, mais sa proposition avait été battue en assemblée générale. M. Lebel invite les ingénieurs à participer à l’assemblée générale annuelle de l’Ordre, jeudi à Montréal, pour faire pression en faveur d’une hausse substantielle des cotisations.

     

    Un rapport accablant commandé par l’Office des professions du Québec, et rendu public en janvier dernier, est arrivé aux mêmes conclusions que Daniel Lebel et son équipe : un coup de barre s’impose à l’Ordre des ingénieurs, qui se trouve en position fragile et n’a pas les moyens de remplir son mandat. Les auteurs soulignent des « lacunes en matière d’inspection professionnelle depuis plusieurs années », qui ont mené aux scandales éthiques révélés à la commission Charbonneau. Collusion, corruption, financement illégal de partis politiques, les grandes firmes d’ingénierie ont violé les lois en toute impunité durant des décennies.

     

    Grogne d’ingénieurs

     

    « Ce scénario d’une hausse minime [de cotisation] pour les prochaines années n’est pas très surprenant. Il est en droite ligne avec l’approche adoptée par l’Ordre depuis des décennies, à savoir de limiter au minimum les ressources que l’Ordre doit consacrer à sa mission », indique le rapport de l’Office des professions, rédigé par l’avocat Pierre Pilote et le Dr Yves Lamontagne, ex-président du Collège des médecins.

     

    « Est-ce une approche qui va amener l’Ordre à se distinguer parmi les meilleurs en matière de protection du public ? La question se pose. Cependant, nous sommes d’avis que l’Ordre mérite une modernisation en profondeur de ses pratiques et la vision budgétaire projetée pour les prochaines années semble davantage destinée à calmer la grogne de certains membres plutôt que d’amener l’Ordre à un niveau supérieur pour assurer la protection du public », poursuivent les auteurs.

     

    Le rapport recommande de faire passer le nombre d’enquêtes de 1700 à 4000 par année, pour s’assurer de maintenir la discipline au sein de la profession. Mais avec des cotisations gelées à 310 $ (pour 2015-2016) et augmentées à 325 $ par année l’an prochain pour ses membres, l’Ordre n’a pas les moyens de ses ambitions : l’organisme a dû puiser dans son fonds de prévoyance et mise sur des coupes de postes en interne pour équilibrer ses finances.

     

    Invité à commenter, l’OIQ a renvoyé Le Devoir à un texte écrit par le président, Robert Sauvé, sur le site Web de l’organisme. « Je demeure convaincu que tous reconnaîtront le virage entrepris par l’Ordre ainsi que les rigoureux efforts de rationalisation et de planification conduits par le CDA [conseil d’administration de l’Ordre] », a-t-il écrit le 7 mai 2015.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.