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    Université de Montréal

    «Il faut aller chercher l’adhésion des esprits »

    8 mars 2014 |Etienne Plamondon Emond | Actualités en société
    L’Université de Montréal a récemment annoncé la mise sur pied d’un bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie.
    Photo: François Pesant Le Devoir L’Université de Montréal a récemment annoncé la mise sur pied d’un bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie.
    Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

    Le 24 février dernier, l’Université de Montréal a annoncé la création d’un bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie. En entrevue avec Le Devoir, Monique C. Cormier, directrice du Département de linguistique et de traduction de l’Université de Montréal, qui s’est vue confier la mise sur pied de ce bureau, signale que sa mission se concentrera davantage sur l’affirmation de cette langue française que sur sa défense


    Très tôt, l’établissement s’est défendu, dans un article de La Presse canadienne, de mettre en place un tel bureau en réaction à une lettre ouverte publiée dans Le Devoir du 29 janvier. Dans cette dernière, un étudiant avait dénoncé un « laxisme » et une « complaisance » dans l’application de la Politique linguistique de l’UdeM. Le projet de bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie était déjà sur les rails depuis des mois, assure-t-on à l’Université de Montréal. Alors, en quoi consiste ce bureau ?

    « Ce que je souhaite, c’est qu’on dépasse la politique linguistique », a exprimé celle qui fut l’une des premières à avoir proposé l’adoption d’une telle politique à l’UdeM. Prenons un match de hockey : la défensive va avoir un rôle à jouer dans une équipe, mais ce n’est pas seulement elle qui va assurer la victoire, a-t-elle fait comme analogie. Il faut aller chercher l’adhésion des esprits, et je pense que c’est possible. Il faut que les règlements et les politiques linguistiques existent, mais il faut aller beaucoup plus loin. C’est la vision de ce bureau. Je pense qu’il faut sensibiliser la communauté universitaire au fait que le français est une langue universelle, une langue partagée par des millions de personnes, une langue de partage. Ce n’est plus qu’une langue qui est parlée par quelques millions de personnes en Amérique du Nord dans une mer anglophone. Ça reste vrai, mais on est en communication avec tout l’espace francophone », a-t-elle expliqué.

    À l’interne et à l’international

    Le bureau jouera en fait sur deux tableaux : la dynamique à l’intérieur de l’université et son approche à l’international. Car l’effet de la mondialisation sur la réalité universitaire est évoqué comme la principale raison ayant motivé la création dudit bureau. La mobilité des étudiants s’avère plus importante. Les collaborations entre les différentes universités sont de plus en plus fréquentes, comme l’a démontré l’entente de partenariat entre l’UdeM, l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Genève en septembre 2012. « On a souvent tendance à voir la mondialisation comme une menace. Mais au fond, elle a permis à l’espace francophone de se constituer et à notre langue, le français, de se désenclaver, a dit Mme Cormier. Ce qu’on veut faire, c’est de profiter stratégiquement de cette mondialisation et de faire en sorte que le français continue d’être pour nous une occasion de se faire valoir et de travailler avec les autres pays. »

    Bref, l’UdeM veut jouer à fond la carte de son caractère francophone à l’étranger et elle croit que cette identité peut l’aider à tisser ou consolider d’autres partenariats, voire à attirer chez elle des gens dont la langue maternelle n’est pas nécessairement le français. « On souhaite travailler avec des étudiants qui ne sont pas francophones, qui viennent d’autres pays, qui sont intéressés par ce que nous offrons et qui souhaitent apprendre le français, parce qu’il y en a beaucoup », a assuré Mme Cormier.

    Soutien linguistique

    Quant aux actions concrètes qui seront menées par ce bureau, Mme Cormier dit explorer plusieurs questions et attend de valider ces pistes auprès d’autres personnes avant de s’avancer. Mais il y a un dossier qui lui tient à cœur et sur lequel elle assure qu’elle se penchera : celui du soutien linguistique. 

    « Il y a déjà un très bon soutien qui est offert. Il faudra évaluer l’offre actuelle en matière de maîtrise et de qualité de la langue en fonction des besoins de la communauté universitaire. Donc, il faudra peut-être voir si ça vaut la peine ou si l’on peut se permettre d’offrir des services de soutien linguistique à certains types d’employés ou même aux professeurs. Ce sont des questions qu’on va devoir se poser. »

    Langue et recherche

    Et la recherche ? Nul doute que l’anglais occupe une place importante dans ce milieu sur la scène internationale. Est-ce que le bureau s’aventurera sur ce terrain ? « Quand on parle d’un bureau de valorisation de la langue française, ça ne veut pas dire que la seule langue qui nous intéresse est le français. Bien au contraire, a précisé Mme Cormier. Pour moi, quand on parle français, on n’exclut pas l’utilisation d’autres langues. »

    Elle a d’abord tenu à préciser que « les étudiants du premier cycle doivent être formés en français, parce qu’on est beaucoup plus à l’aise dans sa langue maternelle ou dans sa langue d’usage pour acquérir et comprendre de nouveaux concepts. C’est important que les jeunes que l’on forme aient accès à une terminologie de langue française. »

    Mais elle a concédé que, dans le domaine de la recherche, l’anglais constitue la langue véhiculaire. « Il y a eu d’autres époques où c’était le latin. Aujourd’hui, c’est l’anglais, a-t-elle ajouté. Nous entretenons une relation particulière [avec l’anglais] du fait de notre situation géolinguistique. Maintenant que les chercheurs, entre eux, communiquent en anglais ou communiquent les résultats de leur recherche en anglais, pour moi, ça n’a pas le même effet, parce que ce sont des communautés limitées. Pour des physiciens qui travaillent sur des recherches extrêmement pointues, c’est assez normal qu’il y ait une langue dans laquelle ils vont pouvoir discuter entre eux. Mais ensuite, ce qui est important, c’est que les jeunes aient accès à ces résultats de recherche en français. Alors peut-être qu’il faudra penser à sensibiliser des collègues à un transfert de connaissances qui se fera davantage en français. C’est important, et ça fait partie de la mission de l’université de faire ce transfert de connaissances aux citoyens et à l’ensemble de la société. »

    Valorisation

    Elle a par contre insisté pour dire que le bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie concernera l’ensemble de la communauté universitaire. « Ce qui nous intéresse, c’est l’utilisation du français et sa valorisation par tous les employés ainsi [que le souci] de la qualité de la langue chez tout le personnel, que ce soit le personnel de soutien, les professeurs ou les étudiants. »

    À ses yeux, la création du bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie place l’Université de Montréal « à l’avant-garde », comme lorsque l’établissement avait élaboré le Guide de féminisation : titres et fonctions en 1988 ou sa Politique linguistique en 2001. « Je maintiens que langue française et francophonie sont désormais intimement liées. Au fond, pour nous, l’horizon de la langue française, ce n’est plus uniquement le Québec, c’est la francophonie et le monde. »


    Collaborateur
    L’Université de Montréal a récemment annoncé la mise sur pied d’un bureau de la valorisation de la langue française et de la francophonie. Monique C. Cormier












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