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    Polytechnique, 25 ans

    Le Québec se souvient

    Une journée de commémoration des événements du 6 décembre 1989 à forte charge émotive

    6 décembre 2014 | Daphnée Hacker-B. - Avec La Presse canadienne | Actualités en société
    Aux alentours de 16 h, 14 faisceaux lumineux se sont allumés en direction du ciel, un hommage poignant aux victimes de la tragédie de Polytechnique, signé Moment Factory.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Aux alentours de 16 h, 14 faisceaux lumineux se sont allumés en direction du ciel, un hommage poignant aux victimes de la tragédie de Polytechnique, signé Moment Factory.
    Déjà 25 ans depuis la tragédie de Polytechnique. Et pourtant, le temps n’a pas affecté la mémoire collective. Samedi, les évènements commémoratifs se sont multipliés durant cette journée grise et morose, surchargée d’émotions.

    Des centaines de personnes, autant des citoyens que des personnalités publiques, ont répondu présentes aux diverses activités. La foule s’était donné rendez-vous au chalet du Mont-Royal, ultime destination de la marche aux flambeaux qui a déambulé plus tôt dans la journée à travers le cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

    Après avoir tenu une minute de silence vers 16 h, heure où le tireur Marc Lépine abattait 14 femmes et en blessait 13 autres il y a 25 ans, la foule s’est tournée vers le belvédère du Mont-Royal. C’est alors que quatorze géants faisceaux ont simultanément illuminé le ciel montréalais en hommage aux victimes. Visible à des kilomètres à la ronde, la confection de l’œuvre avait été confiée à la firme Mouffe, aidée par Moment Factory.

    La vigile «Se souvenir pour elles» s’est déroulée en présence de plusieurs proches des victimes, de survivants, et de personnalités politiques. Parmi elles, notons Kim Campbell, première femme première ministre du Canada, Philippe Couillard, premier ministre du Québec, Pauline Marois, ex-première ministre du Québec, ainsi que John Parisella, directeur de cabinet du premier ministre du Québec de l’époque de la tragédie, Robert Bourassa.

    Registre des armes à feu

    La question du registre des armes à feu était sur les lèvres de presque tous les locuteurs. Le maire de Montréal, Denis Coderre, qui a été le premier à s’adresser à la foule, a souligné que «la tragédie [de Polytechnique] nous [aura] ouvert les yeux sur de plus petites tragédies qui surviennent quotidiennement dans la vie de milliers de femmes». Il a également rappelé «que le débat pour le contrôle des armes à feu est nécessaire». Déclaration qui a été largement applaudie par l’assistance.

    Le premier ministre Philippe Couillard s’est aussi avancé sur l’enjeu, rappelant sa volonté de reconstruire le registre. «Avec les maires, avec les partis politiques à l’Assemblée nationale, avec les forces policières, et j’espère, avec la Chambre des communes, nous reconstruirons le registre des armes à feu», a-t-il affirmé avec vigueur. 

    La présidente de la Coalition pour le contrôle des armes, Wendy Cukier, la présidente de la Fédération des Femmes du Québec, Alexa Conradi, ainsi que le chef du Service de police de Montréal, Marc Parent, ont tous livré des discours inspirés, où la demande pour un registre des armes à feu a été mise de l’avant. L’ex-première ministre Pauline Marois, qui a rappelé avoir été ciblée lors d’un attentat le 4 septembre 2012, a fait part de son souhait pour une société plus égalitaire, afin que les femmes puissent réaliser leurs rêves sans être menacées.

