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    Le visage humain des faits divers

    Les deux vies de Nicolas

    Depuis plus de 16 ans maintenant, Nicolas doit vivre avec les séquelles d’un accident de motocyclette qui l’a laissé handicapé.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Depuis plus de 16 ans maintenant, Nicolas doit vivre avec les séquelles d’un accident de motocyclette qui l’a laissé handicapé.
    « Un motocycliste de 25 ans est entre la vie et la mort après avoir perdu la maîtrise de son véhicule à l’intersection des autoroutes 10 et 30 à Brossard. Le conducteur roulait à une vitesse excessive et aurait manqué sa courbe. » Voilà comment les médias ont l’habitude de résumer des accidents comme celui de Nicolas Steresco survenu le 5 avril 1998. En 20 secondes, le journaliste aurait donné quelques détails de l’accident, qui a pourtant bouleversé sa vie à jamais.

    Depuis plus de 16 ans maintenant, Nicolas doit vivre avec les séquelles de cet accident qui l’a plongé pendant cinq semaines dans un coma profond, puis encore cinq mois dans une amnésie post-traumatique, en plus de le laisser handicapé. « On entend souvent dire à la télévision qu’il n’est pas mort, qu’il est hors de danger. Oui, tu peux survivre, mais dans quel état ? », demande lentement Nicolas en articulant bien chacun de ses mots.

    À 41 ans, cet ancien ingénieur mécanique est devenu un tout autre homme le jour où il a dépassé les limites. En se réveillant après son accident, il avait une fracture du tibia, mais il avait aussi perdu une bonne partie de ses capacités cognitives. « Le plus grave, c’est le traumatisme crânien. Ma mémoire a été très affectée », note Nicolas, qui a subi, en fait, un sévère traumatisme craniocérébral (TCC).

    La longue route vers la réhabilitation

    « Un TCC perturbe les zones cérébrales qui sont à la base des fonctions cognitives, mais aussi des zones plus émotionnelles, sensorielles, de même que celles de la personnalité », explique Eduardo Cisneros, neuropsychologue au Centre Lucie-Bruneau à Montréal. Lorsqu’une personne subit un TCC grave, elle perd notamment une partie de son jugement, de son inhibition, de sa capacité à garder l’attention de même que son énergie.

    Chaque année au Québec, 13 000 personnes subissent un traumatisme crânien qui varie de léger à sévère, dont 45 % des cas sont causés par des accidents de la route. Les trois quarts des victimes sont des hommes de moins de 35 ans qui, dans un langage bureaucratique, avaient déjà des comportements à risque.

    Nicolas en est un bon exemple. « Avant l’accident, j’étais très téméraire, je me prenais pour Superman. J’avais fait beaucoup de niaiseries et je m’en étais toujours bien tiré, mais cette fois-là, non », avoue-t-il. Bien qu’il ne se souvienne plus du tout de son accident, il se rappelle très bien sa longue route vers la réhabilitation.

    « Une personne qui subit un TCC, de modéré à grave, il lui faut généralement des mois pour rééduquer son cerveau à fonctionner. Contrairement aux autres parties de notre corps, les cellules de notre cerveau ne se régénèrent pas », explique M. Cisneros, qui ajoute que 70 % des personnes qui subissent des TCC graves sont d’ailleurs déclarées inaptes au travail. Et c’est la Société d’assurance automobile du Québec qui les indemnise.

    « Le processus est long. On doit se faire renseigner toutes sortes de tâches : comment s’habiller, manger, tenir sa fourchette… », donne comme exemples Nicolas, qui a aussi dû réapprendre à marcher avec des cannes et à se déplacer en fauteuil roulant. « Dès le début, nos proches savent qu’on ne sera plus jamais le même. On ne leur dit pas ce qu’on va devenir, mais on leur dit ce qu’on ne pourra plus faire, ça, ça, ça et ça. »

    Nicolas s’arrête soudainement de parler alors que les larmes lui montent aux yeux. « L’hypersensibilité, c’est une des séquelles des TCC, confie-t-il. Ce qu’on vit, c’est un vrai cauchemar pour nos proches. J’ai toujours eu l’aide de mes parents. Ma copine de l’époque m’a aussi longtemps soutenu, mais elle m’a quitté après deux ans. C’est normal, elle n’était plus une amoureuse, une amante, elle était devenue une aidante. »

    « Mettre la pédale douce »

    Les années ont passé. Nicolas a maintenant refait sa vie, même s’il n’a jamais pu recommencer à travailler. « Faut accepter qu’on a deux vies, une avant et une après. Celle de maintenant est complètement différente de celle que j’avais rêvé de bâtir à 25 ans. Elles ne seront jamais au grand jamais similaires », reconnaît-il.

    Ce maniaque de vitesse a dû « mettre la pédale douce » par la force des choses, mais il demeure très actif en faisant du sport adapté et du bénévolat. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est de rencontrer les élèves du secondaire pour leur parler des risques de la conduite dangereuse. « Je leur dis qu’il faut être prudent parce qu’il suffit d’un clignement d’oeil pour devenir paraplégique, tétraplégique ou inapte au travail. Je leur donne un aperçu de moi, comment j’étais beau, bon et fort, mais ils n’ont qu’à me regarder pour réaliser… Ma vie n’est pas finie, mais j’ai dû la modifier entièrement pour redevenir heureux. »












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