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    La famille s’éclate

    Les Y explorent (enfin) la cellule familiale comme un sujet d’adultes

    Sébastien Diaz et Bianca Gervais sont de ces nouveaux parents de la génération Y qui rafraîchissent la manière d’aborder la parentalité. 
    Photo: Attraction Images Sébastien Diaz et Bianca Gervais sont de ces nouveaux parents de la génération Y qui rafraîchissent la manière d’aborder la parentalité. 

    Dans les corridors étroits à Puces POP, la fin de semaine dernière, un paquet de trentenaires avec des bébés venaient à la foire artisanale chercher des affiches sérigraphiées et des bédés d’adultes.

     

    À côté de moi, deux papas testaient avec leurs enfants des sauces épicées au piment fantôme.

     

    Dans le sous-sol de cette église se trouvaient des gars et des filles. Devenus parents. Pas de quoi écrire à sa mère, vous direz.

     

    Jusqu’à tout récemment, on voyait rarement ce modèle de parents dans les émissions et les publications destinées aux parents.

     

    Et des Y un peu à bout du discours cliché pour les « p’tites mamans » ont voulu changer ce portrait de famille qui n’était pas du tout à l’image de leur réalité de jeunes parents contemporains.

     

    L’apparition du magazine virtuel et indépendant Planète F, de l’essai Les tranchées (Atelier 10) de Fanny Britt et de la toute nouvelle émission Format familial, à Télé-Québec, marque une réelle transition dans la façon d’aborder le thème de la famille en s’éloignant du traitement à la « Dix solutions faciles pour des boîtes à lunch variées, équilibrées, santé, sans arachides, avec un sandwich en forme de panda, tout ça en moins de 15 minutes » et des « Tout sur le tapis d’éveil qui fera entrer votre chérubin à Jean-de-Brébeuf sans passer l’examen d’entrée ».

     

    Si les mères « indignes » ont désamorcé le sujet de l’imperfection à la fin des années 2000, cette nouvelle vague marque un tournant en célébrant la famille telle qu’elle est, et non son idéal, dans un contenu pas gnangnan, s’adressant à des adultes peut-être fatigués, mais qui n’ont pas perdu leur identité avec l’arrivée des petits.

     

    Et ce moment, la blogueuse (Ce que j’ai dans le ventre) et auteure (La première fois que… Conseils sages et moins sages aux nouveaux parents, aux éditions Caractère) Marianne Prairie l’attendait avec impatience. « On fabrique des êtres humains, on les accompagne vers l’autonomie, on peut-tu discuter de ça entre adultes et entre personnes qui prennent des décisions éclairées ? »

     

    Le modèle de mère qu’elle souhaitait être pour ses deux filles, ce n’est pas à travers ce moteur économique qu’est l’industrie de la parentalité qu’elle l’a trouvé, mais plutôt en croisant sur sa route d’autres mères qui partageaient sa quête d’authenticité et lui permettraient de se retrouver dans cet univers complexe.

     

    Et c’est de ces parents que s’inspirent ces nouvelles productions poussées par cette nouvelle génération de parents.

     

    La peur du débat

     

    En page 25 de la nouvelle édition du magazine Nouveau Projet, la pub de Planète F« C’est pas parce qu’on change des couches qu’on arrête de réfléchir ! » — résume ce besoin de changement de ton.

     

    Depuis avril dernier, le magazine virtuel axé sur les sujets chauds de la famille parle des abus dans la salle d’accouchement, se demande si on doit repenser l’école primaire et se penche sur la génération numérique dans un nouveau dossier dévoilé ces jours-ci à petite dose.

     

    « L’idée de Planète F est venue lors d’un lunch où on chialait sur les clients qui refusaient des sujets qu’on trouvait hyper pertinents parce qu’ils les jugeaient trop controversés », résume Sarah Poulin-Chartrand, rédactrice en chef et mère de trois enfants.

     

    « Les magazines entrent rarement dans les débats de société, ajoute Mariève Paradis, l’éditrice de ce genre de Maclean’s axé sur les sujets chauds touchant à la famille. Souvent pour une question d’espace. Mais aussi parce qu’ils trouvent les témoignages ben plus hot et human. On ne fait pas de débats de société juste avec des témoignages. »

     

    Planète F voulait amener les lecteurs à s’intéresser aux enjeux sociaux sur la famille sans pour autant leur donner des solutions, des trucs et des conseils tout cuits dans le bec pour aider les gens à gérer leur famille.

     

    En discutant avec d’autres parents, Mariève, qui avoue avoir commencé à apprécier sa première maternité une fois qu’elle a foutu à la poubelle tous ses livres sur le sujet, à réalisé que plusieurs d’entre eux — et surtout des pères — ne lisent plus les affaires sur la parentalité parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans la façon « cliché » d’en parler.

     

    « Oui, papa »

     

    Le papa blogueur de service, le papa faire-valoir et le gars de 30-40 ans qui ne veut pas s’engager, « je pense qu’on peut en revenir, de ce stéréotype-là maintenant », dit Sébastien Diaz, géniteur de l’émission Format familial et coanimateur.

     

    Parmi les parents inspirants que lui et Bianca Gervais, sa femme actrice et douce moitié de Format familial, ont dans leur entourage, les pères sont aussi impliqués que les mères et partagent le congé parental.

     

    Et c’est un équilibre qu’ils tenaient à montrer dans ces 30 minutes à la facture pétillante, rythmée par le son très « adul » de la guitare d’Olivier Langevin et du reste de Galaxie.

     

    « La famille a changé, s’est diversifiée, elle a explosé, dans le bon sens du mot », résume l’animateur, qui a été surpris de recevoir plus de commentaires lors de la première émission de FF qu’en cinq ans d’émission Voir à la même chaîne.

     

    « Elle est une niche très émotive », complète Bianca en s’approchant du téléphone main-libre, alors que leur petite Liv, cinq mois, gazouille.

     

    C’est pour cette raison que le couple de nouveaux parents tenait à embrasser la famille dans tous ses formats.

     

    Papas tatoueurs, mères politiciennes, famille « ONU » dont tous les membres viennent d’un pays différent, famille globe-trotter avec neuf enfants où chacun travaille pour payer son billet d’avion…

     

    Et parce que ce n’est pas qu’une affaire de parents, les grands-parents, les matantes et les enfants trouvent aussi leur place dans le portrait de famille.

     

    « On souhaitait surtout inspirer les familles à passer du bon temps ensemble, à faire des activités qui sortent des sentiers battus, remarque Bianca avec sa voix en sourire. Une émission où on voit les parents continuer à vivre leur passion et qui amènent leurs enfants dans leur folie. »

     

    Parce qu’en 2014, c’est ça, la famille.













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