Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Urbanisme

    Pour une rue Sainte-Catherine audacieuse

    Une alliance d’organismes réclame plus d’audace dans la refonte de la rue commerçante, avec une proposition qui ne fait pas l’unanimité

    La 16th Street Mall, une rue piétonne et commerciale de la ville de Denver, au Colorado.
    Photo: Rayside Labossière Architectes La 16th Street Mall, une rue piétonne et commerciale de la ville de Denver, au Colorado.
    Les quatre options d’aménagement de la rue Sainte-Catherine proposées par la Ville de Montréal manquent profondément d’audace. C’est du moins ce que clame une alliance d’organismes, dont Vélo Québec et Vivre en Ville, qui dévoileront mardi un modèle excluant complètement la voiture, pour faire place aux piétons, aux cyclistes et à un service de navette.
     

    En préservant la circulation automobile rue Sainte-Catherine Ouest, il sera impossible de dynamiser la principale artère commerciale de la métropole, croit Suzanne Lareau. « Est-ce qu’on veut vraiment un projet audacieux ? Si c’est le cas, il faut faire plus de place à l’homme qu’à la machine », lance la présidente et directrice générale de Vélo Québec. L’organisme, qui s’est allié avec le Conseil régional de l’environnement de Montréal, Vivre en Ville et le Centre d’écologie urbaine de Montréal, fera valoir ses idées au maire Coderre dans un mémoire obtenu par Le Devoir.

     

    Rappelons que l’administration de la Ville souhaite statuer sur l’aménagement futur de la rue Sainte-Catherine au début de 2015, afin de lancer le chantier dès 2016. Ce projet sera réalisé en deux phases, dont la première s’étendra entre les rues De Bleury et Mansfield. C’est sur ce segment seulement que les voitures devraient être exclues, précise Mme Lareau. « Soyons clairs, Sainte- Catherine n’est pas identique à toutes les hauteurs, mais nous croyons que, pour cette portion de la rue, où il y a une concentration de commerces et de tours de bureaux, l’auto n’a pas sa place, même pas en hiver », explique-t-elle. Cette dernière déplore d’ailleurs que les quatre scénarios temporaires proposés par la Ville, en septembre, incluent tous la voiture.

     

    Inspiré de Denver

     

    Après de longues discussions, les organismes formant l’alliance, qui n’avaient pas forcément la même vision d’emblée, ont enfin tranché en faveur d’un modèle d’aménagement : une chaussée unie, dont les deux tiers seraient consacrés aux piétons, tandis que le centre permettrait la circulation des cyclistes et d’un système régulier de navettes, inspiré de celui de Denver, au Colorado. « La navette permettra une mobilité fluide et fiable qui évitera aux personnes souhaitant se déplacer rue Sainte-Catherine de retourner dans les souterrains pour prendre le métro », soutient Félix Gravel, responsable de la campagne transport au Conseil régional de l’environnement de Montréal (CRE-Montréal).

     

    Dans le cadre du mémoire, le CRE-Montréal a d’ailleurs réalisé une étude qui conclut que le stationnement rue Sainte-Catherine Ouest, entre De Bleury et Metcalfe, ne constitue que 2,3 % de l’offre du secteur. « C’est une très faible fraction du nombre de places disponibles. Selon nous, ça prouve que le stationnement rue Sainte-Catherine n’est pas nécessaire pour répondre au besoin des automobilistes, et il doit disparaître au profit d’un aménagement public », constate M. Gravel.

     

    Selon lui, l’administration Coderre craint de faire un réel virage. « En voulant avoir une rue semi-piétonne et semi- automobile, on va se retrouver avec un projet banal, aucun réel changement sauf peut-être esthétique. Sainte-Catherine, l’épine dorsale du centre-ville, n’aura pas le nouveau visage qu’elle mérite. » Il faut à tout prix oser faire les choses différemment, insiste-t-il.

