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    Faire le deuil d’un lieu d’exception

    Le 780, Saint- Rémi, au petit matin
    Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le 780, Saint- Rémi, au petit matin
    Relisez notre série sur les Expropriés de Turcot publiée à l'été 2011.

    Difficile pour les résidents du 780, Saint-Rémi de quitter leurs espaces de vie, grands lofts baignés de lumière qu’ils avaient construits eux-mêmes, avec des loyers très abordables.

    Certainsont quitté les lieux dès les premières rumeurs d’expropriation, d’autres ont réussi à se satisfaire rapidement d’une entente financière avec le MTQ, mais une poignée d’irréductibles, dont certains des plus anciens locataires, sont restés jusqu’à la dernière minute.

     

    Pierre Zovilé, architecte de formation et résident du 3e depuis 1998, savait bien qu’il occupait un espace d’une qualité irremplaçable, mais avoue avoir quand même été surpris par le prix actuel des loyers.

     

    « Après 15 ans sans chercher d’appartement, c’est plus la même musique… » Au final, il est tout de même satisfait de sa trouvaille, un 5 ½ à Ville-Émard, un quartier « très vivant », avec un loyer qui reste le même, mais sans électricité ou stationnement de compris.

     

    Désormais cependant, il lui faudra mettre un terme à ses expérimentations grand format, et faire le deuil de plusieurs meubles trop grands. Puis, bien entendu, « il va falloir faire attention à ne pas rayer le plancher ».

     

    Repartir à zéro

     

    Kate Anglehart, de son côté, a décidé de prendre les devants. Dès mars 2013, elle faisait l’acquisition d’un ancien garage dans Côte-Saint-Paul, « toujours près de l’échangeur »,précise-t-elle. Priorité absolue pour celle qui a déjà été expulsée deux fois auparavant, devenir propriétaire, mais aussi conserver l’espace auquel elle était habituée. « Je ne voulais pas de plafonds qui m’écrasent. »

     

    Pour financer son projet, une seule solution, se retrousser les manches et travailler huit mois jour et nuit à rénover elle-même le lieu à l’abandon, tout en vivant ses dernières semaines au 780. Une période difficile se souvient-elle, « comme une petite dépression collective, imprégnée de tristesse et de nostalgie ».

     

    Michel Charbonneau, de son côté, déplore la lenteur des démarches administratives qui fait qu’aujourd’hui encore, il ne sait pas combien de dommages et intérêts il pourra toucher.
    « On aurait aimé un dialogue, mais on ne peut pas communiquer avec eux. » 

     

    Aujourd’hui, 140 boîtes et à peine deux mois après l’avis de prise de possession, le nouveau logement du couple est très joli, mais surtout « deux fois plus cher et trois fois moins grand ». Pas de meubles laissés derrière, mais une grande partie des gigantesques plantes vertes qui peuplaient le salon.

     

    De nouveaux logements en 2017

     

    Pour Tasso Klaudianos, enfin, c’est la lenteur avec laquelle avance le projet de remplacement promis en 2009 qui est incompréhensible. « D’ici que le projet soit achevé en 2017, j’aurai 70 ans et je devrai déménager encore ! » D’abord envisagé dans la rue Saint-Patrick, c’est finalement à Griffintown que devraient voir le jour les nouveaux logements réservés aux anciens locataires du 780. Selon l’organisme communautaire Bâtir son quartier, partenaire du projet, 20 % des 2200 logements prévus aux bassins du Nouveau Havre seront dédiés à l’habitation communautaire et permettront ainsi « aux personnes à faible ou moyen revenu de demeurer dans Griffintown ».

    Le 780, Saint- Rémi, au petit matin Pierre Zovilé, architecte inventeur, a dû procéder au «génocide de ses archives». Son logement au 780 offrait, selon lui, un pouvoir créatif. Michel et Lauraine Charbonneau ont été les premiers à s’installer dans le bâtiment. L’artiste et tatoueuse Kate Anglehart dans son nou-veau loft rénové dans Côte- Saint-Paul












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