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    Unis contre la surveillance numérique de masse

    Le 11 février sera-t-il le premier jour de la révolte?

    Une société sous surveillance n’est plus une démocratie, ont rappelé en décembre 500 écrivains d’envergure.
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Une société sous surveillance n’est plus une démocratie, ont rappelé en décembre 500 écrivains d’envergure.

    Le citoyen numérique se fait quotidiennement et technologiquement espionner, mais, à partir d’aujourd’hui, il ne veut plus se laisser faire de manière passive. C’est en tout cas l’idée qui préside à la naissance de la toute première Journée de riposte contre la surveillance numérique de masse qui, partout dans le monde, invite les humains connectés, en ce 11 février, à dénoncer publiquement les intrusions numériques institutionnalisées dans leur vie privée et surtout à y résister.

     

    Le geste est civique, estiment les groupes à l’origine de cet événement. Il vise également à sauver la démocratie d’une menace qui vient désormais d’organisations étatiques, les services de renseignement en tête, censées pourtant en assurer la protection.

     

    « La plus grande menace à la liberté d’Internet et aux libertés civiles dans leur ensemble, c’est la National Security Agency [NSA], et plus particulièrement son programme d’espionnage numérique massif. [L’agence d’écoutes électroniques des États-Unis a vu plusieurs pans de ses activités secrètes portées au grand jour l’an dernier par le lanceur d’alerte Edward Snowden] », a résumé David Segal, directeur du groupe Demand Progress qui milite depuis des années contre toutes formes de censure sur le Web. Il est un des organismes qui appuient le Jour de la riposte — The Day We Fight Back (thedaywefightback.org), dans la langue de Harry Truman, président américain qui a fait naître la NSA au siècle dernier. « Nous avons le devoir de lutter contre ces pratiques qui nuisent à notre capacité d’interagir désormais, les uns avec les autres, en tant qu’hommes et femmes libres. »

     

    Près de 5000 groupes de citoyens, entreprises du Web et militants ont décidé de soutenir cette journée de mobilisation en format numérique. L’Electronic Frontier Foundation, l’American Civil Liberties Union, Amnesty International, Tumblr, sont entre autres du nombre. Au Québec, l’Association pour l’appropriation collective de l’informatique libre (FACIL) a également décidé d’emboîter le pas alors que les grands gardiens de la socialisation numérique, Apple, Google, Facebook, Twitter, Yahoo, Dropbox, dont les réseaux participent indirectement à ce « régime de surveillance », brillent par leur absence dans la liste des adhérents à cette Journée.


    Technologie libre pour société libre

     

    « La transparence et l’autonomie sont des composantes fondamentales de la technologie, dit l’informaticien Fabian Rodriguez, président de FACIL. Aujourd’hui, il ne peut pas y avoir de libertés civiles, sans liberté dans les technologies. »

     

    Selon lui, les dérives liberticides que révèle notre présent numérique ne sont pas à prendre à la légère, particulièrement depuis qu’Edward Snowden a démontré que personne n’est épargné par ces intrusions, pas même les citoyens canadiens. Il y a quelques semaines le réseau anglais de Radio-Canada a dévoilé en effet qu’à l’été 2012, le Centre de la sécurité des télécommunications du Canada (CSTC), la NSA canadienne, avait orchestré le suivi de déplacements de voyageurs dans un aéroport du pays en scrutant les objets numériques qu’ils connectaient aux réseaux d’accès Internet sans fil (wi-fi) public. L’organisme s’est toutefois défendu d’avoir réalisé de la surveillance sur une base nominative. Le CSTC testait apparemment, in vivo, un algorithme de surveillance développé par son homologue américain.

     

    « La conscience citoyenne prend de plus en plus d’importance et s’incarne dans cette Journée de la riposte, résume Marcello Vitali Rosati, spécialiste de la culture numérique à l’Université de Montréal. Jusqu’à maintenant, la réflexion et l’engagement contre la surveillance numérique étaient surtout animés par des personnes spécialistes des technologies. Aujourd’hui, une pensée critique plus large est en train d’émerger face à cette question, et elle vient d’une base qui pourrait bien faire changer les choses. »

     

    Le Journée de la riposte s’inscrit dans la foulée de plusieurs autres cris d’alarme lancés dans les derniers mois contre ces programmes de surveillance numériques qui, pour plusieurs, remettent en question la présomption d’innocence, le droit à l’intimité, la liberté d’expression et, du coup, les fondements des régimes démocratiques, a rappelé en janvier dernier la Commissaire à la vie privée du Canada dans un rapport déposé devant les parlementaires canadiens, tout en appelant à des réformes du cadre légal régissant les activités des espions au pays. En décembre, 500 écrivains d’envergure, dans 80 pays, ont rappelé qu’une société sous surveillance n’était plus une démocratie et qu’elle devenait une entrave à la liberté de penser et de créer.

     

    Les instigateurs de cette Journée rappellent qu’au XXIe siècle, les ingénieurs, programmeurs et informaticiens ont l’obligation morale de s’assurer que la technologie ne se retourne pas contre l’intérêt public. Une bonne idée, selon Fabian Rodriguez, mais qui ne doit pas faire perdre de vue, non plus, que ces personnes travaillent aussi pour des compagnies qui agissent davantage dans l’intérêt des investisseurs que de celui des citoyens, dit-il. « L’intérêt du citoyen, c’est lui-même qui doit s’occuper de le défendre »… une journée à la fois, parfois.













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