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    «Un 30 mai ici-bas»

    Le premier documentaire participatif québécois est en ligne

    Photo: Un 30 mai ici-bas








    Pour visionner le documentaire
    jusqu'au 15 décembre

    Les chiffres font souvent un peu tache quand il est question d’esthétisme, de création et de poésie. À preuve ! Lorsque le moment est arrivé, quelque part en octobre, de créer le générique de fin du documentaire participatif Un 30 mai ici-bas, un problème de taille est alors survenu : c’est qu’en laissant défiler un à un les noms des quelque 1100 personnes qui partout au Québec ont participé à cet exercice de narration collective du présent, la finale aurait duré presque aussi longtemps que le documentaire lui-même, soit près de 44 minutes. Impensable.

     

    Il a fallu compresser, condenser les noms pour faire tenir le tout en moins de quatre minutes. Tout un défi.

     

    Il devait sans doute en être ainsi… Le défi ne pouvait qu’être incrusté dans le code génétique d’Un 30 mai ici-bas, exercice journalistique atypique qui, durant une journée, a laissé le présent se raconter lui-même, par l’entremise de cet outil de communication que la modernité lui a mis dans les mains et qui impose désormais son rythme et son obsession de l’image dans le quotidien de millions de personnes à travers le monde : le téléphone dit intelligent, avec sa caméra haute définition intégrée.

     

    C’est par lui qu’on se raconte désormais dans les réseaux sociaux, dans les blogues, dans les messageries instantanées, en abusant de la photo et de la vidéo de son chat pour émouvoir, de son assiette au resto pour plastronner, de l’égoportrait avec des amis, devant un édifice, dans une foule en délire pour crier qu’on existe. Ça s’appelle la socialisation 2.0. Ça trace les contours du présent, parfois bizarrement.

     

    Plus de 1000 personnes ont répondu à cet appel un peu fou en partageant un fragment de leur journée du 30 mai, sans autre direction que celle de filmer, en format horizontal, 15 à 30 secondes de leur quotidien, du lever au coucher du soleil, cette journée-là. Dix réalisateurs d’envergure, dont Manon Briand, Philippe Falardeau, Ricardo Trogi, ont relevé le même défi ce vendredi de mai. La carte était blanche. Elle a été incroyablement bien remplie.

     

    Sourions un peu : un extraterrestre — ou un humain de l’an 2095 — qui tomberait sur ce document, fruit de plusieurs centaines d’heures de prévisionnement et de montage, pourrait croire qu’au Québec, un 30 mai 2014, les gens avaient bien des obsessions, en fait : celle de filmer leurs enfants et leurs animaux de compagnie, à qui plusieurs parlent d’ailleurs comme s’ils étaient leur confident ou leurs enfants. Celle aussi de capter l’essence et les tonalités du territoire autour d’eux, qu’il se résume au jardin de leur maison ou à la route sillonnée sur la Côte-Nord, à Montréal ou en Gaspésie. Celle enfin, paradoxalement, de ne pas trop se montrer, se confier et se dévoiler quand on leur demande de le faire, alors qu’ils le font pourtant si bien, et avec moins de retenue, sur Facebook, Twitter et consorts lorsqu’on ne le leur demande pas.

     

    « Les gens savaient qu’ils allaient participer à un événement, prendre part à une cérémonie, a résumé le dramaturge Alexis Martin, invité à commenter l’objet le soir de sa première présentation publique à Montréal, il y a quelques jours. La gêne a alors opéré », mais pas seulement…

     

    En dévoilant des bouts de leur quotidien, sans autre intention que celle-là, les participants à Un 30 mai ici-bas ont finalement, malgré eux, mis en lumière « l’extraordinaire banalité de la vie humaine », en nous amenant « loin des gens qui calculent » pour mieux nous rapprocher de ceux qui vivent et existent, tout simplement, a ajouté l’homme de théâtre.

     

    « Les gens ont filmé ce qu’ils font quand ils ne font rien, estime l’anthropologue et animateur de radio Serge Bouchard, qui prenait part à la même discussion. Un 30 mai ici-bas va chercher ces intervalles, dans une journée où il se passe beaucoup de choses, et que normalement l’on ne voit pas. C’est très puissant. »

     

    Débordant de cette humanité aussi, qui se dévoile de manière organique dans cet assemblage, et à laquelle, finalement, l’extraterrestre tout comme l’humain de 2095 pourraient très bien, eux aussi, être sensibles.













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