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    Éducation

    La taille des classes dans la mire du gouvernement

    Québec envisage de ne plus tenir compte d’emblée des enfants en difficulté d’apprentissage

    Photo: Pedro Ruiz Le Devoir
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    Avec trois enfants atteints de troubles de l’autisme dans sa classe, Geneviève, enseignante de 5e et 6e années du primaire sur la Rive-Sud, en a eu plein les bras pendant l’année 2014. Quand un enfant entrait en crise, il fallait rapidement intervenir et veiller au besoin de tous les autres du groupe.

     

    « Quand les profs d’anglais ou d’éducation physique prenaient mon groupe, une heure par semaine, ils me disaient : “ Comment fais-tu pour tenir toute la semaine ?  »

     

    En raison de l’ampleur de la tâche, le nombre d’élèves dans la classe de Geneviève a été limité, cette année-là, à 18 plutôt qu’à 26. Mais tout cela pourrait bien changer. Québec envisage de revoir à la hausse le nombre d’élèves par classe et de ne plus tenir compte d’emblée, dans la pondération des groupes, de la présence d’enfants présentant des diagnostics particuliers, dont ceux atteints de troubles envahissants du développement (TED), de troubles graves de comportement ou de psychopathologies.

     

    Bref, a priori, ces élèves en difficulté pourraient être considérés comme des « réguliers » dans le calcul du nombre d’élèves par classe.

     

    S’il devient réalité, le projet de Québec fera voler en éclats l’héritage libéral laissé par l’ex-ministre de l’Éducation Michèle Courchesne, qui avait limité à 20 le nombre d’enfants par classe en milieux très défavorisés pour agir sur la réussite scolaire. Cela, alors que 20 % des élèves québécois évoluent dans des milieux jugés grandement défavorisés.

     

    En faisant passer aussi à la trappe les ratios maître-élèves actuels, nés sous la gouverne de François Legault, ex-ministre péquiste de l’Éducation, puis étendus par sa successeure libérale à tous les niveaux primaires, aux deux premières années du secondaire et à l’ensemble des élèves de milieux défavorisés, le gouvernement Couillard fait table rase des principaux acquis réalisés par les professeurs en 15 ans.

     

    Juste d’y penser, notre jeune enseignante a des sueurs froides. « Heureusement qu’il existait cette pondération, sinon ma classe aurait été ingérable à 26 élèves. Si on ne considère plus l’impact de ces élèves en difficulté dans les classes, on n’arrivera plus à donner à chacun ce dont il a besoin », déplore-t-elle.

     

    Si Québec va de l’avant, la taille maximale des classes des écoles primaires en milieux défavorisés pourrait bondir de 20 à 29 élèves par classe en 4e, 5e et 6e années.

     

    En première année du secondaire, les groupes pourraient passer de 28 à 32, et de 29 à 32 en 2e secondaire. Cette année, Geneviève a quatre élèves présentant de graves retards d’apprentissage. « Je dois adapter tout mon matériel, prévoir des évaluations différentes pour eux, faire des impressions spéciales pour les dyslexiques. La gestion de l’intégration est très prenante. »

     

    La taille des groupes a une incidence non seulement sur la réussite, mais surtout sur la persévérance des élèves, insiste la jeune enseignante. Aux prises avec des taux de décrochage vertigineux, le Québec a-t-il vraiment le luxe de saborder les conditions nécessaires à une telle réussite ? soulève-t-elle.

     

    Marjorie Racine, enseignante depuis 18 ans, dont 5 dans une école défavorisée de Longueuil, affirme que la reconnaissance des ratios adaptés aux milieux et aux élèves avait « permis aux professeurs de souffler ». En revanche, les compressions effectuées dans les « classes spéciales » destinées aux enfants atteints de divers troubles ont fait bondir le nombre d’enfants « à défi » dans les classes ordinaires.

     

    L’intégration se fait, mais non sans heurts. « Une année, 7 de mes 26 élèves, dyslexiques, avaient besoin d’un ordinateur pour faire leurs lectures et leurs travaux. Au moindre bogue informatique, la gestion de classe devenait infernale. Ce sont les autres qui en souffraient. Après, on s’étonne que les parents envoient leurs enfants au privé », dit-elle.

     

    Si Québec va de l’avant avec ces ratios à la hausse, l’avenir s’annonce sombre. « Si j’ai trois TED dans ma classe, ce sera comme passer de 23 à 29 élèves », dit-elle.

     

    Encore plus que les élèves, ce changement de cap pourrait frapper de plein fouet l’effectif enseignant et le taux d’absentéisme. Déjà, un jeune enseignant sur cinq quitte le métier dans les cinq premières années de sa carrière.













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