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    Un débat qui ne leur appartient pas

    Des jeunes de 5e secondaire de l’école montréalaise Georges-Vanier. Les points de vue sont divisés, mais une certaine majorité d’élèves semble pencher du côté anti-charte, ou plutôt anti-interdiction des signes religieux.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Des jeunes de 5e secondaire de l’école montréalaise Georges-Vanier. Les points de vue sont divisés, mais une certaine majorité d’élèves semble pencher du côté anti-charte, ou plutôt anti-interdiction des signes religieux.









    Consultez tous nos textes sur la Charte des valeurs québécoises
    Printemps 2012. Pancartes au poing, ils ont été des milliers de jeunes dans la rue à défendre l’accessibilité aux études et une série de causes sociales. Près de deux ans plus tard, cette jeunesse, qui a contribué à la chute du Parti libéral et préparé la voie aux péquistes, est rentrée en classe. Et le débat sur la charte de la laïcité, sur laquelle table le nouveau gouvernement élu, est loin d’autant déchaîner les passions. Où sont les jeunes?

    « La mobilisation de 2012 a pris deux ans à préparer. On ne peut pas s’attendre à ce que toutes les organisations se prononcent aussi rapidement. Et c’est un cercle vicieux, moins il y en a dans le débat, moins les autres ont le goût d’y aller », explique l’ex-leader étudiant Gabriel Nadeau-Dubois. Si les jeunes participent moins au débat sur la charte de la laïcité, c’est aussi qu’ils sont intimidés par les plus vieux. « Depuis le début, il y a eu toute une série de sorties publiques, comme celles de Guy Rocher et Janette Bertrand, et ils ont tout à fait le droit. Mais ce sont des gens d’un certain âge qui ont utilisé leur expérience pour donner beaucoup de crédibilité à leurs propos et pour donner l’impression à certains jeunes que leur opinion l’était moins », fait-il remarquer. En termes philosophiques, c’est un « sophisme d’autorité ».

    Cet automne, lors d’une prise de parole publique sur la charte à l’événement Mégaphone organisé par l’ONF, des baby-boomers lui avaient fait la morale. « Je m’étais fait dire “ nous les baby-boomers, on a vécu la Révolution tranquille, on sait de quoi on parle. […] Vous devez nous écouter ”, note M. Nadeau-Dubois. Les jeunes sont intimidés. Personne n’essaie de les faire taire volontairement, mais c’est l’impression que ça donne. Et ce n’est pas très invitant. »

    L’ex-présidente de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ), Martine Desjardins, les comprend aussi de ne pas sauter dans l’arène. « Qu’ils soient en faveur ou en défaveur, ils vont se faire rabrouer », dit-elle. C’est un débat hautement politique et les jeunes ne veulent pas y toucher. « J’ai l’impression que les partis vont les chercher pour qu’ils expriment une opinion en leur faveur. Mais une fois qu’ils ont parlé, on veut qu’ils se taisent. Les jeunes n’ont pas de prise sur le débat. »

    Le silence des jeunes

    À part celles des organisations comme le Jeune Barreau, les ailes jeunesse des partis politiques et de quelques jeunes intégrés à des groupes multigénérationnels pro ou anti-charte, bien peu de voix de moins de 30 ans se sont faites entendre. Aucune des trois grandes associations étudiantes (FECQ, FEUQ et ASSE) ne s’est prononcée et certaines n’ont même pas l’intention de le faire. « Pour certaines, ce n’est pas une priorité », a dit Justin Arcand, porte-parole de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

    Les jeunes en discutent entre eux sur l’heure du lunch, s’expriment sur les réseaux sociaux, mais sans plus, a indiqué Éliane Laberge, la présidente de la Fédération étudiante collégiale (FECQ). « Notre fédération n’a pas tenu à investir les lieux décisionnels. » Des positions parviennent néanmoins à se prendre par quelques associations locales, même si règle générale, la question ne fait pas consensus.

    N’empêche. Au sein de l’ASSÉ, les associations qui ont pris position jusqu’ici ont toutes ont rejeté la charte. « La plupart s’y opposent, même si ce n’est pas catégoriquement », dit Justin Arcand. Tandis que l’association facultaire étudiante de sciences humaines de l’UQAM est carrément contre — elle croit que le projet de loi cache des mesures d’austérité —, celle du Cégep de Matane est plus nuancée. « Elle est contre, mais a poussé pour que ce projet respecte davantage la Charte des droits et libertés », poursuit-il.