    Des femmes affirmées

    Plusieurs des femmes ayant pris la parole ont rappelé la très récente vague de dénonciations d’agressions sexuelles dans la foulée de «l’affaire Ghomeshi». L’instigatrice du mouvement #AgressioNonDénoncée, la journaliste Sue Montgomery du quotidien The Gazette, a d’ailleurs lancé un appel à la révolution pour changer l’attitude encore trop paternaliste de certains envers les femmes. «Nous ne nous tairons plus!» a-t-elle lancé à une foule qui l’applaudissait bruyamment. À ses côtés, la rédactrice en chef du Devoir, Josée Boileau, a déclaré «que prendre notre place, comme femme, n’est pas toujours un acquis». «Je nous souhaite une vigilance collective, et la persévérance qui vient avec […]. Si on tombe, il faut se relever, si l’une tombe, l’autre la soulève», a déclaré celle qui a été, à titre de journaliste, témoin directe du drame de 1989.

    La journaliste et documentaliste Francine Pelletier, accompagnée de la présidente de la SODEC, Monique Simard, s’est dite heureuse et «soulagée» de voir que la société ne «ferme plus les yeux» sur la nature misogyne du crime de Marc Lépine, qui «avait une rage contre le féminisme». Les deux femmes reconnues pour leurs convictions féministes étaient visées par le tueur de l’École Polytechnique.

    Le Parti conservateur absent

    Si des représentants de presque tous les partis fédéraux, tels que le chef libéral Justin Trudeau, étaient présents lors de la vigile, le Parti conservateur brillait par son absence. «Ce sont les partis qui nous ont contactés directement pour pouvoir assister à la commémoration. Nous n’avons effectivement pas eu de demandes du Parti conservateur», confirme Jean-Alexandre D’Etcheverry, responsable des communications pour le Comité officiel des 25 ans du drame de Polytechnique.

    «C’est plutôt décevant. Aujourd’hui, les élus de toutes les allégeances politiques sont réunis, et déclarent leur volonté commune de contrer la violence faite aux femmes et de se battre pour l’égalité... Il manquait clairement le parti fédéral au pouvoir», a observé Hélène David, ministre de la Culture, en marge de commémorations.

    Une clôture musicale

    La journée de samedi s’est clôturée au Théâtre Outremont, où la Coalition pour le contrôle des armes et la Clinique juridique Juripop présentaient un spectacle-bénéfice intitulé «Pour Elles - Quatorze voix unies». La salle comble a permis à la Coalition d’amasser d’importants profits qui permettront de financer son intervention en Cour suprême du Canada.

    Quatorze artistes ont prêté leurs voix à l’évènement, dédiant un à un leur chanson à une des victimes, dont le visage était projeté au fond de la scène. Tandis que Marie-Josée Lord a ouvert le bal avec La quête, Daniel Bélanger a livré à la guitare sa très populaire chanson Dans un spoutnik et Louise Forestier a chanté avec une voix émue Pourquoi chanter. Enfin, les treize artistes ont rejoint sur scène Robert Charlebois, qui venait de pianoter Ne pleure pas si tu m’aimes. Leurs chants ont rapidement disparu sous les lourds applaudissements d’une foule conquise et fébrile.
    Aux alentours de 16 h, 14 faisceaux lumineux se sont allumés en direction du ciel, un hommage poignant aux victimes de la tragédie de Polytechnique, signé Moment Factory. Des centaines de femmes sont venues se recueillir et se souvenir ensemble des évènements tragiques du 6 décembre 1989. De gauche à droite: Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, Lise Thériault, vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Hélène David, ministre de la Culture et Kathleen Weil, ministre de l'Immigration.<br />
«L'attentat du 4 septembre était aussi un attentat contre les femmes.» — Pauline Marois, ex-première ministre du Québec «Si une [femme] tombe, qu’une autre la soulève! Si 14 femmes tombent, que 1000 se soulèvent et que les hommes les soutiennent.» — Josée Boileau, rédactrice en chef Une marche aux flambeaux s’est mise en branle en milieu d’après-midi samedi. Plusieurs cérémonies sont organisées pour souligner, en ce samedi 6 décembre, le 25e anniversaire du massacre de l'École polytechnique de Montréal.












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