Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Une école harmonieuse

    «Nous irons» au public

    Portés par les notes, les élèves de l’école Saint-Edmond tiennent chacun un rôle... dans l’orchestre comme dans la vie.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Portés par les notes, les élèves de l’école Saint-Edmond tiennent chacun un rôle... dans l’orchestre comme dans la vie.

    Je tire mon B, 11 ans, par l’oreille ; pour une école de musique, c’est tout indiqué. Allez, on va juste écouter ! Il traîne des espadrilles et lève les yeux au ciel dans une chorégraphie orchestrée depuis la nuit de la préadolescence, visant à la fois à appliquer les freins sur l’enthousiasme parental et à imposer sa volonté, même si elle s’avère contre-productive pour la bonne marche de l’univers. Je vois grand, je sais.

     

    Si on pouvait récupérer l’énergie dépensée par les parents qui poussent sur leurs ados récalcitrants, on éclairerait tout le Québec avec des lampions de citrouilles.

     

    Comme beaucoup de parents dont l’enfant n’a pas encore décroché en 5e année, nous avons déjà visité trois écoles secondaires privées du secteur, avec un seul véritable coup de coeur. Nous « magasinons » et je suis surprise de constater que certaines écoles privées n’imposent plus d’examen d’admission ni de présence en classe le vendredi après-midi… (on envoie les élèves à La Ronde le jour de l’Halloween !).

     



    Notre décision familiale semble prise et l’avenir se jouera au privé, comme pour un foyer sur trois à Montréal et deux sur trois à Saint-Lambert. Nous allons tout de même voir du côté de l’école publique du quartier, par curiosité, sans grandes attentes.

     

    Les parents aiment les bonnes notes, c’est bien connu. Vous m’auriez dit que nous en aurions les larmes aux yeux et que la petite séduction se ferait en clé de fa, je ne vous aurais pas crus. Nous voilà conquis, même si nous connaissons la musique. Holly Greenfield Park ! Saint-Edmond nous a adouci les moeurs et les tympans. Située dans ce quartier de la Rive-Sud, l’école secondaire accueille 565 élèves dont le tiers ne viennent pas du territoire desservi par l’école.

     

    La Commission scolaire Marie-Victorin a eu la bonne idée, il y a deux ans, de donner une « couleur » à ses écoles secondaires et d’offrir le transport gratuit sur son territoire pour attirer les élèves en sciences, en sports, en langues, en football et cheerleading, en médias et technologies, en arts ou en musique, comme à l’école Saint-Edmond.

     

    C’est de bonne guerre ; un peu partout au Québec, l’école publique emboîte le pas au marketing scolaire et attire les enfants de jeunes (et moins jeunes…) professionnels urbains. L’érosion vers le privé est stoppée. On verra pour les subventions…

     

    La musique pour élever les notes

     

    J’ai eu envie de passer plus de temps à l’école Saint-Edmond. J’y suis retournée tout un après-midi, me surprenant de trouver la directrice sympathique, comme dans l’émission 30 vies. Passant de la classe de composition musicale avec logiciels et studios à celle des instruments à vent, j’ai senti là une chaleur bien palpable et la passion des enseignants pour cette école particulière. Même le prof d’anglais chante de l’opéra.

     

    « Le fa concert sonne métallique ! Plus de velours ! », tempère M. Ferragne, le professeur de sfumato harmonique. À compter de décembre, Saint-Edmond aura son orchestre symphonique. Tous les élèves doivent jouer d’un instrument durant six mois dans le programme « vents ou cordes », avant de décider s’ils poursuivent ou non au régulier.

     

    Ça m’a rappelé les neuf mois où un hautbois m’a cloué le bec à l’école Saint-Luc. J’ai détesté chaque instant passé en compagnie de cet instrument aigri, qui a eu le mérite de me muscler les zygomatiques en vue d’activités plus ludiques.

     

    Gaëtan Fortin, un des profs de musique, n’est qu’enthousiasme et verve euphonique lorsqu’il parle du programme de Saint-Edmond. Deux de ses trois enfants ont fréquenté son école, même s’ils étaient rébarbatifs au départ. Héritant de la piqûre, son fils a poursuivi en musique au cégep. Pour Gaëtan, la musique n’est qu’un prétexte à persévérer à un âge où tout devient à la fois épidermique, hormonal et bancal.

     

    « La musique à l’école, c’est l’idéal ! Ça se fait en gang, c’est attirant et exigeant. On développe des citoyens ; même s’ils ne sont pas les meilleurs, ils jouent tous un rôle, ils contribuent. Tout le monde n’est pas soliste et c’est représentatif de la société. Chacun a un talent. Et depuis que tous les élèves font de la musique ici, nous continuons à gagner autant de concours dans les festivals musicaux. » L’ensemble enterre le couac dissident.

     

    Sans compter que Saint-Edmond se distingue dans la réussite des épreuves du Ministère dans toutes les matières : 10 points au-dessus des moyennes en français, 20 points en mathématique par rapport aux autres écoles du secteur et à l’échelle provinciale.

     

    « La musique exige le sens de l’effort et demande de l’organisation. Ça déteint sur les autres matières aussi. »

     

    Au doigt et à la baguette

     

    Et tant qu’à se singulariser, Saint-Edmond (à l’initiative de M. Ferragne) a mis en place un programme de supervision individuel assez unique appelé RDE (reconnaissance, défi, engagement). Chaque élève relève d’un tuteur tout au long de son passage au secondaire. Il le rencontre d’office quatre fois dans l’année et y a accès au besoin.

     

    Ça évite que les élèves qui rasent les murs, ni bons ni mauvais, passent inaperçus sans avoir donné leur plein potentiel. « Tous les profs nous connaissent et ils ne s’intéressent pas qu’à notre parcours scolaire », me dit Émilie, 16 ans, qui compose de la musique pour son équipe de cheerleading. « Ils savent quand ça ne “file” pas. » Elle aime que l’école soit petite, se sent comme dans une grande famille d’accueil. « Je suis triste de partir l’année prochaine… »

     

    Alexis, 15 ans et Baptiste, 16 ans, se passionnent pour la composition et le trombone. Les deux ont eu le choix entre le privé et le public, mais ont préféré Saint-Edmond. « Mes trois soeurs sont venues ici et elles ont aimé ça ! », lance-t-il.

     

    Chose certaine, le concept d’une école où l’on cultive l’idée d’accorder ses violons tout en acceptant les fausses notes, plutôt qu’une école traditionnellement axée sur la performance, n’est pas pour me déplaire. Mais, ultimement, c’est le sourire charmé de mon B et ma propre envie de retourner jouer de la clarinette qui m’ont convaincue.

     

    Comme le dit un de mes vieux amis mélomane qui a enseigné toute sa vie : la musique, ce n’est ni privé, ni public, c’est universel. Et c’est vers cet idéal que devrait tendre l’éducation.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.