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Des cochons «politically correct»

Les farines animales sont soustraites de leur alimentation pour satisfaire le marché d'exportation

Fabien Deglise   17 décembre 2003  Actualités en société
Les cochons risquent de faire la tête. Pour cause. Depuis le 1er décembre dernier, ils sont devenus collectivement végétariens. Ainsi en a décidé la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) qui vient de demander à ses membres — sans tambour, ni trompette — de ne plus utiliser de farines animales dans l'alimentation de leurs gorets. Un geste dicté «par les marchés d'exportation», reconnaît la fédération mais également souhaité par la commission Boucher sur la production porcine en novembre dernier qui devrait «faire du bien à l'image de l'industrie même si, scientifiquement, cela est complètement inutile», a commenté hier Sylvain Quessy, titulaire de la chaire en salubrité des aliments à la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

«On est en train de gérer un risque virtuel, a-t-il expliqué. Le porc est omnivore. Il a même un système digestif très proche du nôtre et, contrairement aux ruminants, une alimentation à base de protéines de viande ne peut pas être à la source de maladies [de type encéphalopathie spongiforme ou autre] chez lui.» La FPPQ le sait aussi. Mais sous la pression de six des neuf abattoirs du Québec, elle a préféré mettre les cochons du Québec au régime sans viande dès à présent. Histoire de pouvoir transformer dans six mois en côtes levées, rôtis et bacons des animaux élevés uniquement à la moulée végétale.

«C'est une demande des transformateurs, a expliqué le président de la fédération, Claude Corbeil. Depuis juillet dernier, les farines ont été retirées de l'alimentation des porcs en Ontario, à la suite de la crise de la vache. Pour conserver notre compétitivité et notre accès aux marchés internationaux, nous devions emboîter le pas.»

Dans une lettre datée du 8 octobre dernier et adressée à la fédération, les principaux abatteurs de porcs au Québec estiment en effet que la mesure est désormais incontournable pour ne pas s'aliéner le marché japonais «qui assure le meilleur retour à l'industrie québécoise et canadienne», peut-on lire. Une simple question de parts de marché, avoue timidement M. Corbeil, «mais qui, au passage, répond à la demande de la commission Boucher tout en rassurant les consommateurs qui s'interrogent sur leur alimentation», ajoute-t-il.

Actuellement, entre 50 et 70 % des éleveurs de cochons intègrent des farines carnées dans la nourriture de leurs bêtes afin de réduire leurs coûts de production — cette source de protéines issues de carcasses d'animaux morts étant bon marché comparée à son pendant végétal. «Nous allons, dans les prochains mois, évaluer l'impact financier de cette interdiction dans les élevages, dit le président de la FPPQ. C'est sûr, il va y avoir des coûts supplémentaires pour les éleveurs. Mais comme l'exigence vient des abattoirs, nous espérons que c'est eux qui vont payer la facture.»

Côté environnemental, la décision de la fédération risque aussi de se faire ressentir. «Normal, lance M. Quessy. Il va falloir accroître la production de protéines végétales, que l'on retrouve dans les céréales, pour désormais s'adapter aux nouveaux besoins de porcs et parallèlement, se débarrasser autrement des stocks de farines animales qui jusqu'à maintenant trouvaient un usage dans l'industrie porcine. C'est du gaspillage de protéines important sur le plan nutritif.»

Par ailleurs, bien que condamnés au végétarisme, les porcs du Québec devraient toujours conserver dans leur ration alimentaire quotidienne les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance. En novembre, la Commission sur la production porcine a toutefois recommandé à Québec d'en interdire l'usage «dans un délai raisonnable». Dans la lettre envoyée à la fédération, les abattoirs ne semblent toutefois pas encore en faire une exigence pour permettre aux charcuteries en devenir d'accéder à leurs installations.
 
 
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