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    Vieillir laisse des traces

    27 septembre 2014 | Réginald Harvey - Collaborateur | Actualités en société
    « Il y a toute une série d’événements qui s’accumulent dans le parcours de vie : si vous avez pratiqué un métier physiquement dur et cumulé les peines physiques tout au long des années, vous vous retrouverez davantage en difficulté dans la vieillesse», assure Michel Oris.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Il y a toute une série d’événements qui s’accumulent dans le parcours de vie : si vous avez pratiqué un métier physiquement dur et cumulé les peines physiques tout au long des années, vous vous retrouverez davantage en difficulté dans la vieillesse», assure Michel Oris.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Les personnes âgées sont largement tributaires de leurs années d’enfance et, par la suite, de leurs conditions de vie, relativement à leur état de santé au stade de la vieillesse. Les chercheurs s’appliquent à comprendre plus à fond les relations entre les inégalités sociales et de santé une fois le temps du troisième âge arrivé. Deux d’entre eux, l’un de la Suisse et l’autre du Québec, apportent un éclairage sur leurs travaux.

     

    Michel Oris est professeur à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève. Il est également codirecteur du pôle de recherche national LIVES (Overcoming Vulnerability : Life Course Perspectives) et directeur du Centre interfacultaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités. Il a initié le colloque Les interrelations entre la santé et le social dans la vieillesse, dont il cerne la teneur : « Nous sommes dans des sociétés qui ont une tendance au vieillissement, et la proportion des personnes âgées est en augmentation. On peut donc dire que, grosso modo, on vit à présent plus longtemps parce que la population est en meilleure santé. » Il existe une contrepartie : « Les problèmes de santé se concentrent aux grands âges, et on essaie de mettre de l’avant un aspect qui est très souvent négligé sur ce plan, celui des inégalités sociales. »

     

    Il circonscrit la problématique : « On est encore trop porté à considérer qu’il y a les vieux et à les considérer un peu comme un groupe indifférencié. Mais, en fait, c’est un groupe très pluriel et hétérogène ; l’idée, c’est donc d’explorer chez lui les inégalités sociales de santé. » Et quels sont les principaux facteurs psychosociaux qui influent sur la qualité ou l’altération de la qualité de vie à un âge avancé ? « On aurait besoin de deux ou trois heures de conversation pour en faire le tour, mais, fondamentalement, les êtres humains abordent leur vieillissement biologique avec un ensemble de capitaux qui sont des produits de leur parcours de vie. Aujourd’hui encore, la probabilité d’être pauvre en étant vieux dépend dans beaucoup de pays du niveau d’éducation que vous avez obtenu 75 ou 80 ans plus tôt, donc du capital humain et éducatif que vous avez reçu. »

     

    Par la suite, « il y a toute une série d’événements qui s’accumulent dans le parcours de vie : si vous avez pratiqué un métier physiquement dur et cumulé les peines physiques tout au long des années, vous vous retrouverez davantage en difficulté dans la vieillesse ». D’autres éléments pèsent dans la balance, selon le professeur Oris : « On peut dire la même chose des épisodes de stress au travail ou dans la vie familiale, par exemple. Toutes les épreuves de la vie peuvent d’un côté vous fournir un capital d’expériences pour y faire face, mais, d’un autre côté, être en mesure de vous fragiliser. Pourquoi certains humains sont-ils renforcés par les difficultés rencontrées et pourquoi d’autres sont-ils mis en danger ? » Les chercheurs s’appliquent à trouver des réponses à ces questions.

     

    De l’enfance au vieil âge

     

    Maria Victoria Zunzunegui est professeure au Département de médecine sociale et préventive de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut de recherche en santé publique du même établissement universitaire. Elle aborde le colloque sur deux aspects et se penche d’abord sur les effets pervers subis en début de vie dans les « interrelations entre la santé et le social dans la vieillesse » : « On s’interroge souvent sur les effets causés par le manque de ressources financières suffisantes pour manger durant l’enfance ; en d’autres mots, par la famine chez les enfants. C’est crucial pour eux, à cet âge-là et pour toute leur vie en tant qu’adultes et personnes âgées. »

     

    Ces gens sont perturbés dans l’ensemble de leur développement : « Ils le sont autant dans leur fonctionnement physique, sur les plans de la force, de l’équilibre et de la mobilité, que pour leur fonctionnement mental, sur le plan cognitif. » Elle met en cause d’autres facteurs : « Il y a aussi les enfants qui ont été battus ou qui ont vécu des conflits parentaux ; une fois adultes, ils sont plus sujets à des maladies inflammatoires, à l’arthrite ou à l’arthrose, à des migraines et à des problèmes d’obésité ; ils courent en plus grand nombre des risques graves de dépression ou d’autres troubles mentaux. »

     

    Elle en vient à cette conclusion à la suite de son exposé : « Il est vraiment important de regarder la qualité du vieillissement, en termes de santé, en se penchant sur ce qui s’est passé pendant toute la durée de la vie. »

     

    Impacts personnels et sociétaux

     

    Des chercheurs de partout à travers la planète étudient cette thématique du vieillissement autour de laquelle se greffe un ensemble de problématiques actuelles de société. Maria Zunzunegui explique pourquoi dans ce cas-ci : « Notre objectif est double. Premièrement, il s’agit de bien comprendre comment les inégalités sociales se répercutent sur la santé. Les gens trouvent que cela a du sens que la pauvreté agit sur celle-ci ; mais on veut aussi savoir comment ça fonctionne et comment ça s’explique, de façon à posséder des arguments pour lutter contre la pauvreté chez les enfants. »

     

    Elle interpelle les décideurs : « Si on a des politiques qui permettent d’éradiquer cette pauvreté, on va éliminer beaucoup de problèmes de santé plus tard dans la vie. Toutes ces politiques qui servent à rendre égaux et à procurer une certaine homogénéité aux enfants auront des retombées sur la santé des personnes adultes et âgées, ce que des recherches partout à travers le monde ont démontré. » Et elle cible plus précisément les politiciens québécois : « Il est important pour eux de comprendre une chose qui se passe présentement au sujet du maintien de l’accès aux garderies publiques ; elles fournissent une occasion aux enfants pauvres d’accéder à une homogénéité avec ceux qui sont plus favorisés, ce qui aura plus tard des effets avantageux sur toute la société, sur la santé non seulement des enfants mais de toute la population. »

     

    Les chercheurs se tournent de plus vers un aspect à portée plus scientifique de la question : ils veulent savoir comment les événements sociaux peuvent modifier le matériel génétique d’une façon importante en début de vie. Les enfants pourraient voir leur ADN subir des changements causés par des épisodes de violence, de telle sorte qu’ils éprouveraient plus tard des problèmes de santé autant physique que mentale.

    « Il y a toute une série d’événements qui s’accumulent dans le parcours de vie : si vous avez pratiqué un métier physiquement dur et cumulé les peines physiques tout au long des années, vous vous retrouverez davantage en difficulté dans la vieillesse», assure Michel Oris. Le professeur à la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève, Michel Oris, a initié le colloque Les interrelations entre la santé et le social dans la vieillesse 












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