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L'honnêteté? Connais plus!

De nos jours, on ne vole pas de disques, on télécharge, on ne plagie pas, on transcrit, on ne ment pas, on interprète la réalité selon sa perception propre. Normal: la vérité est déclassée par la télé-réalité, le mot «mensonge» est en train de tomber en désuétude et la vérité historique a cessé d'être un absolu.

Ces dérapages, car on se refuse à qualifier d'évolution ces façons de faire et d'être, n'annoncent point de progrès social et de plaisir à vivre en société. Car la fourberie, l'imposture, l'hypocrisie, la feinte, ne contribuent guère à l'épanouissement personnel et collectif. Voilà où nous mènent les haussements d'épaules et la dérision des supposés affranchis aux yeux desquels toute position morale est un épouvantail à moineaux. Et il y a un discours idéologique qui conduit à accepter l'inacceptable. D'abord, des spécialistes de l'enfance proclament que les petits ne connaissent pas le mensonge, si bien qu'il est inutile et vain de leur enseigner que mentir est mal. Le grand Piaget, qui nous a tant éclairés sur la formation du jugement moral chez l'enfant à partir de l'âge de sept ans, doit se retourner dans sa tombe. L'enfant ne ment pas, il invente, disent plusieurs. La créativité a le dos large de nos jours.

À l'adolescence, les jeunes sont exposés à un autre discours, plus politique celui-là, discours dichotomique inspiré de la lutte des classes où on leur enseigne, comme dans le bon vieux temps, que le monde se divise en exploiteurs et en exploités. Avec pour conséquence de les mener à conclure que les entreprises culturelles qui produisent leur musique fétiche sont des capitalistes crapuleux qu'il convient de contrer par un simple clic sur la souris de l'ordinateur. Quant aux interprètes et aux chanteurs «gras durs», comme le prouve leur vie de jet-setters, le manque à gagner dont ils les privent est largement compensé par l'admiration qu'ils leur portent. «J'aime ta musique, quossé que tu veux de plus?», doivent-ils penser.

Cet état d'esprit préside aussi au plagiat dans les travaux scolaires et universitaires. Internet n'est-il pas un instrument de connaissance? Alors, ils transcrivent sans vergogne avec d'autant plus d'assurance qu'ils misent sur la paresse, l'ignorance ou le découragement de leurs profs incapables de réagir ou de découvrir la fraude. Bien évidemment, dans la foulée de la laïcité mal comprise, le «rendons à César ce qui appartient à César», exclu du cursus scolaire, leur est inconnu. Désormais, «qui trouve garde» est leur credo. Voilà pour les travaux faits maison. Pour les examens, le système de copiage fait florès. D'autant plus que l'étudiant qui sait se sent dans l'obligation de transmettre sa science aux autres, l'appartenance au groupe, elle, étant sacrée. Copier aux examens n'est donc plus une faute mais une question de possibilité ou d'impossibilité, selon le système de surveillance.

Nombreux sont les avocats et les juges qui observent depuis plusieurs années un manque de conviction dans le serment que font les témoins en cour. Rien n'est démontrable, aucune étude scientifique n'a été faite, mais des juges d'expérience affirment privément que le serment de dire la vérité de jadis n'est plus entouré du respect d'antan. La vérité est devenue matière à interprétation, d'autant plus que, dans la société actuelle et en dépit des codes moraux, la réalité et la fiction sont de plus en plus confondues. Le vrai et le faux sont des notions qui perdent leur sens, remplacées par la suprématie de l'interprétation individuelle. On s'étonnera bientôt qu'il reste des gens pour parler vrai, pour dire la vérité au détriment de leurs intérêts personnels, pour rendre un objet perdu à son propriétaire, pour refuser d'utiliser la technologie dans le but de léser un tiers et pour croire au bien. Dans ce monde du mensonge, seuls émergent les imposteurs, les fourbes, les petits malins, les traficoteux. Bref, toute banalisation actuelle de l'action de voler, de copier, de plagier, mène à l'exploitation des honnêtes gens et pourrit insidieusement la société civile dans l'ensemble de ses activités. «Y a rien là» est, à cet égard, une phrase assassine qui ouvre la porte aux dérapages de la conscience morale.

denbombardier@earthlink.net
 
 
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