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    Le maudit plafond d’Alain

    Tout ce que Alain a pu réchapper, c’est un peu de biceps lui permettant de bouger les bras.<br />
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Tout ce que Alain a pu réchapper, c’est un peu de biceps lui permettant de bouger les bras.

    Alain Saint-Laurent n’oubliera jamais ce réveil… Ce jour-là, il aurait bien aimé se lever du bon pied, même du pied gauche il aurait été bien content, mais il n’y arrivait pas. Dans son lit d’hôpital, à Québec, son corps était paralysé du cou jusqu’aux pieds. Le nez lui piquait, mais il n’arrivait pas à le frotter. Il était là, allongé de tout son long, complètement impuissant, à regarder le plafond.

     

    « Les yeux me tournaient dans tous les sens, je ne voyais que le maudit plafond », se souvient-il. La scène a de quoi faire paniquer. Alain ne sent plus son corps, il ne peut même pas se toucher pour être sûr qu’il est encore vivant. Il n’a que sa tête qui fonctionne à plein régime. Il est conscient de tout ; conscient surtout que sa chute à vélo l’a laissé dans un piètre état. Il est devenu tétraplégique à 56 ans.

     

    Comme il en avait l’habitude le 22 août 2012, Alain était parti avec son frère et des amis faire une randonnée de vélo de montagne dans un parc de Chicoutimi. Il ne roulait pas vite, à peine 10 kilomètres à l’heure.

      

    « Et pouf à terre ! »

     

    Pendant une fraction de temps, il a été déconcentré. Il a mal pris sa courbe sur une espèce de plateforme surélevée et puis, comme il dit, il a enfilé dans le vide. « Et pouf à terre ! »

     

    « Je ne peux même pas appeler ça un accident, c’est une erreur d’inattention de ma part », dit-il. Cette petite distraction aura malheureusement de graves conséquences sur sa vie. Lors de sa chute, il s’est brisé les cervicales dans le haut du cou, lui causant une lésion complète de la moelle épinière.

     

    Tout ce qu’il a pu réchapper, c’est un peu de biceps lui permettant de bouger les bras. « Le plus dur, c’est d’avoir perdu mes mains. Même si je voulais les passer dans les cheveux d’une femme, ce serait comme un râteau », lâche-t-il avec son humour pince-sans-rire. Et pour un ancien gérant de quincaillerie, ce n’est pas rien. « C’est là qu’on réalise tout ce qu’on peut faire avec des mains… »

     

    Se gratter, s’habiller, se laver, manger, écrire, conduire, ouvrir une porte, serrer des êtres chers… Tout ça, Alain ne peut plus le faire, ou du moins, il a appris à le faire autrement. Avec ses jointures et le peu de force dans ses biceps, il arrive désormais à utiliser ses gadgets électroniques, mais il lui aura fallu des mois de réadaptation pour être aussi fonctionnel. « Les premiers temps, je n’avais tellement pas de contrôle que je me donnais des coups de poing à moi-même. »

     

    Malgré les progrès, il n’en demeure pas moins qu’Alain a énormément besoin de services pour répondre aux exigences quotidiennes.

     

    Tous les jours, quelqu’un vient l’aider pour les repas, lui enfiler ses vêtements et faire sa toilette. « Et c’est très compliqué,explique-t-il. Lorsqu’on est paralysé, on ne peut pas avoir de pli sur nous parce qu’on ne peut pas se replacer. Si on me met mal un bas, que mon orteil est replié, je ne le sens pas et à la longue, ça peut déchirer ou me causer une coupure»

     

    « Comme on a aussi perdu toutes nos fonctions, qu’on ne sent plus nos intestins, il faut aussi quelqu’un pour nous aider. Mais j’ai remarqué que j’ai comme une chair de poule sur mon bras droit pour m’indiquer quand ma vessie est pleine. »

     

    Dans son grand salon blanc où il fait chaud à mourir, Alain raconte son histoire avec toute sa véracité, sans fard ni artifice. « Ah oui, on est des bibittes à chaleur, les tétras », précise-t-il en poursuivant son récit.

     

    Par moments, on sent chez lui beaucoup de frustration, de colère et de tristesse, puis il redevient un homme fort, résilient et combattant. À le voir dans son fauteuil roulant, on ne peut que se demander d’où lui vient toute cette force ?

      

    Le plein d’énergie

     

    Il ne le sait pas lui-même. Certains jours, il avoue qu’il a plus de moral que d’autres. « C’est sûr que ça m’arrive d’en avoir mon voyage, que si je pouvais me faire “ sauter ”, je le ferais, mais on ne peut pas continuellement s’apitoyer sur son sort. »

     

    À travers tout ce chambardement, Alain passe encore de bons moments avec sa famille, ses amis et ses anciens collègues qui lui font un bien fou. « Mais quand le monde vient ici, disons que personne ne se plaint trop de ses petits problèmes », lance-t-il en riant.

     

    En plus de son handicap, il a dû se battre pour trouver un logement adapté, en plus de se retrouver sans salaire. Selon une étude du CIRRIS, 35 % des blessés médullaires vivent avec moins de 20 000 $ par année.

     

    Dans sa condition, il essaie de ne pas trop penser à l’avenir. Et quand il se couche le soir, même quand il regarde son maudit plafond, il préfère faire le vide dans sa tête.

     

    Depuis deux ans, il a compris que la seule façon de passer à travers cette épreuve, c’est de faire le plein d’énergie. Ça l’aide à garder le moral.

    Tout ce que Alain a pu réchapper, c’est un peu de biceps lui permettant de bouger les bras.<br />
Malgré les progrès, il n’en demeure pas moins qu’Alain a énormément besoin de services pour répondre aux exigences quotidiennes.












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