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Plan d'action de lutte contre la pauvreté - Une véritable trahison

«Un recul immense, pervers, dangereux pour la cohésion sociale», dit Vivian Labrie

Photo : Jacques Nadeau
Les groupes sociaux se disent trahis par le gouvernement Charest. De l'abolition d'allocations destinées aux assistés sociaux à la création de ce qu'ils appellent un «faux» barème plancher à l'aide sociale, ils dénoncent un plan d'action gouvernemental qui, selon eux, fera augmenter la pauvreté plutôt que la réduire.

L'opposition péquiste estime, pour sa part, que le plan d'action est «brutal et incohérent». Le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, n'a pas voulu commenter les révélations faites hier par Le Devoir.

«Je n'ai qu'un message à faire au gouvernement: ne déposez pas [le plan] comme ça, car vous allez faire un tort considérable à des centaines de milliers de personnes au Québec. Ce serait un recul immense, pervers, dangereux pour la cohésion sociale. Et on va faire appel à toutes les solidarités possibles pour contrer ça», a lancé hier Vivian Labrie, du Collectif pour un Québec sans pauvreté, au lendemain de la publication dans Le Devoir des premiers éléments du plan d'action gouvernemental 2003-08 en matière de lutte contre la pauvreté, intitulé Ensemble, pour un Québec solidaire.

«C'est un sentiment de trahison profond», a laissé tomber Jean-Yves Desgagnés, du Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Visiblement ébranlé, il a souligné que le Parti libéral avait déposé, en décembre 2002, une motion qui proposait de fixer le barème plancher à l'aide sociale — un seuil au-dessous duquel aucune pénalité ne peut s'appliquer au chèque mensuel sauf en cas de fraude — au montant des prestations minimales actuelles, c'est-à-dire 523 $ par mois. Or protéger 80 % de la prestation, comme le suggère le plan d'action gouvernemental à titre de barème «transitoire», peut réduire le chèque d'aide sociale à aussi peu que 419 dollars par mois. «C'est un faux barème plancher, une astuce. C'est indigne de ce gouvernement qui prétend s'inscrire dans la continuité des valeurs de justice sociale du Parti libéral. Son slogan, c'est: "aide-toi et advienne que pourra"», a ajouté M. Desgagnés.

Les groupes sociaux dénoncent l'abolition des allocations de 111 $ par mois destinées aux assistés sociaux ayant un enfant de cinq ans ou moins et aux prestataires âgés de 55 à 64 ans. Selon le gouvernement, ces mesures ne représentent pas des incitatifs à l'intégration à l'emploi, mais plutôt des «pièges» qui mènent à la dépendance à l'aide de l'État. «Quel terrible message! On dit: "on va vous affamer, mais c'est pour votre bien". Dans quelle société sommes-nous pour faire ça? Ce qui est annoncé, c'est prétendre aider les personnes alors qu'on les enfonce dans la misère», a affirmé Vivian Labrie.

Selon le plan d'action du gouvernement Charest, les demandeurs d'aide sociale devront, à compter de 2005, entreprendre une démarche pour réintégrer le marché du travail dès le dépôt de leur demande. Cette participation sera une condition d'admission. Si un prestataire n'accepte pas, il subira des pénalités de 75 à 300 $ par mois. Qui plus est, les nouveaux prestataires d'aide sociale sans contraintes à l'emploi qui cumuleront plus de 12 mois de présence consécutive à la Sécurité du revenu verront leur prestation réduite de 50 $ par mois. «C'est un plan qui reconduit les préjugés de la société à l'égard des personnes pauvres aptes au travail, voulant que les personnes à l'aide sociale sont dépendantes de l'État et non autonomes, alors que ce n'est pas l'expérience qu'on a au quotidien», a affirmé Vivian Labrie. Elle a fait valoir que l'État «augmente le stress» chez les personnes qui souhaitent recevoir de l'aide sociale.

«On n'a pas besoin du bâton pour amener les gens à intégrer l'emploi», a ajouté Jean-Yves Desgagnés, tout en précisant que 200 000 personnes avaient quitté l'aide sociale de 1996 à 2003. «Pourquoi? Parce qu'il y a eu croissance économique et création d'emplois. C'est le meilleur levier pour intégrer les gens à l'emploi», a-t-il dit. «On n'a pas besoin de pénaliser les gens pour les inciter à retourner à l'emploi», a renchéri Mme Labrie.

L'opposition péquiste n'est pas plus tendre à l'égard du nouveau régime de Sécurité du revenu proposé par les libéraux. «On exige d'une personne que, peu importe le contexte, son histoire, les échecs qu'elle a pu subir les mois précédents, elle accepte un parcours à l'emploi. Si la personne refuse, est découragée et en détresse, l'État lui dit non. C'est brutal», a affirmé hier au Devoir le député et critique péquiste en matière de lutte contre la pauvreté, Camil Bouchard.

Selon lui, «jamais le Québec n'a laissé sur le carreau des personnes seulement à partir d'un jugement voulant qu'elles soient fainéantes». «Ça, c'est conservateur. Leur philosophie c'est tout le monde à l'emploi. C'est de la pensée magique», a-t-il ajouté. Les mesures présentées hier par Le Devoir font dire à Camil Bouchard que le gouvernement Charest «n'investit pas et coupe. C'est une technique de réingénierie incohérente».

Les groupes sociaux ridiculisent le seuil de pauvreté transitoire retenu par Québec, c'est-à-dire 10 800 $ pour une personne seule, 15 500 $ pour une famille monoparentale avec un enfant et 18 200 $ pour un couple avec un enfant, par exemple. «C'est tellement bas qu'on ne peut même pas dire que c'est un seuil de couverture des besoins essentiels. On ne va pas diminuer le nombre de personnes pauvres au Québec en baissant le niveau des seuils», a expliqué Vivian Labrie. Avec son plan d'action, le gouvernement souhaite réduire de 200 000 le nombre de ménages qui vivent sous le seuil de pauvreté. Pour Jean-Yves Desgagnés, «c'est une tâche facile tellement la barre est basse».

Les groupes sociaux se disent tout de même satisfaits du rétablissement de la gratuité des médicaments pour les assistés sociaux et les personnes âgées recevant le plein supplément de revenu garanti. Ils espèrent cependant que le gouvernement Charest modifiera son plan d'action, qui doit être rendu public officiellement dans quelques semaines.
 
 
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