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    Une chronique de Josée Blanchette

    J’apprends à me tenir debout

    Et ma vet me soigne

    Je suis une animale de compagnie attachante et sensible, allergique à la chimio, comme certains colleys.
    Photo: Chris CC Je suis une animale de compagnie attachante et sensible, allergique à la chimio, comme certains colleys.
    «Il serait absurde de négliger des traitements efficaces sous prétexte qu’on ne comprend pas encore leur mode d'action» — Dr Bernie S. Siegel, L'amour, la médecine et les miracles

    «Swigne-la fort, Et tords-y le corps...» — Fred Pellerin

    «Les outils que nous utiliserons pour combattre le cancer changeront tellement dans les cinquante prochaines années que la géographie de la prévention et de la thérapie du cancer pourrait être méconnaissable. Les futurs médecins souriront de nos mélanges de cocktails primitifs de poisons destinés à tuer la maladie la plus magistrale que notre espèce connaît.» — Le cancérologue Dr Siddhartha Mukherjee, L’empereur de toutes les maladies

    Tant qu’à explorer l’approche multidisciplinaire en matière de cancer, j’ai ajouté une vétérinaire à mon équipe de thérapeutes et de médecins. Je suis une animale de compagnie attachante et j’aime me faire flatter dans le sens du poil avec de petits mots doux à l’oreille. De plus, les vétos ont appris à soigner des mammifères en observant les symptômes plutôt qu’en écoutant des mensonges pieux.

     

    Ma vet est atypique, même dans sa profession. Cette vet-chiro « craque » des chiens et des chats, des lamas et des chèvres. Elle remet en place les morceaux du puzzle. Le seul inconvénient, c’est qu’elle ne conçoit la physiologie que sur le mode quadripède. Avec elle, on n’y coupe pas, il faut se mettre à quatre pattes. Ma vet en connaît un rayon sur le cancer. Son papa a rendu l’âme des suites du cancer du côlon, la semaine dernière, après plusieurs cycles de chimiothérapie et tout le protocole médical conventionnel.

     

    Depuis le début de mon aventure médico-initiatique, ma vet m’a épaulée, tantôt par sa compréhension scientifique et ses explications, en épluchant pour moi des études opaques assorties de deux pages de références, tantôt en m’initiant à la mycothérapie et en me refilant des champignons reishi qu’elle a cueillis elle-même. Pusher en plus d’être drôle. La mycothérapie fait partie des traitements complémentaires utilisés en oncologie au Japon.

     

    Lorsque j’ai abandonné la chimio préventive pour cause d’intoxication et de flirt mortifère, ma vet a décrété que j’étais un colley, comme Lassie (si vous êtes de ma génération). Cette race de chien présente parfois une mutation du gène MDR1 qui altère la barrière hématoencéphalique et occasionne des effets secondaires sévères lors de la prise de certains médicaments, dont la chimio. Eh oui, les chiens aussi reçoivent de la chimio et ont des oncologues. Le meilleur ami de l’homme n’est pas le chien, mais le cancer. Et le meilleur ami du chien aussi.

     

    Le bataclan thérapeutique

     

    Le fait d’aboyer semble être un atout pour prolonger mon espérance de vie, même si on me considère comme guérie. J’ai sous les yeux une étude qui date de 1979, constatant que les femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique et affichant davantage d’hostilité envers leur médecin ont plus de chance de guérir.

     

    En général, pour déclencher les hostilités, vous n’avez qu’à mentionner « naturopathe », « herboriste », « holistique », « homéopathe », « acupuncteur » ou « psychosomatique ». Et si vous brandissez, comme l’a fait un de mes amis atteint d’un cancer de la gorge, « iridologie » (science de l’iris) et « huile de chanvre », on vous traite… avec le mépris. Aussi bien parler de « mandalas », « médiums » et autres délires thérapeutiques dignes des charlatans qui abusent des esprits crédules et pétris d’angoisse.

     

    Whatever gets you through the day (peu importe ce qui vous aide à traverser la journée). J’ai même rencontré un chirurgien dialogique transgénérationnel rémunéré par la RAMQ qui soigne ses patients par l’hypnothérapie. Ouep !

     

    Dans tout ce bataclan médicospirituel, je reste fidèle à mes vieux alliés et à ce qui fonctionne pour moi. Au terme de mon abandon des drogues dures, un de mes médecins a conclu : « Le monde médical n’est pas fait pour vous… » Tout dépend de quelle médecine on parle. Je me suis donc tournée vers le monde animal, amical et végétal. Et je conserve la médecine de cheval dans mon arsenal de réserve.

     

    Je rêve du jour où nos médecins conventionnels commandités par l’État seront entourés d’une véritable équipe multidisciplinaire, voire d’une laitière, et pourront unir leurs vues pour mieux nous soigner. Chaque cas, chaque corps est différent.

     

    Le patient exceptionnel

     

    Un chirurgien me mentionnait récemment que 95 % de ses patients viennent le voir pour recevoir la becquée. Autrement dit, la plupart des patients sont à la fois passifs et peu enclins à modifier quoi que ce soit dans leur mode de vie ou leur façon d’apprivoiser la maladie. Ils veulent qu’on les soigne. Basta.

     

    Le chirurgien Bernie Siegel a écrit dans son best-seller L’amour, la médecine et les miracles qu’il y a trois types de patients : de 15 à 20 % qui désirent mourir consciemment ou non, de 60 à 70 % qui demeurent passifs, et de 15 à 20 % qui sont exceptionnels et refusent de se poser en victimes, prennent en main leur traitement et deviennent des spécialistes de leur propre cas.

     

    Ils se battent pour conserver leur libre arbitre et leur personnalité, quelle que soit l’évolution de la maladie. « Les médecins doivent réaliser que les patients qu’ils trouvent difficiles ou peu coopératifs sont ceux qui s’en sortent généralement le mieux », écrit Siegel dans son livre.

     

    Le patient exceptionnel suit son instinct de survie, bouffe à tous les râteliers. Et si c’est la prière, la méditation ou la rigolothérapie (comme le célèbre journaliste Norman Cousins) qui le sauve, eh bien, tant mieux pour lui. Placebo tant qu’on voudra ! Les effets secondaires font peu de dommages et la posologie est simple.

     

    Chose certaine, les médecins errent encore à tâtons au pays du cancer et il faut opposer l’obstination d’un Claude Robinson pour les ébranler dans leurs croyances (ils en ont aussi) et les amener à admettre que tout est possible, même si ce n’est pas encore breveté par une compagnie pharmaceutique.

     

    Apprendre à se tenir debout reste le défi d’une vie. Même couché.













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