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    Alors? Les vieux, on en fait quoi?

    Que vous le vouliez ou non, il semble bien que les vieux et les vieilles vont vivre de plus en plus longtemps. Alors on en fait quoi ? On se tourne vers le gouvernement en suppliant les élus de nous proposer une solution qui nous permettrait de dormir en paix la nuit. Parce que ce tintamarre qui envahit notre conscience de temps en temps nous gâche notre confort. Cette culpabilité cesse quand on promet un bonheur infini et une sécurité encore plus grande à nos vieux parents dans un CHSLD. En fait, placer les vieux, pour éviter qu’ils soient obligés de vous demander d’aller vivre avec vous, est devenu une solution idéale pour tellement de monde que ça devient gênant.

     

    Je vais être dure, je le sais. Mais permettez-moi de demander ici s’il est normal que nos vieux soient incinérés avant d’être morts ? Ce serait trop simple d’accuser le manque de surveillance ou le manque de gicleurs. Bien sûr, ça nous rassurerait de trouver de vraies raisons comme celles-là pour que nos consciences se sentent soulagées. Mais la réalité est bien pire.

     

    Et la réalité ne nous laissera pas nous rendormir avant que nous n’ayons eu le courage de fouiller la question dans sa totalité.

     

    Combien de vieux et de vieilles sont morts dans des incendies dans ces refuges qui ont poussé comme des champignons parce que beaucoup de petits hommes d’affaires ont compris qu’il y aurait de l’argent à faire là-dedans au cours des dernières années? Je ne mets pas tout le monde dans le même panier, mais même les meilleurs et les plus généreux des propriétaires ne le font pas pour venir en aide à des personnes âgées qui sont tout à coup démunies. S’ils n’y trouvent pas un profit raisonnable, ils iront faire autre chose de leurs vies. C’est normal. Certaines maisons pour vieux et vieilles sont sûrement hautement recommandables, mais il y a toutes les autres où on aime mieux ne pas savoir ce qui s’y passe. Souvent, même la famille n’y met pas les pieds parce que ça lui crève le coeur. Mais ils ne font rien.

     

    On a dit du drame de L’Isle-Verte que la vie n’y serait plus jamais la même après ce qui s’est passé. Je suis sûre que c’est la vérité. Parce que j’ai vu un drame comme celui-là alors que j’avais 20 ans. J’ai assisté à l’incendie qui a détruit l’asile Sainte-Cunégonde, dirigé par les Soeurs grises, au coin d’Atwater et Albert, sans pouvoir intervenir et venir en aide à toutes ces têtes blanches qui apparaissaient dans les fenêtres ouvertes en appelant à l’aide et que les flammes faisaient retomber vers l’intérieur sans que les pompiers arrivent jusqu’à eux. Jamais ces images ne m’ont quittée. Je suis sûre que les autres personnes qui avaient accouru en espérant aider n’ont jamais oublié non plus. Cet incendie est dans ma mémoire pour toujours et explique pourquoi j’ai peur du feu. Où que je me trouve, je commence toujours par me demander comment on sort d’où je suis s’il y a un incendie.

     

    Je ne sais pas exactement à quel moment, dans notre société, on a commencé à « domper » les vieux dans des refuges. Je ne sais ni quand, ni pourquoi. On m’a souvent expliqué que les logements sont trop petits, et que les vieux aiment bien vivre entre eux avec d’autres vieux… permettez-moi d’émettre des doutes. Je suis portée à penser qu’ils ont surtout pensé qu’ils « dérangeaient » et que dans leur mouvement de fierté, pour vous faire plaisir, ils ont inventé que la partie de cartes de l’après-midi ou la partie de scrabble était essentielle à leur bonheur. C’est votre refus de les aider à vieillir qui leur fait le plus mal. La perte d’un milieu familial pour lequel ils ont donné leur vie fera le reste.

     

    Alors je reviens à ma première question, on en fait quoi, des vieux et des vieilles ? Faut-il attendre que les plus désespérés d’entre eux s’échappent de leur si belle prison pour aller se laisser mourir dans un bois quelque part ? Ce qui permettra de dire qu’il était bien déprimé… Ou est-ce qu’on préfère ceux et celles qui s’ouvrent les veines pour confirmer leur besoin d’amour et de tendresse… Ils auraient pourtant tant de choses à nous apprendre et à nous raconter. Il suffirait peut-être de les écouter.

     

    Il sera toujours temps de les incinérer quand ils seront vraiment partis et que vous aurez fermé leurs yeux. L’idéal serait de faire pour eux ce qu’ils ont fait pour nous au moment de notre naissance : nous ramener à la maison.













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