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À dix jours du 1er juillet - Des milliers de personnes ont fait appel aux centres d'urgence

La crise du logement est beaucoup plus grave cette année que celle de l'an dernier, estime le FRAPRU

Les centres d'urgence établis dans les villes du Québec en prévision du 1er juillet ont déjà reçu près de 2500 appels et la moitié de ceux-ci ont été jugés assez sérieux pour qu'on décide de rencontrer les ménages.

Ce bilan démontre à quel point l'accès au logement s'est détérioré depuis l'an dernier, indiquait hier le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), demandant aux villes de récupérer tous les logements disponibles: maisons barricadées, abandonnées...

Mais l'un des principaux sites de logements vacants à Montréal, les 312 unités du site Benny Farm, à Notre-Dame-de-Grâce, échappera au marché pendant plusieurs mois encore, a appris Le Devoir hier. La Société immobilière du Canada (SIC) a en effet décidé de mener une consultation auprès de tous les gens intéressés par la propriété. L'opération, qui durera de trois à six mois, sera menée par une firme de l'arrondissement à laquelle on vient de confier ce mandat.

«Étant donné que c'est un site assez contesté, c'est la meilleure chose qu'on pouvait faire», expliquait hier Gordon McIvor, porte-parole de la SIC. Il affirme que la Ville de Montréal appuie cette consultation avec enthousiasme.

Mais cette consultation devrait toutefois déplaire à la vaste coalition de groupes communautaires qui, depuis des années, veulent transformer l'immense site, où des vétérans ont résidé pendant 50 ans, en logements sociaux. Le Fonds foncier communautaire Benny Farm, dont le projet a été refusé l'an dernier par la SIC, contestait d'ailleurs hier, devant le tribunal, cette décision de l'organisme fédéral.

M. McIvor a par ailleurs ajouté que les logements de Benny Farm sont trop délabrés pour pouvoir servir de logements de dépannage, comme le demande le FRAPRU. Le groupe croit plutôt qu'une inspection des lieux devrait être faite par l'administration municipale plutôt que de la laisser au seul jugement de la SIC compte tenu du grand besoin de logements à Montréal.

Supplément au loyer

Depuis dix jours, la Ville a reçu 1805 appels à l'aide en vue du 1er juillet, soit trois fois plus que l'an dernier. De ce nombre, quelque 700 ménages ont été rencontrés, et 388 d'entre eux ont eu droit à un supplément au loyer, qui permet aux ménages de ne consacrer que 25 % des revenus à se loger, le gouvernement versant la différence aux propriétaires.

«On partage le constat du FRAPRU: la situation est très sérieuse», a dit hier le vice-président du comité exécutif, Michel Prescott, avouant avoir été «un peu étonné du nombre d'appels». Même en ne tenant pas compte de ceux faits par des gens habitant à l'extérieur de Montréal ainsi que des appels répétés, la demande d'aide reste énorme. Et la période de pointe est encore à venir: à la Ville, on la prévoit entre le 29 juin et le 3 juillet. Des annonces seront faites la semaine prochaine pour préciser les services d'hébergement offerts à ceux qui se retrouveront alors sans toit.

Le FRAPRU a salué hier cette efficacité de la Ville de Montréal, soulignant toutefois qu'on ne la retrouve pas partout. À Québec, par exemple, les suppléments au loyer ne sont pas distribués aussi rapidement. À Lévis, l'administration de l'ancien ministre Jean Garon tarderait à mettre en place des mesures d'urgence, a affirmé le FRAPRU.

Le groupe a donc invité le gouvernement du Québec, auquel on doit le programme d'urgence qui, par décret, couvre une centaine de municipalités, à s'assurer que tous les citoyens aient accès aux mêmes services. Quitte à forcer la main aux villes les plus réticentes. «Le décret du gouvernement est en soi généreux mais sans contraintes», déplorait François Saillant, porte-parole du FRAPRU. «C'est le rôle du gouvernement de s'assurer que chacun ait droit à une aide égale.»

Au bureau du ministre délégué à l'Habitation, Jacques Côté, on expliquait que le gouvernement a plutôt voulu laisser aux villes toute la souplesse nécessaire pour adapter le programme selon leurs besoins. «Il faut respecter les acteurs locaux», a dit Éric Côté, porte-parole du ministre, ajoutant ne pas connaître de ville où rien n'a été mis en place.

Et l'an prochain?

Enfin, le FRAPRU craint que la situation vécue cette année ne se répète l'an prochain, en dépit de la construction de 11 500 logements sociaux, prévue au cours des prochaines années grâce à deux programmes gouvernementaux. Ces programmes s'engluent dans la bureaucratie, a expliqué le FRAPRU hier. Au rythme actuel, les logements promis risquent de ne pas être construits à temps.

Ce sont là des inquiétudes prématurées, répondait-on hier, tant à Québec qu'à la Ville de Montréal et même à l'Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ), dont les membres préparent les projets de logements des groupes communautaires. «Le parcours est parsemé d'embûches, comme il l'est toujours dans ces projets, mais la fenêtre de 2003 est toujours ouverte», a dit Marcellin Hudon, de l'AGRTQ, hier. «Il semble y avoir une volonté de toute part: il faut donner une chance au coureur.»

Michel Prescott a pour sa part indiqué que 45 projets représentant près de 1500 unités de logement sont actuellement en traitement à la Ville de Montréal. Une dizaine de ces projets ont reçu leur approbation définitive, ce qui signifie qu'ils cheminent vers l'étape de la mise en chantier.

Le ministre Jacques Côté a pour sa part constitué un comité qui suit l'évolution des projets et qui lui fait rapport toutes les semaines.
 
 
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