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    De la créativité pour faire sortir les aînés

    L’organisme «Un vélo, une ville» propose des services de transport aux personnes âgées à bord de triporteurs conduits par de jeunes raccrocheurs.
    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir L’organisme «Un vélo, une ville» propose des services de transport aux personnes âgées à bord de triporteurs conduits par de jeunes raccrocheurs.
    Des jeunes raccrocheurs qui conduisent des vélos à trois roues, des urbanistes qui organisent des marches exploratoires… Les projets inusités se multiplient pour sortir les personnes âgées de leur isolement, mais aussi pour rappeler l’urgence d’adapter les rues à la population vieillissante.
     

    Ils ont 67 ans de différence, mais les sujets de conversation ne manquent pas. « J’adore faire du vélo, et c’est motivant de rendre service aux aînés en même temps », dit Gabriel Presseau, 17 ans, qui conduit le triporteur à bord duquel Henri Paul Venne, 84 ans, profite confortablement de l’air frais. « Tout le monde à ma résidence adore ce service, ça change leur été », confie le retraité de Saint-Lin–Laurentides. C’est dans cette petite ville voisine de Terrebonne que le programme « Un vélo, une ville », qui offre des promenades gratuites en triporteurs aux aînés, a vu le jour en 2009. Il s’est ensuite implanté dans une dizaine de petites municipalités à travers le Québec, donnant des emplois d’été à de jeunes décrocheurs, comme Gabriel, qui ont entamé un retour aux études.

     

    Le lancement de la septième saison a lieu ce lundi à Montréal, où on annoncera le déploiement du programme dans plusieurs nouvelles villes, dont Laval, Gatineau et Ottawa. « On veut être présents dans les grands centres urbains, on sait qu’il y a beaucoup de personnes âgées qui pourraient en profiter », indique Richard Turgeon, directeur général de l’organisme sans but lucratif. La beauté du programme, selon lui, est qu’il permet de réintégrer les aînés dans la communauté, tout en offrant la possibilité aux raccrocheurs de créer des liens intergénérationnels. « Les jeunes sont souvent surpris de constater à quel point les personnes âgées sont isolées… À Saint-Lambert, l’été dernier, un de nos conducteurs a emmené deux aînés prendre un verre sur une terrasse, ils n’avaient pas fait ça depuis 15 ans ! » lance-t-il.

     

    Prévu à l’origine pour des sorties de loisir, le service se révèle aussi utile pour faire les commissions au marché ou à la pharmacie, remarque Henri Paul Venne. « Les rues sont mal adaptées aux personnes à mobilité réduite. Résultat : il y en a plein qui ont très peur de sortir, déplore le dynamique octogénaire. Dans les grandes villes, c’est encore pire. »

     

    Repenser les rues

     

    Les projets comme « Un vélo, une ville » sont indispensables pour encourager les personnes âgées à rester actives, mais les administrations municipales ont aussi leur rôle à jouer pour améliorer l’aménagement des rues, fait valoir Marie-Josée Dupuis, chargée de projet en transport et mobilité à la Table de concertation des aînés de l’île de Montréal (TCAIM).

     

    Ce lundi, la TCAIM, conjointement avec le Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal), dévoile les recommandations résultant d’un processus d’urbanisme participatif entamé il y a deux ans avec 150 aînés. Des ateliers, des groupes de discussion et des marches exploratoires des quartiers, voilà autant d’activités qui ont permis aux urbanistes de recenser les obstacles à la mobilité des citoyens plus âgés. Les résidants de trois arrondissements ont été sollicités : Ahuntsic-Cartierville, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce et Rosemont–La-Petite-Patrie.

     

    Pourquoi ces trois secteurs ? « Ce sont ceux qui avaient le plus haut taux de piétons aînés blessés et tués dans la métropole », répond Marie-Josée Dupuis. Les marches exploratoires, au cours desquelles les élus, fonctionnaires et organismes locaux se sont joints aux participants, ont permis de cibler plusieurs mesures à privilégier : réévaluation du temps de traverse, ajout de bancs, construction de trottoirs plus élargis, d’abribus couverts, d’îlots de repos au milieu des artères, de rampes d’accès pour marchette, etc.

     

    Les personnes âgées ne sont pas les seules à être incommodées par les courts temps de traverse ou par les trottoirs inadéquats, rappelle Mme Dupuis. « Les enfants, les personnes blessées, les gens à mobilité réduite… Ils peuvent tous bénéficier d’un aménagement plus humain. » À ses yeux, les marches exploratoires et les ateliers participatifs ont créé beaucoup de fierté chez les aînés, qui ont pu s’approprier les enjeux d’aménagement et partager leurs impressions avec les décideurs. « Clairement, on considère l’option de répliquer la démarche dans les autres quartiers de la ville », dit-elle.

     

    L’expertise de la sagesse

     

    L’urbaniste Félix Gravel a été impressionné par « l’expertise » des participants durant les marches exploratoires. « Certains habitent leur quartier depuis des décennies, ils savent exactement ce qui doit être repensé, ce sont des mines d’informations pour les experts de l’aménagement urbain », relate le responsable de la campagne transports au CRE-Montréal.

     

    Selon lui, il arrive encore trop souvent que les ingénieurs et urbanistes de la Ville de Montréal ne profitent pas de la réfection d’une rue pour la sécuriser et la reconfigurer. « Comme on le fait valoir dans les rapports de notre démarche, les changements sont souvent simples et peu coûteux : installer de larges saillies au coin des rues, ralentir la limite de vitesse, faire respecter le dégagement de cinq mètres obligatoire aux intersections », énumère-t-il. Il déplore que ces méthodes efficaces ne soient pas systématiquement appliquées. Il y a souvent des séances de consultations publiques organisées pour les projets d’urbanisme, ajoute-t-il, « mais les personnes âgées n’ont pas toujours la capacité de s’y déplacer, il faut aller à leur rencontre ».

     

    « Je comprends mal pourquoi il n’y a pas plus de volonté politique pour rendre le milieu de vie de nos aînés moins hostile. Est-ce qu’on souhaite vraiment qu’ils soient là, barricadés entre quatre murs, à attendre la mort ?! » s’exclame M. Gravel. Dans le contexte actuel, des milliers de retraités sont pris dans des résidences situées sur de grands boulevards où il n’y a parfois même pas de trottoir. « Le vieillissement de la population ne doit pas être vu comme une fatalité, c’est une opportunité de repenser nos villes afin d’y insérer une harmonie qui sera bénéfique à tous », tranche-t-il.

    L’organisme «Un vélo, une ville» propose des services de transport aux personnes âgées à bord de triporteurs conduits par de jeunes raccrocheurs. Les marches organisées par le TCAIM ont permis de proposer des solutions toutes simples pour des intersections problématiques, comme ici au coin Queen Mary/Gatineau. Les marches organisées par le TCAIM ont permis de proposer des solutions toutes simples pour des intersections problématiques. Ici, le coin Queen Mary/Gatineau devient plus sécuritaire et accueillant avec un peu de peinture et la signalisation adéquate.












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