    Le directeur de l’Institut du Nouveau Monde, Michel Venne, croit pour sa part que les jeunes sont toujours moins présents pour la simple et bonne raison « qu’ils sont moins organisés. » Lors du printemps 2012, si les étudiants ont réussi à se faire entendre c’est parce qu’il y avait déjà des structures, les associations et les fédérations, qui étaient en mesure de défendre leurs intérêts. Or, il n’existe pas d’organisme jeunesse qui s’intéresse spécifiquement aux questions d’identité ou de valeurs.

    Un sujet qui les indiffère ?

    Les jeunes sont de toute façon peu enclins à participer aux débats publics, quels qu’ils soient, croit Léo Bureau-Blouin, ancien président de la Fédération étudiante collégiale devenu député péquiste. Celui sur la charte ne fait pas exception. « Ça ne veut pas dire qu’ils n’ont pas d’opinion, mais ils se retrouvent peut-être moins dans le sujet. » Celui-ci est complexe et le processus de commission parlementaire peut leur paraître rebutant, ajoute-t-il.

    L’adjoint parlementaire enmatière de jeunesse de la première ministre Pauline Marois croit aussi qu’il peut être difficile de sentir l’urgence du débat pour les jeunes générations. « Elles ont connu un modèle de la laïcité qui semble aller de soi. Il devient alors difficile d’évaluer en quoi des signes religieux peuvent lui porter atteinte, analyse-t-il. Quand on a étudié dans des commissions scolaires linguistiques et non plus confessionnelles et que le cours de religion a été remplacé par Éthique et culture religieuse, c’est difficile de s’imaginer comme c’était avant. »

    Individualisme et féminisme

    Michel Venne remarque que toutes ces questions d’identité, de religion et même de langue interpellent moins les jeunes, ou plutôt « des jeunes », comme il préfère le dire. « Mais depuis une dizaine d’années, j’ai l’impression que toutes ces questions mobilisent moins les 18-30 ans qui vivent dans une société sécularisée et qui ont eu peu de rapports avec la religion institutionnalisée », avance-t-il. La génération Y a été davantage instruite dans des écoles pluriethniques. « Depuis la loi 101, depuis que les immigrants vont à l’école française, les jeunes vivent la diversité, ils ont des expériences culturelles et leur attitude a changé face à la différence », note-t-il.

    Sans être égoïstes, les jeunes sont individualistes, constate pour sa part le sociologue à l’Université de Montréal, Jacques Hamel. « Les droits de scolarité, c’est évident que ça les concernait directement. Ça venait directement alourdir leurs dépenses. Ça touchait leur raison d’être », explique-t-il, soulignant que ce n’est pas le cas avec la laïcité.

    Encore là, c’est l’expérience personnelle qui compte. « Si un jeune universitaire est habitué de voir des étudiantes avec un voile et qu’il n’y voit pas de problème, il ne verra pas pourquoi ça poserait problème en général. Mais s’il voit un niqab et que ça le choque, ça viendra colorer sa position, la nuancer », soutient-il.

    Il explique les velléités anti-charte de certains étudiants par leur côté « moral » très poussé. « Le politiquement correct [auquel ils s’astreignent] fait en sorte qu’ils peuvent difficilement être en faveur de la charte, car ça brimerait automatiquement les entités religieuses », dit ce spécialiste de la jeunesse. Les étudiants marchent donc sur des œufs, particulièrement chez la gent féminine. « Le malaise est plus profond chez les jeunes femmes, car le débat sur la charte met en jeu le féminisme. Certaines femmes qui voudraient se dire en faveur de la charte mais ce serait acquiescer au congédiement des éducatrices en garderie, par exemple. »

    Avec Mélanie Loisel
    Des jeunes de 5e secondaire de l’école montréalaise Georges-Vanier. Les points de vue sont divisés, mais une certaine majorité d’élèves semble pencher du côté anti-charte, ou plutôt anti-interdiction des signes religieux. Si les élèves de l’école secondaire Georges-Vanier reconnaissent l’importance d’un État neutre, qui prône l’égalité homme-femme, c’est la question du port de signes religieux qui les agace.
     
     
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