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    Le tabou menstruel, un frein à l’égalité

    À Soweto, des adolescents assistent à une séance d’information sur les menstruations et le sytème reproducteur de la femme.
    Photo: Stefan Heunis Agence France-Presse À Soweto, des adolescents assistent à une séance d’information sur les menstruations et le sytème reproducteur de la femme.

    Les Anglais débarquent ! Chaque mois… Pour la moitié de la population, les menstruations tachent les vêtements et donnent des crampes, mais font partie d’un cycle hormonal tout ce qu’il y a de plus normal. Afin de garantir des « périodes » sécuritaires et hygiéniques, et de détruire les tabous qui les entourent, la Journée de l’hygiène menstruelle faisait son apparition, jeudi dernier. Une occasion de se rappeler que la prise au sérieux des règles est une question de dignité et d’égalité.

    Un beau matin, on le sent venir, cet écoulement mensuel qui va nous accompagner pour 4 à 7 jours. On met une protection et on vit sa vie. Puis (en moyenne) 21 jours plus tard, le voilà de retour. Si être dans « sa semaine » n’empêche plus, ici, de faire du sport, d’avoir des relations sexuelles ou de travailler, les menstruations attirent encore moquerie et honte. Il est temps de mettre fin à la campagne de «salissage» (sans mauvais jeu de mots) qui vise le sang du vagin, pensent de nombreux militants. Jeudi dernier, la première Journée de l’hygiène menstruelle constituait une étape dans ce combat.

     

    Pour Shara Rosen, tous les pays devraient offrir un accès facile à l’hygiène menstruelle. En 2008, cette Montréalaise a fondé Sénégal Santé mobile, un petit organisme non gouvernemental qui oeuvre à favoriser la santé publique dans ce pays d’Afrique. En 2012, l’idée d’offrir une protection menstruelle saine, économique et confortable aux femmes sénégalaises a germé. C’est ainsi qu’est apparue la Serviette SantéVie, une serviette hygiénique lavable et imperméable en flanelle de coton, fabriquée à Dakar, qui a une durée de vie de deux ans.

     

    Dans un pays où les menstruations sont entourées d’un réel tabou, Mme Rosen croit que son produit peut permettre à de nombreuses jeunes femmes de poursuivre leurs activités de tous les jours pendant leurs règles. « Un directeur d’école nous a acheté une centaine de serviettes pour ses écolières, explique Shara Rosen. De nombreuses adolescentes s’absentent de l’école par manque de protection adéquate. Cela constitue un grand problème pour l’éducation égalitaire. » La fondatrice, qui collabore avec des femmes entrepreneures au Sénégal pour vendre le produit sur le terrain, dit avoir de la difficulté à trouver des vendeuses, à cause de la honte menstruelle. « Les femmes sénégalaises parlent très peu de menstruations entre elles, ça les gêne. »

     

    Pour souligner la journée de l’hygiène menstruelle, le 28 mai, Mme Rosen a organisé un rassemblement au square Phillips, au centre-ville de Montréal. Il était important pour elle de prendre part à cette première journée internationale, une idée de l’organisme allemand WASH-United.

     

    Une taxe sexiste

     

    Si au Canada, les règles sont moins taboues qu’au Sénégal, les personnes menstruées subissent encore des traitements discriminatoires. Jill Piebiak, responsable de la pétition en ligne « No Tax on Tampons » et membre du collectif féministe The Canadian Menstruators, est de cet avis. La jeune Torontoise a lancé cette pétition en janvier 2015, outrée de voir que les produits d’hygiène menstruelle étaient taxés au fédéral, contrairement aux cerises au marasquin ou aux gâteaux de mariage, considérés comme des articles essentiels. « Les femmes et les personnes trans sont discriminées par cette taxe, explique Mme Piebiak. Nous croyons que la taxation sur les tampons et autres produits d’hygiène montre que le traitement égalitaire des femmes et des personnes trans n’est pas une priorité pour le gouvernement fédéral. »

     

    Jeudi dernier, concordant avec la Journée de l’hygiène menstruelle, le gouvernement Harper a déposé un avis de motion pour que l’abolition de la taxe tampon entre en vigueur de façon définitive le 1er juillet 2015.

     

    Jill Piebiak explique que, pour les femmes en situation de précarité notamment, cette taxe représentait un important fardeau financier. « La vérité est que le gouvernement fait des sous sur le dos de la moitié de la population, alors que l’autre moitié n’a pas à payer cette taxe », ajoute Mme Piebiak. C’est une taxe sexiste, ni plus ni moins, dit-elle.

     

    La pétition de Mme Piebiak sur le site Web Change.org, lancée en janvier, a obtenu près de 75 000 signatures.

     

    Cachez ce sang

     

    Récemment, sur le Web, de nombreuses personnes se sont demandé ce qu’il y avait de si dégoûtant dans l’écoulement. Plus tôt cette année, l’artiste torontoise Rupi Kaur avait affiché sur son profil Instagram une photo d’elle-même endormie, une tache de sang ornant son pyjama. Le réseau social de partage d’image a fait retirer son cliché, confirmant son hypothèse que les médias de masse ont une peur bleue des règles. « Pourquoi sommes-nous si terrifiés par un processus naturel qui donne la vie ? Pourquoi faisons-nous tant d’efforts de discrétion lorsque nous devons sortir un tampon de notre sacoche ? Pourquoi chuchotons-nous le mot “règles”, mais crions sans vergogne des mots comme “chienne”, “salope”, ou “pute” ? Lesquels de ces mots peuvent faire le plus mal ? Qu’y a-t-il de si honteux à la façon dont nos corps fonctionnent ? », écrivait Mme Kaur le 30 mars dernier dans un billet de blogue intitulé « Si l’image de mes règles vous incommode, demandez-vous pourquoi », publié sur le HuffingtonPost.ca.

     

    Prendre le contrôle de ses règles, c’est prendre le contrôle de son corps. « Nous avons encore un travail de sensibilisation à faire ici, aussi. C’est une question de santé et de dignité », conclut Shara Rosen.













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