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    Les temps changent…

    « Les organisations syndicales ont été des partenaires majeurs dans la construction du Québec depuis les 50 dernières années »

    Le mouvement syndical a mené de nombreux combats pour faire avancer les conditions des travailleurs et travailleuses du Québec depuis les 50 dernières années. Ci-dessus, une manifestation menée par les grands syndicats québécois se déroule dans les rues de Montréal lors de négociations dans la fonction publique, en juin 1993.
    Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le mouvement syndical a mené de nombreux combats pour faire avancer les conditions des travailleurs et travailleuses du Québec depuis les 50 dernières années. Ci-dessus, une manifestation menée par les grands syndicats québécois se déroule dans les rues de Montréal lors de négociations dans la fonction publique, en juin 1993.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Entre la montée d’un discours, celui d’une droite qui suppose que le droit individuel a priorité sur le droit collectif, et les dépositions d’une commission d’enquête, où les malversations apparaissent parfois plus dangereuses que la gangrène entretenue par tout un réseau d’entreprises, il est à se demander parfois si le mouvement syndical aura la capacité de résister à ces divers coups de butoir. Et dire que cette année 2014 est celle d’un cinquantenaire : en 1964, le Québec se donnait un Code du travail.

    Dans sa chronique, celle que publie mensuellement Le Devoir, et c’était en mars dernier, John R. MacArthur faisait état d’un vote de travailleurs dont le résultat ne signifiait pour lui rien de moins que « la disparition presque totale du libéralisme à l’américaine ».

     

    Quel était le résultat d’un tel vote ? Par 712 à 626, il indiquait le rejet de la proposition d’une affiliation à un grand syndicat. Et cela ne se passait pas dans un Couche-Tard, ou un Walmart, ou dans une autre officine de grande consommation, mais dans une usine de Volkswagen établie au Tennessee, à Chattanooga. Et le résultat est d’autant plus difficile à accepter pour les dirigeants de la United Auto Workers que même les patrons voyaient d’un bon oeil une telle affiliation !

     

    Contraintes

     

    Le monde syndical vit des jours difficiles. Continuellement, les agents de communication et les dirigeants des entreprises, petites, grandes ou moyennes, répètent le même message : une syndicalisation de travailleurs, avec à la clé les avantages reliés que sont le droit à des jours de vacances, l’accès à des programmes d’assurance santé, le respect de l’ancienneté, la priorité de désignation à un poste et, danger suprême, la permanence d’emploi, bref, tout cela empêcherait la compétitivité de l’entreprise et, recherche de profits oblige, imposerait l’éventuel déplacement des emplois vers les paradis des patrons, vers ces pays où le droit du travail est un concept inexistant et où les législations peuvent être dites, et c’est même un euphémisme, à tout le moins « accommodantes ».

     

    Et au Québec, paradis syndical, où un taux de syndicalisation frôle le 40 % de la masse ouvrière, loin devant le 13 % américain et même, surtout, le 8 % français, rien ne garantit que des jours meilleurs sont encore à venir : quand un Gérald Larose appuie la candidature d’un Pierre Karl Péladeau, on peut craindre que les stratégies de ce dernier deviennent en notre terre une façon de faire, sous prétexte de sauver ici des entreprises dont le mot profit, plus que celui de production, définit le mode opérationnel.

     

    Double méfiance

     

    D’ailleurs, dans le monde du travail s’installe ici un climat de méfiance dont profite l’actuel gouvernement fédéral, qui dépose des projets de loi qui transforment les façons traditionnelles de faire. Ainsi, si les « patrons » peuvent intervenir dans les campagnes politiques et auprès des gouvernements (un consultant de Bombardier peut ainsi conseiller un premier ministre pour la formation d’un cabinet ministériel), les syndicats voient en ce domaine leurs pouvoirs d’intervention limités.

     

    Aussi, en terre fédérale, toute accréditation, ou demande de même ordre, devra maintenant faire l’objet d’un scrutin secret : « L’organisation d’un scrutin donne du temps à l’employeur pour interférer et cela rend la syndicalisation plus difficile », informe d’ailleurs Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux.

     

    On comprend alors que, bientôt, un « Tout sauf Harper » sera de mise. « On se doit de combattre, déclare Daniel Boyer, le nouveau président élu de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec. Le vent de droite soufflé par le Conseil du patronat, par les chambres de commerce, et surtout par le gouvernement conservateur, qui piétine sans cesse les droits des travailleurs, des chômeurs et des organisations syndicales ; on nous concocte une société dont on ne veut pas. On ne doit pas perdre de vue que ces dernières ont été des partenaires majeurs dans la construction du Québec depuis les 50 dernières années ou plus. On va donc mener une campagne féroce pour que le Parti conservateur n’obtienne pas un nouveau mandat le 19 octobre 2015 ; il en va de même pour nos collègues du reste du Canada. »

     

    Vigilance

     

    Et si le Québec est une « société distincte », dans le monde du travail il l’est aussi. Et pour preuve, souvenons-nous qu’en 1964 le Québec se donnait, malgré le célèbre « La reine ne négocie pas avec ses sujets » d’un Jean Lesage, un Code du travail : « C’était audacieux, analyse aujourd’hui Jacques Rouillard, l’auteur du Syndicalisme québécois, deux siècles d’histoire (Boréal, 2004). C’est à partir de ce moment-là que les lois du travail au Québec se distinguent par rapport aux lois du travail dans les autres provinces canadiennes et deviennent plus positives à l’égard des travailleurs. »

     

    Mais 50 ans plus tard, la réalité est autre : mondialisation, automatisation, informatique, en plus d’une chose, rien n’est plus ce qui fut. Et le travailleur autonome est un individu que l’on rencontre maintenant à une fréquence plus élevée.

     

    Aussi, la vigilance s’impose. Et pour toutes ces personnes pour qui les mots « solidarité », « justice sociale », « projet collectif » et autres expressions que certains refusent car dites « de gauche », il ne faut maintenant plus rien prendre pour acquis, du respect des droits des femmes à une accessibilité universelle aux soins de santé, car s’il y a relâchement, elles risqueraient, même en cette terre québécoise syndiquée, de « se faire passer un Chattanooga ».













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