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    En finir avec les «tunnels de la mort»

    Les appels à l’action fusent à la suite du décès d’une cycliste à Montréal, lundi

    C’est à cet endroit, à l’entrée d’un tunnel de la rue Saint-Denis, à Montréal, qu’une cycliste est décédée après avoir été renversée par un camion lundi matin.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir C’est à cet endroit, à l’entrée d’un tunnel de la rue Saint-Denis, à Montréal, qu’une cycliste est décédée après avoir été renversée par un camion lundi matin.
    Relire «Le blogue urbain»: Ça roule pour «l'autoroute des vélos»

    La mort d’une cycliste de 33 ans, heurtée par un camion sous un viaduc de la rue Saint-Denis, remet en question une fois de plus la sécurité des déplacements à vélo dans les quartiers centraux de Montréal.

     

    Les cyclistes craignent comme la peste le tunnel sombre, étroit et jalonné de nids-de-poule où l’accident s’est produit, dans l’arrondissement de Rosemont-La Petite Patrie. Mathilde Blais, orthophoniste à l’école Ludger-Duvernay, dans le quartier Saint-Henri, a péri écrasée sous les roues d’un gros camion de l’entreprise Grues Beauchamp, lundi matin vers 6 h 40. La cycliste, qui roulait en Bixi, est morte sur le coup.

     

    Une équipe de spécialistes de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), dont des psychologues, a rencontré lundi le personnel et les élèves de l’école, qui étaient sous le choc. Cette équipe sera aussi présente ce mardi, a indiqué Christine Mitton, porte-parole de la présidente de CSDM.

     

    Pas moins de six « tunnels de la mort » comme celui où s’est produit l’accident traversent l’arrondissement de Rosemont, où près de 10 % des déplacements se font à vélo. La cohabitation entre ces milliers de cyclistes et les autres usagers de la route devient de plus en plus difficile, faute de voies cyclables et d’une culture adéquate du partage de la route. « Il est temps que la Ville de Montréal s’adapte à la nouvelle réalité : la pratique du vélo augmente, mais les infrastructures ne suivent pas », a confié au Devoir Guy Brulotte, père d’un cycliste qui est mort écrasé sous les roues d’un camion-remorque le 3 avril 2013, il y a près d’un an. Christian Brulotte, un ingénieur et cycliste aguerri de 42 ans, avait été tué par le mastodonte dans une portion étroite de la rue Wellington, au centre-ville.

     

    « Mon fils serait encore là si les infrastructures avaient été adéquates, affirme Guy Brulotte. Montréal devrait s’inspirer de la Norvège et de la Suède, qui ont une culture où on fait du vélo de façon sécuritaire toute l’année, été comme hiver. »

     

    La terreur des cyclistes

     

    Guy Brulotte, lui-même un cycliste âgé de 70 ans, dit qu’il serait terrorisé à l’idée de rouler dans un des « tunnels de la mort » comme celui où s’est produit l’accident de lundi. Il n’est pas le seul. Tous les cyclistes interrogés par Le Devoir affirment qu’il s’agit des endroits les plus dangereux pour le vélo à Montréal.

     

    « J’ai peur quand je traverse ça », affirme Suzanne Lareau, directrice générale de Vélo Québec, qui roule en ville depuis plus de trois décennies. Sombres, étroits et parsemés de trous, ces tunnels représentent un véritable danger public, selon elle. Vélo Québec talonne la Ville depuis des années pour de meilleurs aménagements cyclables sous les viaducs. « Je dis aux cyclistes : dans ces tunnels, roulez sur le trottoir, même si c’est interdit. C’est une question de survie. »

     

    Vélo Québec et le parti Projet Montréal, de Richard Bergeron, ont réclamé de toute urgence l’aménagement de pistes cyclables dans les six tunnels en cause, qui passent sous la voie ferrée du Canadien Pacifique — ceux des rues d’Iberville, Papineau, De Lorimier, Saint-Hubert et du Parc, en plus de celui de la rue Saint-Denis, théâtre de l’accident de lundi. Ils demandent aussi une révision en profondeur du Code de la sécurité routière pour l’adapter à la réalité des cyclistes.

     

    « On a eu assez de morts sur nos rues à Montréal », a dit Luc Ferrandez, maire du Plateau-Mont-Royal, lors d’un point de presse à l’hôtel de ville.

     

    Des vélos sur les trottoirs

     

    En attendant les aménagements de voies cyclables, François Croteau, maire de Rosemont-La Petite Patrie, veut permettre la circulation des vélos sur les trottoirs, près des tunnels jugés dangereux pour les cyclistes. Il a besoin de la permission de la ville-centre. « Je ne vous cacherai pas que c’est un défi, parce qu’on a déjà beaucoup de plaintes de piétons qui se sentent menacés par les vélos sur les trottoirs. Il y a même eu une collision entre un vélo et un piéton la semaine dernière. Mais les cyclistes, eux, se sentent menacés par les voitures et les camions s’ils roulent sur la chaussée dans les tunnels », explique François Croteau.

     

    La sécurité d’abord, estime le maire d’arrondissement : pas question de laisser les cyclistes risquer leur vie dans la rue. Il demande au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de tolérer la présence de vélos sur ces trottoirs. L’an dernier, dans le cadre d’une offensive du SPVM contre les cyclistes délinquants, des policiers s’étaient même cachés dans des tunnels pour donner des contraventions aux cyclistes qui roulaient sur le trottoir. Il a été impossible, lundi soir, de parler à un représentant de la police.

     

    François Croteau a aussi défendu l’installation de bollards, sur le trottoir près du viaduc de la rue Saint-Denis, pour forcer les cyclistes à descendre de leur monture. L’arrondissement de Rosemont a fait installer ces poteaux, il y a un an, pour faciliter la cohabitation entre vélos et piétons sur le trottoir.

     

    De son côté, le maire Denis Coderre s’est engagé à améliorer les infrastructures cyclables, dans la mesure des capacités financières de la Ville. « La cohabitation avec l’ensemble des piétons, le transport collectif, le vélo, les voitures, on doit apprendre à vivre ensemble et s’il y a des changements à faire, c’est une priorité », a-t-il dit lors d’un point de presse.

     

    Avec Jeanne Corriveau













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