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    Bâillonnées par la peur

    Des musulmanes pro-charte se taisent, victimes de menaces de la part de membres de leur communauté

    L’organisme Pour le droit des femmes du Québec, auquel adhèrent Evelyne Abitbol, Michèle Sirois et Djemila Benhabib, réclame que des enquêtes soient ouvertes pour retrouver les auteurs des menaces reçues par certaines femmes musulmanes.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’organisme Pour le droit des femmes du Québec, auquel adhèrent Evelyne Abitbol, Michèle Sirois et Djemila Benhabib, réclame que des enquêtes soient ouvertes pour retrouver les auteurs des menaces reçues par certaines femmes musulmanes.









    Consultez tous nos textes sur la Charte des valeurs québécoises

    On a parlé déjà des femmes voilées victimes d’intimidation dans le cadre du débat sur la charte de la laïcité. On parle moins des femmes musulmanes favorables à la charte qui sont intimidées par des membres de leur communauté. Zoom sur un phénomène.

     

    Halima (nom fictif) a eu un choc lorsqu’elle a reçu une photo montrant une langue sur le point d’être coupée par des ciseaux alors qu’elle militait activement sur Twitter en faveur de la charte de la laïcité.

     

    « Sur le coup, je l’ai envoyée à la police, puis je l’ai effacée », raconte celle qui ne veut pas que son nom soit cité, et qui ne sait d’ailleurs pas qui lui a envoyé cette photo. « J’avais peur, je me suis dit que toute la communauté musulmane me voyait et savait qui j’étais », dit-elle.

     

    Halima n’est pas seule dans sa situation. Plusieurs femmes s’étant prononcées pour la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois ont reçu des menaces visant à les faire taire. L’une d’elles, qui a témoigné en commission parlementaire à Québec, n’ose plus s’exprimer publiquement sur le sujet parce qu’elle craint pour la sécurité de sa famille à l’étranger après qu’on eut fait circuler des extraits de ses témoignages sur les réseaux sociaux.

     

    « Depuis que les audiences publiques sur le projet de loi 60 ont débuté, les intimidations, notamment auprès des témoins, se sont multipliées sur les réseaux sociaux, par téléphone, et dans un site qui semble dédier son contenu aux musulmans du Canada »,affirmait Evelyne Abitbol, conseillère en développement international, lors d’une conférence de presse organisée jeudi par l’organisme Pour le droit des femmes du Québec (PDF), dirigé par Michèle Sirois.

     

    L’organisme souhaiterait que les autorités policières assurent la sécurité des femmes osant se prononcer pour la charte sans les dénigrer ou les ridiculiser.

     

    Or, selon Mme Sirois, les autorités policières banalisent cette intimidation lorsque les femmes portent plainte.

     

    Pour PDF, ces femmes devraient aussi bénéficier d’une protection politique.

     

    Selon Michèle Sirois, les personnes visées sont particulièrement des femmes de « certaines communautés » maghrébines et du Moyen-Orient, qui semblent déroger à la règle « de rester dans la maison et dans la sphère privée ».

     

    « Nous voulons venir en aide à quelques femmes qui se sont adressées à nous. Certaines devaient être là aujourd’hui, mais elles sont dans leur maison, elles n’osent plus sortir, elles ont peur », dit-elle.

     

    Les personnes visées ne savent pas exactement de qui viennent les menaces, qui circulent souvent sur les réseaux sociaux. PDF demande d’ailleurs que des enquêtes journalistiques et policières se fassent à ce sujet.


    Un intégrisme présent à Montréal

     

    L’organisme Pour les droits des femmes s’attaque plus particulièrement aux activités du Collectif contre l’islamophobie, qui, selon Evelyne Abitbol, vise plus qu’autre chose à soustraire la religion musulmane « à toute critique ».

     

    Pour Michèle Sirois, l’intégrisme musulman est présent à Montréal. Elle cite en exemple différentes mosquées — l’une à Brossard, où prêche l’imam Foudil Selmoune, mais aussi sur le boulevard Laurentien et à l’angle des rues Hutchison et Jean-Talon, à Montréal.

     

    Djemila Benhabib, auteure du livre Ma vie à contre-Coran et fervente militante pour la laïcité, a quant à elle déjà vu sa photo circuler sur des réseaux sociaux, barrée d’un X rouge.

     

    Elle dit avoir aussi été identifiée par certains imams montréalais comme une « égarée », ou un « apostat », ce qui peut, dans l’islam, entraîner une condamnation à mort, dit-elle.

     

    Pour sa part, Leila Lesbet, militante féministe et oeuvrant dans le monde scolaire, a raconté qu’un jeune élève de dix ans lui avait déjà demandé pourquoi elle portait du rouge à lèvres durant le ramadan. Une mère lui a aussi raconté que son enfant était intimidé en maternelle parce qu’il ne mangeait pas comme les musulmans orthodoxes le midi. « Dans nos sociétés [musulmanes], il est très difficile de vivre en couple ; on a la famille, la famille élargie, et après c’est tout le quartier », raconte Leila Lesbet.

     

    Selon Michèle Sirois, plusieurs femmes décident de ne pas témoigner en faveur de la charte à cause des pressions exercées par la famille ou la communauté.

     

    « L’une m’a dit : “s’il arrivait quelque chose à ma mère, je me sentirais coupable”», raconte Leila Lesbet. « Elles sont réduites au silence, non pas en Algérie ou dans un pays où l’islamisme a pignon sur rue. Elles sont réduites au silence au Québec, dans un pays démocratique et libre »,ajoute-t-elle

     

    « Est-ce qu’on doit faire cesser nos témoignages sous la menace ? » demande Mme Sirois.

     

    Mme Lesbet ajoute qu’il ne faut pas attendre que le nombre de victimes grossisse pour s’attaquer à cette intimidation.

    L’organisme Pour le droit des femmes du Québec, auquel adhèrent Evelyne Abitbol, Michèle Sirois et Djemila Benhabib, réclame que des enquêtes soient ouvertes pour retrouver les auteurs des menaces reçues par certaines femmes musulmanes. Depuis que les audiences publiques sur le projet de loi 60 ont débuté, les intimidations, notamment auprès des témoins, se sont multipliées, affirme l’organisme PDF.












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