     

    Le chef de l’opposition officielle, Richard Bergeron, qui a lui-même accusé la Ville de Montréal de manquer de vision pour la future rue Sainte-Catherine, n’approuve pas pour autant la proposition de l’alliance, à l’exception de la chaussée unie. « Je me désole de voir ce groupe composé de gens normalement très avisés nous proposer un concept tout croche… Ils veulent mettre tout ce qui est chic dans le monde et en faire une mayonnaise », laisse tomber l’urbaniste.

     

    Unilatéral

     

    M. Bergeron critique ce modèle qu’il juge trop « unilatéral ». Le plus décevant, à ses yeux, demeure dans le fait que les piétons seront contraints d’utiliser les trottoirs à longueur d’année, sans jamais pouvoir s’approprier complètement l’espace. Il ne mâche pas non plus ses mots par rapport à l’idée de navette. « Ça peut faire chic de mettre une navette sur une image, mais c’est tout sauf nécessaire. Il y a une ligne de métro qui dessert Sainte-Catherine. Ces emprunts à d’autres villes sans comprendre les particularités de Montréal, ça me fatigue ! », s’exclame-t-il.

     

    Pour sa part, M. Bergeron suggère que Sainte-Catherine soit modulable au gré des saisons et des événements, comme elle l’est dans le Quartier des spectacles. « Il faut miser sur la souplesse d’utilisation, sans rien exclure a priori », soutient-il. La Ville pourrait ainsi élargir les trottoirs, retrancher des voies de circulation, créer des espaces piétons et automobiles comme bon lui semble, selon les besoins du moment, croit l’auteur du Livre noir de l’automobile.

     

    Mario Lefebvre, président-directeur général de l’Institut de développement urbain (IDU), croit aussi qu’il faut éviter d’avoir une option « trop catégorique », préférant miser sur une formule hybride et flexible. M. Lefebvre, qui rappelle que l’IDU a rédigé un mémoire dans le cadre des consultations, se soucie notamment du bon déroulement du chantier pour la viabilité économique.

     

    Place publique avant tout

     

    Le scénario visuel que propose l’alliance s’inspire en fait de l’un des projets d’aménagement suggéré par la firme d’architecture et d’urbanisme Rayside Labossière. La firme, qui déposera son mémoire d’ici la fin de la semaine, n’a pas encore déterminé quel modèle sera le meilleur pour Sainte-Catherine. Mais une chose est sûre pour les experts de l’aménagement : Sainte- Catherine doit remplir son rôle de place publique. « À travers le monde, les grandes rues commerciales qui jouent un rôle aussi structurant dans la ville ne sont pas aménagées comme des artères commerciales, mais d’abord comme des places publiques », explique Philippe Cossette, chargé de projet en développement urbain à la firme. Selon l’urbaniste, cela implique d’accorder une place prépondérante aux piétons et de privilégier son expérience, et non celle de l’automobiliste.

     

    Un service de navettes est un système à étudier avec intérêt, soutient M. Cossette. « C’est un moyen d’explorer la rue en demeurant à la surface, c’est une façon de se l’approprier », observe-t-il. Pour les touristes, nombreux à se rendre dans l’artère commerciale, un tel système serait susceptible de connaître une grande popularité. « La navette peut aussi se révéler très utile pour favoriser l’animation hivernale, en évitant aux passants d’avoir à se réfugier dans les centres commerciaux », ajoute-t-il.

    La 16th Street Mall, une rue piétonne et commerciale de la ville de Denver, au Colorado. La 16th Street Mall, une rue piétonne et commerciale de la ville de Denver, au Colorado. La 16th Street Mall, une rue piétonne et commerciale de la ville de Denver, au Colorado. Sur la rue Robson à Vancouver Sur le boulevard Vitosha, en Bulgarie Le Superkilen Urban Park de Copenhague Au coeur du Darling Quarter de Sydney La proposition d’aménagement de la rue Sainte-Catherine de l’alliance s’inspire de l’un des scénarios visuels suggérés par la firme d’architecture et d’urbanisme Rayside Labossière. La rue Sainte-Catherine dans toute son effervescence.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.