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    Les colonies d’abeilles bourdonnent à Montréal

    Au cours des dernières années, le nombre de ruches a explosé sur les toits de Montréal. On en trouve sur des sites aussi variés que la maison Birks, l’Accueil Bonneau, la Tohu, l’hôtel Fairmount Le Reine Élizabeth, le Palais des congrès, l’UQAM (photo) et bientôt l’aéroport Montréal-Trudeau. Sans compter les projets à vocation communautaire et les ruches privées qui se multiplient.
    Photo: François Pesant Le Devoir Au cours des dernières années, le nombre de ruches a explosé sur les toits de Montréal. On en trouve sur des sites aussi variés que la maison Birks, l’Accueil Bonneau, la Tohu, l’hôtel Fairmount Le Reine Élizabeth, le Palais des congrès, l’UQAM (photo) et bientôt l’aéroport Montréal-Trudeau. Sans compter les projets à vocation communautaire et les ruches privées qui se multiplient.

    L’apiculture urbaine a connu une progression fulgurante à Montréal. En quatre ans, le nombre de ruches est passé de 10 à 368. Et encore, il s’agit de celles déclarées aux autorités. Elles sont dans les cours et sur les toits un peu partout en ville, à l’abri des regards. Y en a-t-il trop ? Les experts ne s’entendent pas sur la question.

     

    En juin, l’an dernier, Mike Cohen se rend au centre-ville pour un rendez-vous et gare sa voiture à l’angle des rues Président-Kennedy et McGill College. Lorsqu’il revient, une heure plus tard, il constate un attroupement autour de sa voiture. Et pour cause, le coffre arrière de sa voiture est couvert de milliers d’abeilles. La reine y a atterri, suivie d’une partie de sa colonie. C’est l’essaimage, un processus naturel au cours duquel une colonie se divise.

     

    Policiers et pompiers sont dépêchés sur les lieux. Pris au dépourvu et ne sachant comment s’y prendre pour éloigner les abeilles, ils font appel à des exterminateurs.

     

    Mais, comme la loi leur interdit de tuer des abeilles, ceux-ci ne peuvent rien faire. On finit par dénicher des experts en abeilles de l’organisme Miel Montréal, qui ont tôt fait de contraindre la colonie bourdonnante à s’engouffrer dans une boîte.

     

    Mike Cohen, qui est conseiller municipal à Côte-Saint-Luc, se remémore avec amusement cet incident inusité.

     

    En milieu rural, l’essaimage cause peu d’inconvénients, mais en ville, c’est une autre affaire. Et ce genre d’incident risque d’être de plus en plus fréquent à Montréal. L’an dernier, Alexandre Beaudoin, biologiste et co-porte-parole de Miel Montréal, dit avoir participé à sept opérations de ce genre pour récupérer un essaim.

     

    Emblème de la biodiversité

     

    Les bienfaits de l’abeille ne sont plus à démontrer. En plus d’être un pollinisateur efficace et de produire du miel, l’abeille représente un formidable outil de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Elle est devenue un emblème de la biodiversité.

     

    Dans la mesure où les abeilles sont menacées par l’utilisation des pesticides, les villes, où le recours à ces produits est limité, sont considérées comme un refuge pour elles. Montréal constitue un environnement de choix puisqu’elles y retrouvent une flore variée.

     

    Au cours des dernières années, le nombre de ruches a explosé à Montréal sur les toits. On en trouve sur des sites aussi variés que la maison Birks au centre-ville, l’Accueil Bonneau, la Tohu, l’hôtel Fairmount Le Reine Élizabeth, le Palais des congrès, l’UQAM et bientôt l’aéroport Montréal-Trudeau. Sans compter les projets à vocation communautaire et les ruches privées qui se multiplient.

     

    Une explosion

     

    Une ruche est désormais à la portée de beaucoup de Montréalais, et comme l’apiculture relève du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), les villes n’exercent pas de contrôle sur leur nombre.

     

    L’explosion des ruches à Montréal inquiète Alexandre Beaudoin. « Il ne faut pas trop densifier les ruches en ville », dit-il. Une trop grande proximité entre les ruches peut rendre les abeilles agressives. Et la nourriture disponible doit pouvoir soutenir cette augmentation.

     

    Professeur associé à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM et coordonnateur d’Agriculture Montréal, Éric Duchemin croit qu’il ne faut pas s’alarmer, mais convient qu’il faut faire preuve de prudence. Avec ses 368 ruches déclarées, Montréal en compte davantage que Paris, qui en possède 300 et dont la tradition remonte à plus de 100 ans. « Quand les ruches vont mal, les abeilles sont agressives, mais pour l’instant, on ne voit pas ce problème-là. Dire qu’il y a trop de ruches, c’est prématuré, dit-il. Mais, comme il arrive de 30 à 40 nouvelles ruches par été sur le territoire, il y a un questionnement à avoir. »

     

    Née il y a deux ans, l’entreprise Alvéole installe des ruches tant chez les entreprises et les organismes que les particuliers. Comme la flore varie d’un secteur à l’autre, Alvéole classe ses miels en fonction de leur provenance. « Avec le Plateau, on a un arôme de menthe. C’est un miel léger et frais en bouche à cause de la grande concentration de tilleuls dans le quartier, explique Étienne Lapierre, cofondateur de l’entreprise. Le Westmount est plus floral parce qu’on est près du mont Royal. Le Sud-Ouest est épicé, mais le Villeray l’est encore davantage et il est plus foncé à cause des vignes. »

     

    Prudence

     

    Alexandre Beaudoin met en garde les citoyens contre l’envie d’avoir leur propre ruche. Il croit qu’il faudrait plutôt privilégier les ruchers collectifs et s’assurer qu’il n’y a pas trop de ruches dans le secteur choisi. Dans ses formations données aux citoyens, Miel Montréal met d’ailleurs l’accent sur la prudence.

     

    « Il faut comprendre qu’on n’aura plus de vacances. Les gens qui suivent notre formation arrivent avec l’ambition de se procurer une ruche et finissent la session en prenant conscience que c’est beaucoup plus de travail qu’ils l’imaginaient », dit-il.

     

    La principale difficulté en milieu urbain réside dans la cohabitation avec les humains, signale Éric Duchemin. « Les gens ont peur des abeilles et ne font pas la différence avec les guêpes. »

     

    Si Alexandre Beaudoin plaide pour un meilleur encadrement de l’apiculture par la Ville de Montréal, Éric Duchemin estime que les autorités municipales devraient au moins établir un « cahier des charges » pour les apiculteurs amateurs.













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