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    Point chaud

    Le citoyen doit réclamer des comptes aux informaticiens

    Le mathématicien Andrea Lodi appelle au respect de la vie privée face au «big data»

    Beaucoup. Et peut-être trop loin. L’avènement des données numériques massives — le big data, comme disent les anglophones —, ces mers d’informations induites par la numérisation d’une grande partie de l’activité humaine, ouvre des perspectives fascinantes dans la gestion des déplacements humains, de l’organisation de l’information, de la recherche et la compréhension des comportements sociaux, de l’optimisation des systèmes, de l’accès au savoir… Mais, ce faisant, elles font également planer un risque tout aussi croissant d’intrusion dans la vie privée de citoyens de plus en plus connectés.

     

    Un effet pervers qui devrait être appréhendé avec un peu moins de légèreté par cet univers insaisissable et par les humains qui lui donnent corps, croit le mathématicien Andrea Lodi, titulaire d’une nouvelle chaire de recherche sur le big data inaugurée la semaine dernière à l’École Polytechnique de Montréal.

     

    « Le public, le citoyen doit réclamer des comptes au monde du big data », lance au téléphone l’universitaire de Bologne, en Italie, qui vient d’être nommé à la tête de la toute première Chaire d’excellence en recherche sur la science de données pour la prise de décision en temps réel. L’espace universitaire a ouvert ses portes vendredi dernier à l’École polytechnique de Montréal. Il vise le développement d’algorithmes ultra-performants et d’outils mathématiques et informatiques pour aider les organisations à prendre des décisions en matière d’innovation, de gestion, de production ou de mise en marché sur la base des données puisées dans les univers numériques.

     

    « Le respect de la vie privée et l’exploitation commerciale de données numériques ne sont pas forcément incompatibles, poursuit-il, à condition toutefois que l’on parle de l’enjeu de la vie privée, de son respect, et que les personnes qui oeuvrent désormais dans ce domaine de la collecte, de l’analyse, de la mise en commerce de la donnée, soient quotidiennement interpellées » par les humains qui nourrissent désormais leur activité.

     

    Urgence de réfléchir

     

    L’urgence d’une prise de conscience est là, selon lui, particulièrement dans un présent où les données massives et leur utilisation sont sorties d’un cadre bien théorique pour dévoiler un tout autre visage. « La vague de téléphones cellulaires et la multiplication des réseaux Internet sans fil dans l’environnement, couplées à des capacités de stockage de données numériques à des coûts moindres qu’avant, sont venues tout changer», résume M. Lodi qui enseignait, jusque-là, la programmation à l’Université de Bologne après être passé par celle de Lausanne et du Mississippi, dans les dernières années.

     

    «Avant ça, obtenir des données était compliqué et coûteux, poursuit-il. Aujourd’hui, cette collecte est techniquement facile, mais, surtout, elle permet d’accéder à de l’information incroyablement précise, en quantité et en temps réel », l’humain, simplement en communiquant, en se déplaçant, en cherchant sur la Toile, la mettant lui-même constamment à jour.

     

    Les données massives alimentent surtout en ce moment des géants comme Google ou Facebook, dont le cadre économique repose sur la vente de données personnelles récoltées discrètement sur leurs usagers, et ce, dans une perspective publicitaire, principalement. « C’est l’application la plus visible, dit M. Lodi, mais ce n’est pas la seule. Il est temps d’en sortir d’ailleurs, et c’est ce que plusieurs tentent de faire en ce moment. »

     

    En Italie, l’homme a travaillé sur des applications puisant dans le big data pour le monde de la santé, mais également celui du transport ferroviaire, afin d’optimiser, à titre d’exemple, le déplacement et l’horaire des trains en fonction des déplacements des masses humaines autour des gares. Ici, il évoque la gestion optimale possible du trafic routier par lecture des données transmises par les téléphones des automobilistes ou encore la mise au diapason des systèmes de chauffage dans les bâtiments publics avec la présence réelle des humains à l’intérieur. « Le potentiel est sans limite, dit-il. L’impact sur la vie en milieu urbain, sur la dépollution de l’environnement, sur les liens sociaux, est important. Bien sûr, des entreprises vont pouvoir utiliser ces données pour faire de l’argent avec, mais, au final, tout le monde va être gagnant. »

     

    La tangibilité d’une abstraction

     

    Selon lui, les données numériques générées par les humains ne doivent pas, de facto, faire penser à des utilisations abusives, pour mieux surveiller, contrôler ou manipuler les masses. « Si elles sont utilisées à des fins de statistiques générales, plutôt que dans une perspective nominative, il n’y a pas de problème, lance Andrea Lodi. Pour le moment, les données que j’ai fournies comme internaute à Google n’ont pas fait naître chez moi de grandes frustrations en matière d’intrusion dans ma vie privée. Mais ce n’est pas une raison, admet-il dans la foulée, pour ne pas évoquer ce risque, pour ne pas poser les balises qu’il faut afin de le contenir et pour amener les gens qui collectent ces données à se préoccuper de ces questions-là. »

     

    Questions qui, forcément, en s’exprimant de plus en plus en ligne viennent alimenter en données numériques l’univers du big data dont le niveau l’an prochain, rien qu’en échanges en ligne entre les humains, devrait atteindre le zettaoctet, selon IBM. Zetta quoi ? Zettaoctet, soit l’équivalent de deux milliards de fois la capacité d’un ordinateur personnel. Le tout pour un marché évalué à plusieurs centaines de milliards de dollars chaque année à travers le monde. En gros.













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