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    Marche mondiale des femmes

    Une grande mobilisation contre la mondialisation

    7 mars 2015 | Hélène Roulot-Ganzmann - Collaboratrice | Actualités en société
    Photo: Jen Grantham Thinkstock
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    La Journée des femmes, le 8 mars prochain, marque aussi le lancement de la quatrième Marche mondiale des femmes. Initié par le mouvement féministe québécois en l’an 2000, l’événement se décline à l’international et a pour but, tous les cinq ans, de mettre un coup de projecteur sur la réalité des femmes tout autour de la planète. Au programme, colloques, ateliers d’éducation populaire, actions éclairs et, pour terminer, un grand rassemblement final à Trois-Rivières, le 17 octobre prochain.


    Libérons nos corps, notre terre et nos territoires ! Après trois premières éditions destinées à sensibiliser les populations à la pauvreté, aux violences faites aux femmes et aux conséquences pour elles de l’augmentation de la militarisation et de la criminalisation, les réflexions portent cette fois sur l’accaparement de la nature et l’appropriation des revenus par un petit nombre, et leurs effets sur le droit des travailleuses et le contrôle du corps et de la vie des femmes. Le but : démontrer les impacts concrets des différents systèmes d’oppression, tels que le capitalisme, le patriarcat, le racisme, l’hétérosexisme ou encore le colonialisme, sur les femmes au Québec et ailleurs dans le monde, tout en mettant de l’avant les formes de résistance qui s’organisent et les solutions qui se développent un peu partout.

     

    « Les politiques d’austérité touchent particulièrement les femmes, assure Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), organisme à l’origine de cette marche mondiale. Parce que les emplois perdus le sont principalement dans des secteurs occupés par les femmes. Parce que lorsqu’on augmente les tarifs ou que l’on coupe dans des services, ce sont elles qui prennent le relais et qui augmentent leur temps de travail non rémunéré. Parce que tout autour de la planète, ce sont elles qui sont les plus pauvres, elles subissent de manière plus marquée les changements climatiques. »

     

    Mme Conradi explique par exemple que lorsqu’une tempête survient à New York, ce ne sont pas les riches qui vivent dans les tours de Manhattan qui en subissent les conséquences, mais plutôt celles qui logent dans des taudis et qui tentent tant bien que mal de faire manger leurs enfants.

     

    « Plus près de nous, ajoute-t-elle, on sait par exemple que lors du déluge du Saguenay, les violences faites aux femmes ont augmenté. Dès qu’il y a un désordre social, quel qu’il soit, les femmes sont en première ligne et en subissent de plein fouet les effets. »

     

    Au programme de la première journée d’action demain, une marche organisée par l’association Femmes de diverses origines, contre le mensonge de l’austérité et de la destruction environnementale.

     

    « Cet organisme regroupe de nombreuses femmes de couleur et/ou immigrantes, explique la présidente de la FFQ. Elles ont une connaissance, autant du vécu et de l’oppression subis par les femmes ici que des conflits, de la pauvreté, des luttes des femmes dans les pays du Sud. On est donc vraiment heureuses de se joindre à leur marche. »

     

    Un événement qui sera précédé dans la matinée par une action éclair. Le lieu est tenu secret, mais il s’agira de former un mur de femmes en opposition aux oléoducs et à l’arrivée des sables bitumineux. Un geste auquel l’Association des femmes autochtones, dont sa présidente Viviane Michel, également co-porte-parole de la Marche des femmes, compte bien se joindre.

     

    « Les femmes autochtones se positionnent au niveau de la défense de l’environnement et de la préservation de leur territoire, explique-t-elle. Nos membres réagissent, se mobilisent, interviennent lorsqu’il y a des projets de développement sur leurs terres. Lorsqu’il y a extraction d’hydrocarbures, notamment. Nous sommes dans une démarche de résistance parce que nous sommes véritablement attaquées. »

     

    Elle rappelle ainsi que partout où les minières s’installent, les cas de viols et d’agressions sexuelles augmentent. Que l’industrie du sexe se développe et que les femmes autochtones s’y retrouvent faute d’autres options. Mais Mme Michel souligne également que ses membres participent à cette marche mondiale dans le but surtout de braquer les projecteurs sur le problème des femmes autochtones disparues ou assassinées.

     

    « Ça entre totalement dans la thématique du contrôle de nos corps et de nos territoires, estime-t-elle. Nous souhaitons mettre fin à l’indifférence dans ce dossier et obliger le gouvernement fédéral à entreprendre une enquête nationale. Ça fait un an que nous sommes sur ce dossier et on l’attend toujours. Nous avons besoin de toutes les Québécoises et de tout le monde pour le faire avancer. »

     

    Partout dans le monde, les mouvements féministes vont donc se mettre en branle pour dénoncer les conséquences de la mondialisation sur la gent féminine et en appeler plutôt à une mondialisation des solidarités. Car la Marche mondiale des femmes, c’est aujourd’hui cinquante coordinations nationales sur tous les continents, qui chacune à leur manière vont tenter de faire émerger leurs problèmes sur la place publique, et qui à quelques occasions vont voir leurs actions converger. Notamment le 24 avril, date anniversaire de l’effondrement du Rana Plazza, immeuble de Dacca, au Bangladesh, qui abritait plusieurs ateliers de confection travaillant pour diverses marques internationales.

     

    « À la mémoire des victimes, principalement des femmes, entre midi et 13 heures, partout dans le monde, des actions seront organisées pour dénoncer l’exploitation des femmes au travail, explique Alexa Conradi. Ce sera donc 24 heures d’actions féministes. »

     

    Un événement auquel prendront part les membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), très impliquée depuis ses débuts dans la Marche mondiale des femmes, notamment au niveau de la coordination et de la mise en contact des différents acteurs du Nord et du Sud.

     

    « Ce qui nous plaît dans ce mouvement, c’est que les femmes ne font pas que s’indigner, explique sa coordonnatrice Anne Delorme. Elles ne se posent pas en victimes. Elles s’organisent, elles s’inspirent les unes des autres pour réclamer des droits face à tous ceux qui voudraient les exploiter. »

     

    Durant les sept prochains mois, des actions auront donc lieu d’un bout à l’autre de la province. Une caravane sillonnera notamment tout le Québec au début de l’automne pour soutenir des initiatives locales de résistance au système d’exploitation. Elle terminera sa route le 17 octobre à Trois-Rivières pour un grand rassemblement final qui, espèrent tous les organisateurs, permettra de véritablement sensibiliser l’opinion et les pouvoirs publics.

     

    Dimanche 8 mars à 13 h, départ de la marche organisée par Femmes de diverses origines, place Norman-Bethune, à Montréal, au métro Guy-Concordia.













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