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    Parrainez un enfant riche

    La pauvreté relationnelle peut faire des ravages

    La cyberdépendance, qui touche deux jeunes Québécois sur trois, serait un facteur pouvant entraîner de la pauvreté relationnelle.
    Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La cyberdépendance, qui touche deux jeunes Québécois sur trois, serait un facteur pouvant entraîner de la pauvreté relationnelle.

    C’est le monde à l’envers. Des jeunes de pays pauvres sont invités à parrainer des jeunes de pays riches en situation de carence relationnelle, pour leur offrir soutien, suivi et affection.

     

    À mi-chemin entre la parodie et la campagne humanitaire, l’idée est du réalisateur et concepteur Julien Boisvert, qui a travaillé auparavant au défunt site Paroles citoyennes, de l’Office national du film.

     

    La campagne « Parrainez un enfant riche » est à la fois un jeu et un forum d’échanges entre jeunes des pays pauvres et des pays riches. À la différence que cette fois, ce ne sont pas les riches qui parrainent les pauvres, mais bien le contraire. Le tout caricature abondamment les campagnes humanitaires existantes et leur vision souvent simpliste du monde.

     

    « On le lance présentement, dans le temps des Fêtes, pour faire réfléchir à l’abondance matérielle et à la pauvreté relationnelle, qui génère beaucoup de souffrance », explique M. Boisvert.

     

    Jouant à fond sur l’ironie, le site Parrainez un enfant riche (www.parrainez.org) présente d’abord des capsules vidéo de fiction, mettant en scène des enfants sous la domination des jeux vidéo ou obsédés par la propreté, qui reprennent contact avec la réalité grâce à des échanges avec des familles du Vietnam ou de la Côte d’Ivoire.

     

    « On apprend à Kevin à dire bonjour aux gens dans la rue. Mais il dit qu’en Occident, personne ne fait ça. Il n’y a que les déficients, les itinérants ou les vieux qui font ça », dit une jeune Ivoirienne dans l’une de ces scènes.

     

    Parallèlement à ces scènes fictives, de vrais jeunes de l’Occident, présentés comme étant « sous le seuil de pauvreté relationnelle », sont invités à demander des échanges avec des jeunes de pays en développement.

     

    Zoelle, par exemple, demande à Clément s’il vit avec ses grands-parents, « parce qu’ici on met [les personnes âgées] dans des maisons spécialisées ». Ce à quoi Clément répond : « Ici, la vie se fait de façon communautaire, car je vis avec mes parents et ma grand-mère aussi. On ne connaît pas l’asile ici. D’ailleurs, c’est elle qui s’occupait de moi quand j’étais petit. »

     

    Toujours avec une note d’humour, le site propose un test de dépistage de pauvreté relationnelle. Ainsi, on évaluera dans quelle mesure vous êtes capable d’aller parler à votre voisin pour lui demander des oeufs, ou encore à quel point vous vous sentez coupable de ne pas appeler votre grand-mère de peur qu’elle ne vous parle trop longtemps.

     

    Pour Julien Boisvert, l’idée majeure de ce jeu est de mettre la pauvreté relationnelle de l’Occident sur la place publique. « Il y a très peu de choses qui se disent sur la pauvreté relationnelle, à une époque où tout le monde est rivé à son écran. À travers ce projet, on veut mettre ce sujet sur la carte. C’est aussi une critique de l’Occident et de sa trop grosse confiance en lui. Ce n’est pas pour rien que le slogan de la campagne est : “Une campagne humanitaire qui renverse le monde” », dit M. Boisvert.

     

    Au-delà de l’autodérision, la campagne met en lumière des faits bien réels. Deux jeunes sur trois au Québec seraient cyberdépendants. Quelque 20 % des adolescents canadiens de 15 à 18 ans auraient des idées suicidaires. Et 30 % des jeunes aux États-Unis seraient sous l’influence d’un médicament. On relève aussi que 8 % des enfants de neuf ans dînent seuls au Québec, que 31 % trouvent ce repas désagréable et que 16 % le perçoivent comme une dispute.

     

    Le jeu propose aux parrains de faire passer des niveaux aux parrainés pour les aider à surmonter leur pauvreté relationnelle.

     

    Au niveau 1, le parrainé doit démontrer au parrain qu’il fait des gestes pour se rapprocher des aînés. Au niveau 2, il doit montrer qu’il fait des efforts pour mieux connaître ses voisins. Au niveau 3, il doit montrer qu’il peut saluer des gens dans la rue et s’ouvrir à des inconnus. Au niveau 4, il doit prouver que ses amis ne sont pas que des enfants qui sont comme lui sur Internet. Et au niveau 5, « il est sauvé » ! « Le parrain juge que son enfant est sorti de la pauvreté relationnelle. »

     

    Les personnes qui se sont inscrites pour être parrainées ont en général de 16 à 21 ans. Les enfants plus jeunes auraient en effet du mal à capter l’ironie du jeu, relève M. Boisvert.

     

    « Il y a des jumelages qui fonctionnent vraiment très bien et d’autres pas du tout », poursuit-il.













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