Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Office des professions du Québec

    Le rôle des ordres professionnels mal compris

    11 octobre 2014 | Daphnée Hacker-B. - Collaboratrice | Actualités en société
    Le système professionnel québécois célèbre cette année ses 40 ans d’existence.
    Photo: Fred Dufour Agence France-Presse Le système professionnel québécois célèbre cette année ses 40 ans d’existence.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Examinant plusieurs sondages, l’Office des professions du Québec s’explique mal que la population ne semble pas comprendre la mission première des ordres professionnels, soit de protéger le public et non leurs membres. Pour le président, Me Jean Paul Dutrizac, il est temps de remédier à la situation en passant à l’action.


    Cette année, l’Office des professions du Québec (OPQ) célèbre le 40e anniversaire de la création du système professionnel québécois. « Après tout ce temps, ça me surprend que le public ne saisisse toujours pas que les ordres professionnels sont là avant tout pour le protéger », déplore M. Dutrizac.

     

    Le président rappelle que, selon les plus récents résultats d’un sondage CROP réalisé pour le compte du Conseil interprofessionnel du Québec, seulement 12 % de la population affirme que les ordres professionnels sont là pour protéger le public et non leurs membres. L’année précédente, la proportion était de 11 %. « Il y a clairement un problème de perception, auquel il faut s’attaquer », poursuit M. Dutrizac, qui estime que la nouvelle approche de son organisation en matière de protection du public améliorera sa confiance.

     

    Selon le président, le problème de perception provient entre autres du fait que les comportements professionnels déviants font souvent l’objet de reportages dans les médias. Et c’est dans ce contexte que les ordres professionnels, la plupart du temps, interviennent publiquement. « Il y a des liens négatifs qui se font forcément », analyse-t-il. Selon lui, les porte-parole des ordres devraient saisir d’autres occasions de se faire voir et entendre et en profiter pour mieux faire connaître leur mission. « Lors du débat sur le droit de mourir dans la dignité, le Collège des médecins a assuré une présence médiatique très pertinente », note-t-il en exemple.

     

    M. Dutrizac déplore qu’une fausse idée existe au sein du public selon laquelle les professionnels ne se dénoncent pas entre eux. « C’est complètement faux, d’ailleurs, plusieurs ordres ont modifié leur code de déontologie pour y insérer un règlement imposant la délation », explique-t-il. À son avis, la fin des travaux de la commission Charbonneau et le rapport final de la juge en chef encourageront fortement les professionnels à se doter de mécanismes pour protéger les lanceurs d’alerte.

     

    Impliquer les citoyens

     

    Pour accentuer la confiance du public, les ordres professionnels doivent prouver qu’ils assurent une bonne gouvernance et une transparence en tout temps, soutient M. Dutrizac. Ce dernier rappelle que l’OPQ planche depuis quelques années sur une réforme du Code des professions, qui correspond à la loi constitutive du système professionnel et dicte le fonctionnement des ordres.

     

    La réforme du code prendra en compte les nouvelles réalités de la pratique, assure-t-il. « Nous accorderons plus de place à la représentation des citoyens », dit-il, suggérant de faire augmenter le nombre de représentants du public dans les conseils d’administration et les comités statuaires afin d’approcher les 25 %.

     

    Souhaite-t-il aussi voir des représentants du public siéger aux conseils de discipline, où on ne retrouve traditionnellement que des membres de l’ordre et un avocat assurant la présidence ? « Nous avons étudié cette option, mais nous avons conclu que les meilleures personnes pour juger les actes d’un professionnel dans un domaine pointu, eh bien, ce sont ses pairs », répond M. Dutrizac.

     

    Toutefois, il rappelle que, grâce au projet de loi 17, adopté l’an dernier, une entité sera sous peu créée afin d’assurer la surveillance de ces conseils : le Bureau des présidents de conseil de discipline. Ce bureau permettra la création des postes de président-chef et de président-chef adjoint, qui surveilleront les présidents siégeant aux divers conseils disciplinaires. « Je suis convaincu que ce bureau va permettre un traitement plus efficace des plaintes et une plus grande transparence », avance M. Dutrizac. L’office espère que le Bureau des présidents de conseil de discipline sera en place le printemps prochain.

     

    Miser sur la prévention et l’auto-inspection

     

    Bien qu’il martèle l’importance de la prévention depuis son arrivée à la tête de l’OPQ, en 2007, M. Dutrizac compte offrir une place encore plus importante à cette notion dans la planification stratégique 2014-2018 de l’office. « Il faut multiplier les mécanismes de prévention pour réduire au minimum les comportements déviants ou fautifs », affirme-t-il. Comment faire ? Selon M. Dutrizac, deux axes doivent être privilégiés : les formations en continu et l’auto-inspection.

     

    Plusieurs ordres, dont le Barreau du Québec, obligent leurs membres à suivre des dizaines d’heures de formation continue chaque année. « Nous allons encourager les ordres à être plus nombreux à agir de la sorte », insiste M. Dutrizac. Interrogé sur les raisons pour lesquelles il considère que les formations peuvent faire diminuer les comportements déviants, le président répond que ce sont, à ses yeux, des lieux où « on peut passer des messages ». « Les formations permettent de mettre des notions à jour, de montrer que certaines façons de faire ne sont plus adéquates ou socialement acceptables, c’est un excellent mécanisme de prévention », relate-t-il.

     

    Enfin, M. Dutrizac prône une augmentation des auto-inspections au sein des ordres. « Les inspections classiques doivent continuer d’avoir lieu, bien évidemment, mais ce ne sont pas tous les ordres qui ont les moyens d’inspecter l’ensemble de leurs membres sur une base régulière et c’est pourquoi il faut d’autres moyens de les encadrer », souligne-t-il. Par exemple, l’Ordre des pharmaciens du Québec a élaboré une évaluation en ligne que tous les membres doivent compléter. Beaucoup de détails sont demandés dans le questionnaire, qui prend plusieurs heures à remplir, et, selon les réponses fournies, l’ordre décide si le membre doit faire l’objet d’une vérification en personne. « C’est un modèle très intéressant qui pourrait être répandu », observe M. Dutrizac.

     

    Ce dernier souligne que l’OPQ souhaite aussi renforcer sa mission de surveillance des ordres. « Non seulement nous nous faisons un devoir de rencontrer les présidents, mais nous voulons aussi analyser en profondeur les rapports annuels, les sites Web, suivre la couverture médiatique… Il est important que nous aidions les ordres à servir le mieux possible le public », conclut-il.

     

    « Il y a clairement un problème de perception, auquel il faut s’attaquer », estime Me Jean-Paul Dutrizac, président de l’Ordre des professions du Québec.

    Le système professionnel québécois célèbre cette année ses 40 ans d’existence. Jean Paul Dutrizac, président de l’Office des professions du Québec












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.